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Sans Foreztival, les acteurs culturels privés d’un gros morceau de leur saison

• 14 août 2020 • Esther Cicero
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[Dossier du mois – août 2020 2/4] Du 7 au 9 août aurait dû se tenir le plus gros événement culturel du département, à Trelins. Covid oblige, le Foreztival version 2020 n’a pas pu avoir lieu… Manque à gagner, manque à venir ou manque tout court, les acteurs culturels de cet événement majeur ne vivent pas très bien cette annulation.

De nombreux acteurs culturels, des entreprises techniques aux intermittents, travaillent d’ordinaire au montage du site du Foreztival © DR

D’ordinaire, on le voit s’affairer casquette sur la tête et câbles dans les mains, du premier jour du montage, au dernier jour du démontage du site du Foreztival. Depuis 7 ans, Gio Garcia assure la régie générale de la grande scène… Et après tout ce temps, il fait lui aussi un peu partie de la « grande famille » des acteurs culturels qui gravitent autour de l’événement. « On a un attachement particulier à ce festival. En tant qu’intermittent, aujourd’hui, on est bien évidemment triste qu’il ne puisse pas avoir lieu, car il s’agit d’un rendez-vous que l’on aime beaucoup », explique le régisseur.

L’année blanche, une bouffée d’oxygène

Mais, outre les picotis dans le cœur, et malgré le fait que le Foreztival occupe en temps normal un gros morceau de leur été, les intermittents semblent aujourd’hui moins impactés par cette annulation que ce que l’on aurait pu craindre il y a de cela quelques mois : « Grâce à l’année blanche que nous avons obtenue de la part du gouvernement, nous avons de quoi respirer un peu, poursuit Gio. Du coup, les heures que nous ne faisons pas cet été ne vont pas nous mettre en défaut. Cela ne signifie pas que l’on est complètement serein, mais nous bénéficions aujourd’hui d’une petite bouffée d’oxygène. »

« Nous sommes inquiets pour nos employeurs »

Gio Garcia, intermittent du spectacle, régisseur général de la grande scène du Foreztival

Pas complètement serein… Car, si l’année blanche vient adoucir un poil l’urgence de la situation, le chemin qui sépare le monde culturel d’un retour à la normale semble encore bien long et jalonné d’incertitudes. Pas d’événements rassemblant plus de 5000 personnes avant le 30 octobre, pas de concerts en jauge debout, des structures qui annoncent des saisons culturelles qui ne pourront peut-être pas avoir lieu, des reports qui continuent à tomber, et même des reports de reports… « Aujourd’hui, il reste les concerts assis. C’est un peu rageant, mais cela permet néanmoins d’éviter la prise de risque au niveau sanitaire. Et aussi de continuer à travailler, même si c’est dans une moindre mesure, analyse le régisseur. Avec ça, je crois que les intermittents arrivent à se rassurer un peu. En revanche, on est beaucoup plus inquiets pour nos employeurs. »

Le plan B ? Un vaccin…

Ces employeurs, ce sont notamment les structures chargées par les organisateurs d’événements de tout leur montage et démontage. À Saint-Étienne, Gino Turco, co-responsable de la société Mag Scène, est pour sa part très préoccupé. Scène, son, éclairage… Il est l’un des plus anciens prestataires du Foreztival et finit chaque année sa saison avec l’événement. « Il s’agit du plus gros morceau de notre chiffre d’affaire de l’été donc, bien sûr, le manque à gagner est important. Mais s’il n’y avait que ça… Le problème aujourd’hui? c’est que nous n’avons plus du tout d’activité. »

«Nous pouvons tenir six mois. Ensuite, nous devrons attaquer notre parc matériel pour payer nos crédits. »

Gino Turco, co-responsable de la société Mag Scène

Plus de 600 000 euros de perte de chiffre d’affaires par rapport à l’an dernier, projections impossibles, contrats à venir non validés… Après avoir terminé 2019 avec un bénéfice net de 120 000 euros, Gino table sur des pertes sèches de 85 000 euros pour 2020 : « Sans prétention, nous avons la chance d’avoir une boîte solide financièrement. Dans l’état actuel des choses, nous avons des réserves pour tenir 6 mois. Ensuite, pour pouvoir payer nos crédits, nous serons obligés d’attaquer notre parc matériel. Hormis ça, il n’y a pas de plan B. Je crois que seul un vaccin pour stopper cette maladie nous permettra de reprendre notre activité. Heureusement, l’État prend en charge le chômage partiel de nos salariés à 100%. C’est la seule aide dont nous avons pu bénéficier et d’une certaine manière c’est normal, le gouvernement ne peut pas distribuer l’argent du contribuable pour combler les pertes de tout le monde. Alors on subit, le téléphone ne sonne pas, on attend. »

Selon une récente étude, 53% des entreprises du secteur culturel sont en situation critique aujourd’hui et risquent de mettre la clé sous la porte. Et sans doute les différentes alertes quant à une possible reprise de l’épidémie pourraient prochainement précipiter tout un monde dans un gouffre dont le fond n’est pas très rose. « En situation de crise, quelle qu’elle soit, la culture a toujours été une variable d’ajustement, souligne Gio Garcia. Les gens vont au spectacle quand il leur reste de l’argent après avoir payé tout ce qu’ils ont à payer. La crise économique à venir pourrait avoir des conséquences encore plus dramatiques que ce que l’on vit actuellement. Mais il en sortira peut-être aussi des choses très intéressantes, artistiquement parlant. »


Retrouvez notre dossier complet sur le Foreztival :

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