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Simon Javelle : « Sur l’automne, nous sommes passés de 26 à 4 spectacles »

• 13 octobre 2020 • Nicolas Bros
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Producteur privé de spectacles via sa structure Ckel Prod, Simon Javelle est également trésorier de l’association la Limace (qui gère la salle stéphanoise de musique Le Fil) et directeur artistique du festival Paroles & Musiques. Une position qui lui confère une vision globale du secteur culturel local. Nous avons voulu en savoir davantage sur les difficultés que connaît le monde culturel et ses perspectives.

Simon Javelle © Niko Rodamel

Avec cette crise sanitaire qui dure depuis de nombreux mois, arrivez-vous à prévoir malgré tout quelques événements ?

Du côté de Ckel Prod, c’est ultra-violent ce qu’il se passe depuis septembre. Je pensais que le plus dur était derrière nous avec le confinement. Mais on s’aperçoit qu’il est tellement compliqué de mettre de grosses tournées sur la route. Il faut pouvoir prévoir un peu les choses. On espérait maintenir de nombreuses choses à l’automne et début 2021 mais en une dizaine de jours de nombreuses dates ont été reportées. Sur l’automne, nous sommes passés de 26 à 4 dates. Sur tout ce qui était prévu sur le premier semestre 2021, tout a été quasiment reporté sur l’automne 2021 voire en 2022. En gros, nous allons cumuler 5 dates sur un an au lieu d’une bonne cinquantaine d’habitude. Nous disposons tout de même d’aides avec le fonds de secours, le recours au chômage partiel… mais ce n’est pas le point financier le plus embêtant. C’est surtout moralement que c’est difficile. D’avoir une activité aussi réduite, de maintenir les équipes à flots, d’avoir des perspectives, savoir ce que va être notre métier en 2022 ou 2023. Aujourd’hui, aucun producteur ne peut mettre de grosses tournées sur la route car aucune assurance ne couvre en cas d’annulation au dernier moment.

Avec Ckel Prod, vous produisez des spectacles en Auvergne-Rhône-Alpes, autant à Saint-Étienne, que Roanne, Clermont et dans d’autres départements ?

Notre zone d’intervention, c’est principalement Saint-Étienne et un peu Roanne. On fait quelques dates à Clermont, Lyon, Mâcon, mais nous restons sur la Loire.

Avez-vous malgré tout la possibilité d’avoir quelques perspectives sur 2022 ?

Oui, malgré tout. Si cette situation était arrivée il y a deux ans, nous aurions vraiment été dans de graves difficultés. Aujourd’hui, nous arrivons à conserver quelques perspectives pour 2022. La question qui se pose c’est comment le public va-t-il revenir dans les salles ? Il n’y a pas qu’une question de peur mais aussi une question de finances. Quand tu as passé un an où ton budget sorties est passé de 200 euros à 0 euro, pour le refaire grimper, ca ne se fait pas comme ça… Tu as pris d’autres habitudes, tu as d’autres priorités.

Vous évoluez dans le monde du spectacle privé. Est-ce que ce secteur est plus impacté que le secteur public ?

Ca n’a rien à voir. J’ai l’avantage d’avoir la vision des deux côtés. Je suis trésorier de la Limace, l’association qui gère le Fil à Saint-Étienne, je suis directeur artistique de Paroles & Musiques, un festival subventionné et heureusement et je gère Ckel Prod qui est une structure totalement privée. L’activité va repartir grâce aux Smac, aux centres culturels, aux saisons municipales… qui vont pouvoir produire des dates en petites jauges grâce aux subventions. Tant mieux même si ce n’est pas simple pour les salles publiques ! Mais dans le privé, c’est une autre affaire. Nous n’avons aucune rentrée d’argent depuis mars, hormis les aides. Les producteurs privés sont très touchés. Même les « gros » artistes qui verront en janvier leur relevé SACEM arrivé en janvier et réaliseront alors qu’ils ont perdu l’ensemble de leurs droits d’auteur… ça va leur faire bizarre !

« Le spectacle vivant privé est totalement aux abois. »

Est-ce que le secteur culturel ligérien a été plus ou moins impacté que d’autres départements ?

Forcément les grosses métropoles où le secteur privé est très présent comme Paris ou Lyon, sont davantage touchées. À Saint-Étienne, aussi, tout le monde est impacté et souffre énormément. Difficile à dire s’il y a des zones où le secteur culturel est plus affecté. Une chose est sûre, le spectacle vivant privé est totalement aux abois. Même les grands groupes qui ont investi dans le secteur tels Live Nation ou Lagardère, ne pourront pas tenir éternellement.

Selon vous, pourrait-il y avoir une concentration encore plus forte dans le secteur culturel autour de grands groupes économiques ?

J’ai peur que de nombreux indépendants abandonnent le navire progressivement. Il va y avoir une hécatombe. Combien de temps les petites maisons de disques ou les petits tourneurs et autres pourront tenir ? Même quand ça reprendra, il y aura encore de la souffrance. Après, est-ce que cela poussera certaines entreprises réticentes à finalement se vendre aux grands groupes, c’est possible. Mais parallèlement les grands groupes feront davantage attention…

Pour être plus positif, vous avez annoncé un début de programmation pour Paroles & Musiques 2021. Vous maintenez donc le festival ?

Ce sont les 30 ans du festival et nous devions agir car nous restions sur 3 années de difficulté pour Paroles & Musiques. 2018 qui a été très dure malgré la belle scène que nous avions montée au-dessus du musée de la Mine, 2019 qui pour moi n’a jamais existé et 2020 que nous avons du annuler. L’idée était d’anticiper les problèmes pour l’édition 2021. Je pars dans un premier temps sur un festival tout assis. Je suis en train de regarder pour avoir un Magic Mirror un peu plus grand. La soirée du dimanche au Zénith peut se faire en tout assis selon les restrictions qui seront en vigueur. Et les deux autres Zénith prévus sont différents, car ils correspondent à des reports de dates Ckel Prod que nous avons décidé d’inclure dans le festival 2021.

« Paroles & Musiques est un peu notre bouée de sauvetage et il sera bien là au mois de mai ! »

Concernant la programmation, vous avez quelle ligne directrice ?

L’idée est qu’il y ait un artiste présent en 2021 représentant chaque édition. On va faire une sorte de panorama des 30 ans du festival avec la venue d’artistes qui ont l’ont marqué et qui conservent une activité. On ne vit pas que dans le passé ! Si on devait donner un titre au festival de 2021, ça serait de « 1992 à demain ». On souhaitait marquer le coup. Et paradoxalement, la vague Covid tombe plutôt bien pour une chose car elle chamboule un peu l’actualité des groupes. Du coup, cela nous laisse plus de latitude sur la programmation. On est davantage sur une programmation aux coups de cœur sans rester figer sur des artistes qui sortent un album par exemple. 30 ans pour un festival, c’est beau ! Il n’y en a pas beaucoup qui arrivent à cet âge et il sera important de célébrer cet anniversaire. Je suis plutôt confiant. Paroles & Musiques est un peu notre bouée de sauvetage et il sera bien là au mois de mai !

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