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2020 : Floureztival

• 5 août 2020 • Esther Cicero
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Après deux cartons pleins en 2018 et 2019, pas de Foreztival cette année.

[Dossier du mois – août 2020 1/4] Du 7 au 9 août aurait dû se tenir le plus gros événement culturel du département, à Trelins. Covid oblige, le Foreztival version 2020 n’aura pas lieu… L’occasion de faire le point avec ses organisateurs sur la situation actuellement subie par le monde culturel.

Ils devraient être en plein rush. Prendre possession du terrain, établir leur camp de base, installer le site, ses scènes, ses buvettes, ses stands, ses campings, et tutti quanti… Une bonne quinzaine de jours les mains dans le cambouis pour être fins prêts à accueillir quelque 30 000 personnes sur les contrebas du petit village de Trelins du 7 au 9 août prochains.

Comment se préserver ?

Au lieu de ça, au même titre que tous les acteurs culturels du département et d’ailleurs, les organisateurs du Foreztival se questionnent, s’interrogent, émettent des hypothèses. Comment faire ? Quelle stratégie adopter face à une épidémie qui n’est pas partie pour disparaître et des obligations sanitaires que l’on ne peut que suivre ? Comment préserver un événement qui cache derrière lui des années de travail et tout un écosystème ? Si la version 2020 du festival n’aura bien évidemment pas lieu, quid des années à venir ?

« Au début du confinement, on était serein. Mais là, c’est le flou. »

Laure Pardon, organisatrice de l’événement

« Jusqu’à la fin du mois de mars, très honnêtement, on est resté assez sereins, se souvient Laure Pardon, organisatrice en chef du festival trelinois. Lorsque le confinement a démarré, on s’est simplement dit que si le Foreztival devait être impacté alors qu’il avait lieu plusieurs mois après, c’est que la situation serait tellement catastrophique en France, que ce serait loin d’être la priorité. Et puis, très vite, on y était… Depuis, c’est le flou ».

Crédit : If Média

Foreztival 2020, et après ?

Malgré ce flou pourtant, Laure et son équipe ont jusqu’ici eu pas mal de choses à gérer, optimisant au maximum leur seul jour hebdomadaire travaillé impliqué par le chômage partiel. À chacun sa tâche et bon courage pour tout ça. Dossiers, compta, communication auprès des spectateurs, remboursement des billets ou report sur l’année suivante, réunions avec d’autres acteurs du monde culturel et avec les institutions également. Gardera ou gardera pas sa subvention ?

« On a trop sacralisé la culture en France »

Laure Pardon

« Pour la conserver, sachant qu’elle représente une infime partie de notre budget global, il faudrait que l’on s’engage à verser tous les cachets aux artistes, soit plus de 200 000 euros… On se rend compte finalement, qu’on a tellement sacralisé la culture en France que les décideurs refusent aujourd’hui d’ouvrir les yeux sur le fait qu’elle est en réalité extrêmement hétéroclite, diverse, variée… Et c’est ça qui en fait d’ailleurs sa richesse. Mais c’est aussi ce qui implique qu’il y a quasiment autant de modes de fonctionnement différents que d’acteurs différents… En l’occurrence, nous sommes dans la case « festival », mais nous n’avons rien à voir avec Musilac ou Les Nuits de Fourvière par exemple » poursuit Laure.

Suicide économique ?

Pas facile donc de trouver le bon cap dans ce contexte bien particulier. Alors, forts de leur expérience et de la réussite de leurs précédentes éditions, les organisateurs ne peuvent pas s’empêcher de regarder les choses bien en face : « depuis que nous avons annoncé que le Foreztival 2020 n’aurait pas lieu, on va beaucoup mieux, souffle Marion, fidèle co-pilote de Laure Pardon, en charge de la communication. Parce que d’une, on avait besoin de communiquer avec notre public, et que de deux, on ne maîtrise plus rien, donc d’une certaine manière, on est soulagés ». C’est d’ailleurs ce soulagement qui pousse Laure à voir plus loin : « En étant parfaitement lucide quant à la situation sanitaire, je ne vois pas comment un événement comme le nôtre pourrait se tenir en 2021. Cet automne nous apportera sans doute les réponses dont nous avons besoin. Mais si les réponses devaient ne pas arriver, nous pourrions être amenés à trancher dans le vif, au début de l’hiver. Car y aller envers et contre tout, c’est prendre le risque d’un suicide économique. Et c’est d’ailleurs ce qui aujourd’hui pend au nez de toutes les scènes de musiques actuelles. Poursuivre dans des conditions adaptées, c’est du suicide économique pour la plupart d’entre nous. Même si les conditions adaptées sont bien évidemment obligatoires d’un point de vue sanitaire. »

Crédit : If Média

Solidarité entre acteurs culturels

Alors, n’y a-t-il vraiment aucune solution pour que les spectateurs puissent encore avoir un peu de culture à se mettre sous la dent jusqu’à l’accalmie, sans que les structures n’y perdent trop de plumes, voire leur peau ? Pour les organisateurs du Foreztival, il pourrait pourtant y en avoir une à condition que le soutien de l’État et des collectivités aille au bon endroit : « Durant toute cette période, la solidarité entre les différents acteurs culturels s’est renforcée. Il faut s’appuyer dessus. Nous par exemple, on a de la trésorerie. Moi, je suis d’accord pour en prêter à d’autres acteurs, mais j’ai besoin de garanties. Cela pourrait être réglé avec une convention tripartite qui impliquerait les collectivités. Il faut aider en premier les structures qui peuvent adapter leurs conditions d’accueil à condition d’être soutenues, comme les SMAC [Salles de musiques actuelles, NDLR] par exemple. Pendant ce temps, on peut geler les « gros », qui auront plus de difficultés à faire respecter les contraintes. De cette manière, on les débarrasse de leurs frais de fonctionnement, les salaires peuvent être pris en charge par l’assurance chômage, et tout reprendra son cours normal une fois que l’épidémie sera terminée. »

La semaine prochaine, 2e volet de notre dossier du mois consacré au Foreztival et au monde de la culture, avec un zoom sur les petites mains qui le font vivre, et à l’écosystème qui se cache derrière.
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