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Pas de Foreztival <> Pas de Culture <> Pas d’Humain

• 19 août 2020 • Esther Cicero
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[Dossier du mois – août 2020 3/4] Du 7 au 9 août aurait dû se tenir le plus gros événement culturel du département, à Trelins. Covid oblige, le Foreztival version 2020 n’a pas pu avoir lieu… D’ordinaire investis d’une mission qui dépasse le strict cadre culturel, des bénévoles se sentent privés de leur dose d’humanité du mois d’août.

Chaque été, ils sont d’ordinaire plusieurs centaines à enfiler leur tee-shirt et à fouler les champs de patates qui, le temps de trois jours et trois nuits, se transforment en un lieu de spectacle et d’accueil pour plus de 30 000 festivaliers. Ils sont les petites mains du Foreztival, les équipes de fourmis qui, du ramassage et du tri des déchets à l’accueil des artistes en passant par le bar, le snack, le catering, le camping et le merchandising, permettent à l’événement de tenir debout et aux événements de se dérouler sans accroc.

Certains, là depuis le début de l’aventure, sont des amis des organisateurs. D’autres, venus de toute la France, vont de festival en festival, ci, dans le Forez, là, en région parisienne, la semaine d’après ou d’avant en Ardèche… Comme une sorte de road trip musical de l’été où l’on profite des concerts en échange de quelques heures à servir des bières ou à nettoyer le site entre deux soirées.

Des bénévoles aux profils divers

Et puis il y a ceux qui, anciens spectateurs, ont décidé de passer de l’autre côte de la barrière, pris par l’ambiance, la chaleur et la frénésie de cet événement si particulier. Ce fut le cas d’Antoine qui, après avoir expérimenté le Foreztival le cul dans l’herbe à cuver ses mousses de la veille, à faire le fou avec ses potes devant la scène, à rencontrer des gens et à passer des heures à discuter avec eux comme s’il les connaissait depuis des plombes, a choisi de vivre l’expérience depuis les coulisses deux années de suite.

« Je n’ai pas été déçu. J’ai été bénévole dans d’autres festivals avant, et ici, ce n’est pas la même chose. On se lie vite d’amitié, ceux qui bossent dans la même équipe que toi et sur les mêmes roulements deviennent tes meilleurs potes pour trois jours. Il n’y a pas d’abus. On donne de notre temps, mais on ne se sent pas exploité. Très vite, on sent que l’on contribue à quelque chose de grand et on n’est jamais blasé de prendre son poste, on a vraiment envie de s’investir. »

Le bar, l’un des postes les plus importants tenus par des bénévoles © IF Média

Cette année, Antoine avait d’ailleurs envisagé de rempiler. Parce que c’est comme ça, le Foreztival fait aujourd’hui partie intégrante de son mois d’août. Et puis… Paf ! « En fait quand l’épidémie a démarré, et que les rassemblements ont été interdits, c’est au Foreztival que j’ai pensé tout de suite. J’avais d’autres concerts prévus entre temps et on était alors à 5 mois de l’événement. Le premier truc auquel j’ai pensé c’est  » merde, et si le Foreztival n’avait pas lieu ? «  Aujourd’hui, on est en août et il n’a effectivement pas eu lieu. Mon été est totalement différent des étés précédents. Au final, je crois que depuis mars c’est ce qui m’a le plus manqué. »

Mais un seul mot d’ordre : l’Humain

Ce manque, Sébastien Ferraro le ressent lui aussi. Encore plus fort qu’Antoine passé de spectateur à bénévole, lui est carrément passé d’une activité rémunérée à une activité bénévole. Photographe professionnel passionné de musique, il a démarré sur le Foreztival il y a quelques années, en décrochant une accred’ pour shooter des artistes et vendre ensuite ses clichés en agence spécialisée dans la photo de concert. Et puis lui aussi s’est laissé surprendre et littéralement embarquer par l’esprit si particulier de cette « grande famille ». Au point de devenir le photographe officiel de l’événement, gratuitement, trois jours durant.

« Ce qui nous pend au nez, c’est la destruction de l’un des derniers remparts à notre société malade. »

Sébastien Ferraro, photographe officiel et bénévole du Foreztival

« Tout, au Foreztival, fait que ce que je gagne pendant trois jours est bien plus important que le chèque que je pourrais me faire. Ici, il y a une âme, mes conditions de travail sont illimitées, je me fais plaisir et j’ai l’impression de contribuer à quelque chose qui me dépasse. C’est un moment spécial, dans le déroulé de mon année. Parce qu’ici, je ne peux que mettre de l’amour dans ce que je fais. C’est un formidable projet humain et je suis fier d’y participer. »

La vente de Bouix est également assurée par des bénévoles. Toi même tu sais.
© IF Média

Et, pour Sébastien comme pour beaucoup d’autres, c’est bien de cela dont il s’agit. La culture c’est avant tout de l’humain. Prendre en compte les acteurs culturels, c’est se tracasser pour ceux qui, toute l’année, s’investissent au profit de l’humain. Et parler de culture et de l’obstruction actuelle à laquelle son existence se confronte, c’est parler d’un espace de liberté énorme dont l’humain est aujourd’hui privé : « La musique est pour moi un art majeur, et il s’agit là de l’une des dernières chapelles où l’on peut être soi-même, où l’on peut déconnecter complètement. Alors, oui, le Foreztival me manque énormément cette année. Et à mon sens, ce qui nous pend au nez, c’est la potentielle destruction de l’un des derniers remparts à notre société malade. »


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