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« Le confinement a eu un impact positif pour les couples mais pas au niveau sexuel »

• 20 mai 2020 • Nicolas Bros
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Christelle Breuil est psycho-sexologue © DR

Christelle Breuil est psycho-sexologue et dirige deux cabinets, un à Montrond-les-Bains et l’autre à Saint-Just Saint-Rambert. Elle revient pour nous sur la période de confinement et son impact sur le quotidien et la vie sexuelle des couples.

Vous êtes psycho-sexologue… C’est-à-dire ?

Il existe deux types de sexologues : des médecins-sexologues et des psycho-sexologues comme moi. La différence se situe dans le fait que je ne peux pas prescrire de médicaments, car je n’ai pas le titre de médecin. Par contre, j’ai suivi trois années d’études sur la sexologie et j’ai également fait une fac de psycho. Le psycho-sexologue s’occupe de régler les problèmes de santé sexuelle, d’éducation à la sexualité et effectue de la thérapie de couple. Pour parler concret, je règle des problèmes de couples d’ordre sexuel, de désir, d’inhibition du désir féminin ou masculin, des problèmes de communication… On se rend compte que tout est souvent lié. Un couple qui ne communique plus n’a plus de rapports sexuels et inversement. Il y a toujours un élément qui en déclenche un autre. J’ai également des personnes qui viennent me consulter pour des cas d’éjaculation précoce, des troubles érectiles, pour les femmes ce sont des douleurs au rapport, du vaginisme*… mais aussi contrer les fausses croyances véhiculées souvent par le porno ou aider à casser les problèmes d’addiction. On peut citer aussi les problèmes de paraphilie, c’est-à-dire le fait de s’exciter avec des choses peu communes comme le fétichisme des talons par exemple.

« Contrairement à ce que l’on peut croire, j’ai trouvé qu’il y avait davantage de points positifs que négatifs pour la vie de couple avec le confinement. »

Comment le confinement a impacté la vie de couple et la vie sexuelle des couples ?

Contrairement à ce que l’on peut croire, j’ai trouvé qu’il y avait davantage de points positifs que négatifs pour la vie de couple avec le confinement. Ce dernier a apporté du positif. Concernant les couples, il y a du bon mais pas au niveau sexuel. Il y a des couples qui ont réappris à vivre ensemble avec cette période, ont communiqué à nouveau. Grâce au confinement, de nombreux couples que je suis ont repris contact ensemble et ont pu progressé dans les exercices que je leur ai prescrits. Les langues se sont déliées aussi et donc en ce sens, le confinement a eu un impact positif. Je peux dire que 60% des couples que je suis se sont rapprochés. Du point de vue sexuel, on pourrait penser qu’il y a eu plus de sexualité grâce à ces rapprochements mais ce n’est pas le cas. Il y a eu moins de sexe entre les gens. Tout simplement à cause du télétravail, les enfants à gérer… ces points engendrent de la fatigue.

Donc, le fait d’être ensemble en permanence peut faire baisser la libido et le désir ?

Oui, tout à fait. Car on ne pense pas à pimenter sa vie sexuelle quand on est tout le temps collé l’un à l’autre. Le fait d’être chez soi fait émerger d’autres facteurs aggravants. Par exemple, certains n’ont pas hésité à reprendre contact avec d’anciens partenaires via les réseaux sociaux. Je l’ai vu énormément. Cette démarche est très négative pour le couple. Quand on discute avec un ex ou un potentiel partenaire, on se trouve déjà dans une démarche d’infidélité. Une fois que ce processus est engagé, c’est très difficile à gérer.

Depuis le déconfinement, lundi 11 mai, avez-vous senti une augmentation de votre activité ?

Oui, j’ai plus de demandes qu’avant le confinement. Des personnes ont eu le temps de parler dans leur couple pendant le confinement et elles ne savent plus trop où ils en sont et ont besoin d’aide. La répartition des taches ménagères par exemple peut être une source de disputes… Ces dernières se déclenchent souvent autour de « petits riens ». Il y a également eu beaucoup de stress et d’angoisse liés au virus. Beaucoup se demandent si on peut attraper le virus en faisant l’amour.

« Il y a également eu beaucoup de stress et d’angoisse liés au virus. Beaucoup se demandent si on peut attraper le virus en faisant l’amour. »

Si une seconde vague de confinement survient, quels conseils pourriez-vous donner aux couples ?

Les couples ont vu ce qui n’a pas fonctionné pendant le confinement. Je conseille donc d’en parler. Il est primordial de parler mais aussi de se coucher en même temps, de dresser un bilan de la journée mais sans accuser l’autre. Les petits riens du quotidien, comme un lave-vaisselle mal débarrassé, peuvent amener des disputes énormes. Il vaut mieux dire chaque jour les points sur lesquels on n’est pas d’accord, se chamailler à la limite un bon quart d’heure plutôt que de tout garder pour soi et faire la gueule. Car cela mène, au bout de quelques mois, à se dire un jour au petit-déjeuner « je crois que je ne t’aime plus »…

La clef d’un couple qui fonctionne reste la communication ?

Oui ! Un couple qui parle tous les jours, échange sur les points positifs et négatifs, quitte à en dire trop, n’est pas le plus dysfonctionnel, loin de là. Il vaut mieux trop en dire que pas assez.

À partir de quel moment, conseillez-vous de consulter un psycho-sexologue ?

Il faut consulter lorsque l’on est très attaché à la personne mais qu’on a l’impression de ne plus l’aimer, de la désirer. Dès les premiers signes, il faut venir. Du moment où il y a eu de l’amour et du désir, on peut sauver un couple. Il ne faut pas attendre d’avoir envie d’aller voir ailleurs ou de sauter le pas, car après il est très difficile de remonter la pente. Si on va voir ailleurs un soir, ça peut arriver dirons-nous, mais si on développe des sentiments là ça se complique. Il ne faut pas laisser la situation pourrir en se disant que ça ira mieux plus tard. Un autre point important, il faut que les deux soient volontaires pour que la thérapie fonctionne.

« Il ne faut pas attendre d’avoir envie d’aller voir ailleurs ou de sauter le pas, car après il est très difficile de remonter la pente. »

Que pourriez-vous dire à une personne ou un couple qui n’oserait pas venir consulter, par peur, par pudeur ou autre ?

Je dirais que c’est bien avec un sexologue que l’on peut aborder librement les problèmes d’ordre sexuel ou de couple. On en entend de toutes les couleurs, et nous sommes là pour ça. Et puis ce sont des choses de la vie. Pour moi, le sexe fait partie de la santé. On n’a pas le droit de rester en mauvaise santé. Les médecins ne peuvent pas tout régler. On a besoin de parler. À chaque fois que je vois un nouveau patient, je précise bien que ce qui est dit dans mon cabinet, reste dans mon cabinet. Peu importe si on a des connaissances en commun, on peut être amené à se croiser dans la rue, volontairement je ne dirais pas bonjour pour ne pas mettre mal à l’aise. Je souligne la confidentialité absolue qui règne dans mon activité. Je trouve que c’est courageux de venir consulter pour des problèmes intimes et je respecte cette démarche.

Pensez-vous que de nombreuses personnes n’osent pas encore venir voir un sexologue ?

Oui, je crois. Par exemple, je vois de nombreuses personnes qui visitent mon site ou m’envoient un mail pour avoir des réponses et ne me téléphonent pas forcément. Ou bien encore qui me téléphonent plusieurs fois avant de venir au cabinet, certains qui ne viennent pas au rendez-vous fixé. Donc, oui il y a encore beaucoup de personnes qui n’osent pas sauter le pas.

Entre nous, cabinets de psycho-sexologie de Christelle Breuil à Montrond-les-Bains et Saint-Just Saint-Rambert. Plus d’infos et contact sur ce site web.


* le vaginisme correspond à la contraction involontaire et inconsciente des muscles du périnée qui empêche toute pénétration lors d’un rapport sexuel.

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