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mardi 23 juillet 2024
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A Veauche, la verrerie O-I Glass se décarbone pour 60 M€

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Un investissement a priori monstre pour un site où travaillent 300 personnes fournissant en bouteilles la viticulture et les fabricants de spiritueux. Le remplacement des fours, toujours extrêmement coûteux, revient dans ce secteur, certes, comme un boomerang. Cependant, le financement particulièrement fort – 60 M€ – consenti par le groupe O-I Glass pour électrifier l’un des deux équipements de sa verrerie de Veauche obéit à des exigences RSE, de toute façon imposées par le marché.

La production se partage, quasiment à 50/50 entre la production de verre coloré et celle de verre transparent issus de deux fours distincts. ©oi-glass

Repartir pour un four ? Dans ce secteur d’activité, c’est un investissement nécessaire tous les 10 à 15 ans. Mais dans ce cas-là, la logique va plus loin qu’une « simple » rénovation/modernisation. Il s’agit carrément d’un changement de paradigme car avant tout « réclamé » par la demande. Et il coûte à lui seul ou presque la bagatelle de… 60 M€. Environ deux fois plus que le coût « habituel » déjà très conséquent pour actualiser un four. Le site industriel comme la verrerie de Veauche O-I Glass en abrite deux. Il y a 4 ans, celle-ci avait d’ailleurs déjà vu le groupe mettre 30 M€ sur la table pour remplacer l’autre exemplaire du site forézien – consacré, lui, à la réalisation du verre coloré – devenu trop vétuste. La verrerie de Veauche témoigne de 141 ans d’Histoire avec des origines liées à l’entreprise Badoit, toute proche, et sa nécessité d’approvisionnement en bouteilles quand le plastique n’était pas encore roi. Environ 300 millions de « cols » y sont fabriqués par an. Pas loin de 300 personnes (dont 270 CDI) s’y attèlent.

L’usine a successivement appartenu à différents groupes avant de devenir un des sites du groupe international O-I Glass basé aux Etats-Unis (dans l’Ohio) : pas moins 23 000 personnes, 68 usines (dont 9 en France) répartis dans 19 pays du monde pour 7,1 Md € de chiffre d’affaires (CA) en 2023. Si le CA d’O-I Glass France a dépassé les 900 M€ en 2022, surpassant largement le niveau d’avant Covid (certes l’inflation devait déjà jouer), l’entité ne communique pas l’évolution de celui spécifique à un site comme Veauche. « Le business model du site s’est beaucoup diversifié au fur et à mesure du temps, explique Bruno Delhorbe, directeur de l’usine O-I Glass de Veauche depuis plus de 5 ans. Notre situation géographique, plutôt centrale vis-à-vis des marchés y est favorable. Des verreries d’ampleur comparables sont souvent implantées en plein vignoble fournissant ainsi exclusivement ce dernier en bouteilles. Tandis qu’ici, nos débouchés se répartissent entre des fabricants de spiritueux (30 %), de cognac notamment, de vins (45 %) et de bouteilles de vins pétillants sous pression (20 %) : champagne, crémants, etc. » 

Un équipement encore unique à l’échelle du groupe

Vue extérieure de l’usine O-I Glass de Veauche. ©Oi-glass/Guillaume Atger

Quelques marchés de niche complètent ces pourcentages. La conjoncture pour la verrerie – en général et, plus largement, globalement de l’emballage – a connu des jours meilleurs, la baisse de consommation du vin n’aidant pas, sans non plus être soumise à un repli catastrophique. En attendant le retour d’une croissance ferme, le groupe O-I Glass a les moyens d’aller loin dans ses investissements en France. L’annonce des 60 M€ mis à Veauche suit celle des 55 M€ sur un autre site comparable, dans les Vosges, à Gironcourt-sur-Vraine ou encore les 40 M€ investis dans celui de Reims (après 50 M€ en 2019). L’enjeu de cette campagne de modernisation est capital : elle va plus loin, comme dit plus haut qu’une remise à niveau classique. Il s’agit d’une électrification du process. « Pour l’un de nos deux fours, celui consacré au verre transparent (l’autre a donc déjà été refait en 2020), c’est toute la structure qui est refaite de A à Z », précise Bruno Delhorbe.

Veauche sera ainsi la première usine O-I au monde à être dotée d’une telle innovation. Ce nouvel équipement a pour objectif de remplacer jusqu’à 70 % (50 % dans un premier temps) de l’énergie conventionnelle issue des combustibles fossiles alimentant le four par de l’électricité. Lancée à la fin de l’été 2025, à Veauche, l’opération globale devrait s’achever en décembre 2025. Ce qui fera de l’usine de Veauche « l’un des sites d’O-I les plus modernes et les plus durables au monde. À cette date, O-I espère ainsi être le premier verrier en France à abriter un four hybride de cette taille, et l’ensemble du site devrait réduire ses émissions de CO2 jusqu’à 35 % par rapport aux niveaux antérieurs à 2020 ». C’est là, le plus important même O-I Glass ne crache pas sur les 17 % d’économie de facture énergique induits au passage, surtout après une explosion de charges qui fatalement, met ce type d’activité en première ligne de l’inflation.

Cent jours pour changer le four

De plus, le four sera équipé d’un système de récupération de chaleur et d’un système de préchauffage de l’air qui généreront des gains d’efficacité supplémentaires et réduiront la consommation d’énergie ainsi que les émissions de gaz à effet de serre. Ainsi,« avec un niveau d’électricité moyen de 50 %, les émissions de CO2 du site devraient diminuer d’environ 43 % par rapport à un four traditionnel, contribuant ainsi de manière significative à l’objectif mondial du groupe O-I Glass de réduire de 25 % ses émissions d’ici à 2030, ajoute le groupe. Outre l’impact en termes de décarbonation, la technologie hybride-flex permettra de réduire encore les émissions de Nox (dioxyde d’azote, Ndlr) qui ont déjà été fortement atténuées par la mise en place de précédents équipements. » Enfin, parallèlement à la construction de ce nouveau four hybride, O-I prévoit d’installer un autre système de récupération de chaleur qui alimentera un nouveau réseau interne de distribution pour couvrir jusqu’à 94 % des besoins en chauffage de l’usine.

Le changement de four va impliquer un arrêt d’un petit peu plus de 50 % de la production durant 100 jours. La continuité de la fourniture aux donneurs d’ordre sera évidemment anticipée. Et côté personnel, pas de chômage technique pour autant : entre un aiguillage sur d’autres taches temporaires, comme de la maintenance, des congés et la concrétisation de plan de formations, le personnel impacté aura de quoi s’occuper, promet la direction. Dotée de 2 fours et de 7 lignes de production, l’usine O-I de Veauche, insiste aussi le groupe, utilise, jusqu’à 87 % de verre recyclé, le « calcin » (du moins pour son four destiné au verre coloré ; jusqu’à 24 % pour le « transparent » renouvelé en 2025), « qui provient d’une usine de transformation située à moins de 20 km ». O-I Glass souligne encore que le site se situe à quelques heures de la plupart de ses clients, minimisant ainsi les livraisons et la logistique.

La montée en gamme RSE (responsabilité sociale et environnementale) du groupe ici comme ailleurs, est louable en soi. Elle est devenue, parait-il, un argument toujours plus prégnant pour recruter. Ce que n’implique pas cet investissement à Veauche même si, dans les 60 M€, se comptent aussi marginalement quelques réaménagements de lignes de production : les effectifs foréziens sont en effet stables, voire en léger recul ces dernières années avec l’automatisation montante des taches à faible plus-value. Cette politique répond en fait par-dessus tout, une exigence nette de la clientèle du verrier, comme l’assume d’ailleurs aussi ce dernier, confrontée, elle, au choix ultime du consommateur. L’environnement est un argument de vente. C’est tant mieux.

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