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Terrenoire : « Dès la rencontre, on a compris que Bernard Lavilliers était un Steph’, comme nous »

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Le duo Terrenoire, porté par les frères Théo et Raphaël Herrerias, est de retour à la maison. Samedi 20 novembre, ils donneront un concert au Fil, avec La Belle Vie en première partie. Une programmation 100 % stéphanoise à l’occasion de laquelle If Saint-Étienne a pu rencontrer le duo qui vient de sortir un morceau avec Bernard Lavilliers, et leur demander quel regard ils portent sur la ville. Propos recueillis par Julie Tadduni et Nicolas Bros.

Comment ça va aujourd’hui ? Quand vous revenez à Saint-Étienne qu’est ce que cela vous fait après l’évolution rapide qu’a connu Terrenoire ?

Théo : Pas si rapide. Ça fait quand même depuis 2017 que l’on a commencé Terrenoire. Le temps passe vite, nos années sont très chargées, et il y a pas mal d’objectifs à tenir, on essaie de grandir. On fait toutes les choses par petite marche. Des petites marches qui nous rendent heureux. Finalement on n’a pas l’impression d’avoir fait un truc extraordinaire dans le sens où on a monté beaucoup de ces petites marches. En effet, c’est très bien, et je ne dis pas que l’on n’est pas contents, mais vu que l’on a pris les choses petit à petit, ça se digère progressivement, c’est vivable.

Raphaël : C’est comme un jardin. La première année tu récoltes un petit peu, la deuxième un petit peu plus. Je pense que t’es satisfait de voir que ton écosystème marche bien, mais notre regard ne se porte pas sur le fait d’avoir percé. Ce qui nous importe c’est de se demander si l’on est en équilibre avec ce que l’on fait, si l’on fait la musique que l’on a envie de faire, si l’on se sent bien personnellement. Y a pas grand-chose qui a bougé en fait.

Y a-t-il des projets que vous avez refusé pendant ces cinq dernières années ?

Raphaël : Plein de trucs. On est assez ermites avec Théo. On fait très attention à notre énergie, à savoir avec qui l’on est, avec qui on passe du temps, avec qui on collabore.

Qu’est-ce qui vous a poussé à refuser ?

Raphaël : Parce qu’on ne le sentait pas. Quand ton intuition te dit non, c’est que c’est pas une bonne idée de le faire. On se trompe rarement sur ces choses.

Théo : C’est notre maman qui nous a transmis ce flair. On est assez raccord là-dessus et notre mère, elle, est incroyable à ce niveau.

Raphaël : On essaie de ne pas se faire happer par les rêves des autres. Les idéaux de la société, des autres artistes, de ce qui serait cool ou non de ne pas faire. Nous notre plus grand fait d’armes, c’est d’avoir fait un duo avec Lavilliers. C’est de la magie pour nous et c’est quelque chose qu’on avait en tête depuis longtemps.

« Notre plus grand fait d’armes, c’est d’avoir fait un duo avec Lavilliers »

Raphaël Herrerias, Terrenoire.

Pourquoi lui justement ?

Théo : Pourtant, ce n’est pas notre idole d’enfance. On a beaucoup plus écouté Nougaro que Lavilliers. Je connaissais On the road again et c’est tout. Mais de la rencontre, au fait que ce soit une figure stéphanoise importante qui a influée sur la vie des gens, le fait que notre grand-père avait travaillé avec son père… Dès la rencontre, on a compris que c’était un Steph’ comme nous. Il met son attention, sa patience, son écoute, sur des choses très précises, qui sont intangibles pour quelqu’un qui ne vient pas de Saint-Étienne. Ce sont des tournures de phrases par exemple. Les moments de studio étaient merveilleux. Il était très fort, il savait ce qu’il voulait faire et restait très ouvert, d’accord avec le fait que des choses peuvent un peu le désarçonner. Quelqu’un de 75 ans qui reste aussi amovible, c’est fabuleux !

Vous êtes partis depuis moins longtemps que Bernard Lavilliers. Vous portez quelle regard sur la ville quand vous y revenez ?

Raphaël : On voit la ville se métamorphoser.

Théo : Il y a deux ou trois ans, on n’aurait pas dit ça.

Raphaël : Ça ose. Tout ce temps de digestion des choses qui s’effondrent est terminé. Comme il y a un terreau associatif, il y a encore de la pensée, des tiers-lieux, il y a un centre-ville dans lequel il reste des espaces vides et donc on peut y créer des choses. Cette Cité du design est un peu à l’image de cette transition. Pas encore tout à fait embrassée par les gens, mais qui intrigue, qui est une vitrine vers l’extérieur. Il y a des artistes, des musiciens, des plasticiens… Toutes ces histoires côte à côte participent à un changement de vision que les gens ont sur eux-mêmes. Et je pense que ça doit passer par la compréhension de qui on a été, sans honte, sans complexe. On en a chié, tous, pendant longtemps. Et à la fois, il y a ces ressources extraordinaires de changement. On n’est pas dans une ville bourgeoise. On est dans une ville où les gens savent que ce n’est pas le blé qui tient les choses. Dans cette période qui en appelle à la sobriété et où la religion fric s’effondre, être ensemble, le lien, l’associatif, l’art, ce n’est pas un détail. Chacun dans son couloir doit faire son taf. Nous avec notre musique, vous avec ce que vous racontez, les politiques quand ils s’y mettent…

© Pierre-Emmanuel Testard

« Il met son attention, sa patience, son écoute, sur des choses très précises, qui sont intangibles pour quelqu’un qui ne vient pas de Saint-Étienne. »

Théo Herrerias, Terrenoire.

Vous auriez pu atteindre ce niveau en restant à Saint-Étienne ?

Raphaël : Non. Il y avait un désir de partir. La chanson avec Lavilliers le dit « il faudra que je parte pour devenir quelqu’un ». C’est une envie de changer de peau, de métamorphose. On se sentait limités, on avait besoin de voir du pays, de respirer. Et une fois partis, on se rend compte de ce qui nous manque. On n’est pas de la grande ville, ce n’est pas chez nous. Nous on vient d’ici.

Paris reste toujours incontournable pour la musique ?

Raphaël : Un jour, on pourra en partir. Mais pour le moment, c’est un accélérateur de particules. Le pays a centralisé toutes les activités là-haut, et surtout culturelles. C’est pour cela qu’on vous voit aujourd’hui aussi. On pense qu’il y a des récits territoriaux culturels qui peuvent être faits et que c’est important.

Vous faites en sorte de rester le plus indépendants possible. Pourquoi est-ce important ? Est-ce que l’industrie musicale vous fait peur ?

Théo : Ce n’est pas une peur panique comme si un monstre arrivait sur moi. Il s’agit de se demander ce que l’on veut faire, quel genre de chansons et qu’est-ce que je peux faire si je suis pieds et poings liés avec un directeur artistique qui me dit quelle chanson faire. Faire le back office permet de rester ancrés aussi.

Raphaël : C’est se battre à armes égales aussi. On a notre label, on est associés à d’autres labels. C’est Virgin pour ce disque. Notre éditeur est Universal Music Publishing. Nous sommes partenaires de travail et cela se passe bien. Ce qui se pourrait se passer si ça avance est de faire grandir notre structure de production, Black Paradisio. Pourquoi pas se diversifier à travers des podcasts, des films. Ce qui sera intéressant est de se demander comment cela retombera sur le territoire, à travers cette navette Paris- Saint-Étienne et produire ces récits.

Sur le live que vous allez proposé au Fil samedi, y aura-t-il des nouveautés ?

Théo : La scénographie a évolué. Mathilde Rambourg, qu’on a rencontrée au fil, est notre ingé lumière depuis le tout début de Terrenoire. Elle s’est occupée de la scénographie du nouveau spectacle que nous faisons depuis quelques mois. Il y a des titres exclusifs, cette nouvelle scénographie. On est toujours deux sur scène. Arrivera un moment où l’on aura des musiciens et donc un peu plus d’altérité, pour l’instant on garde le spectacle à deux donc c’est toujours aussi intense, chorégraphié, le corps est mis en avant. On va réfléchir aussi cette semaine à faire des petites surprises pour nos chers Stéphanois.

Terrenoire + La Belle Vie, samedi 20 novembre à 20h30 au Fil à Saint-Etienne
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