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Discothèques : pourquoi certaines ne rouvriront pas

• Julie Tadduni
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Après seize mois de fermeture, la nouvelle est tombée. Les boîtes de nuit pourront rouvrir, sous certains conditions, dès le 9 juillet. Une nouvelle qui était très attendue par les professionnels du secteur, mais pour certains, l’application du protocole pose question. 

C’est officiel, les discothèques pourront rouvrir à partir du 9 juillet. Une décision vitale, qui était attendue avec impatience par tout un secteur d’activité, et qui intervient après seize mois de fermeture. « Nous n’attendions que ça, on avait vraiment hâte d’ouvrir, explique Thierry Llamas, délégué Rhône-Alpes du syndicat des discothèques. Au-delà de nous, tout le monde avait envie d’une réouverture, de pouvoir se libérer sur les pistes de danse, de fêter les événements ailleurs que dans les cercles privés. » Car le 14 mars 2020, les exploitants de discothèques apprenaient leur fermeture pour une durée qu’ils n’auraient jamais imaginé au départ. « L’annonce de la fermeture a été très compliquée car cela s’est fait du jour au lendemain, se souvient Mathieu Laurent, DJ et directeur artistique de la discothèque Le MustAu début, on pensait que ça allait durer deux semaines donc on a fait avec, on s’est dit que c’était l’occasion d’avoir quelques jours de repos. Et puis les semaines passaient, sans que l’on nous donne d’informations. » Contrairement à la plupart des autres établissements, Le Must a eu la chance de pouvoir ouvrir sa partie pub durant l’été, ce qui a été une vraie bouffée d’oxygène, notamment pour les salariés, même s’ils travaillaient en équipe réduite. Mais la réouverture annoncée ne se fera pas sans conditions. 

Les clients prêts à jouer le jeu ? 

Même si la nouvelle a été accueillie avec soulagement, certains professionnels s’interrogent sur la mise en pratique du protocole, et sur une possible réouverture dans deux semaines. « Notre syndicat était en discussion avec Matignon et le président de la République depuis quelques semaines, notamment pour définir du protocole qui allait être mis en place, rapporte Thierry Llamas. Globalement, il faut se dire que ça va être lourd à gérer. Je comprends les exploitants, et certains ne rouvriront pas car ce sera un coût supplémentaire de mettre en place le protocole. » 

Et c’est justement la question que Maxime Tholot, gérant de la discothèque Le Bul à Saint-Étienne, souhaite soulever avec ses équipes pour prendre une décision collective de réouverture en juillet ou en septembre. « Il y a les contraintes sanitaires à appliquer, et les clients ne sont pas tous vaccinés donc vont-ils anticiper leur venue en se faisant tester ? Nous sommes plus traditionnellement sur une clientèle spontanée, qui vient après un restaurant ou un bar, estime Maxime Tholot. En plus, les mois de juillet et d’août ne sont pas ceux où nous avons le plus de clientèle, au contraire. » Il n’est en effet pas impossible que les discothèques de stations balnéaires profitent davantage d’une réouverture à cette époque de l’année. Cependant, un jeune non vacciné qui serait en vacances dans le sud va-t-il accepter de devoir se faire tester tous les trois jours pour aller en boîte tous les soirs ? 

« Globalement, il faut se dire que ça va être lourd à gérer. »

Thierry Llamas, délégué Rhône-Alpes du syndicat des discothèques.
La discothèque Le Bul à Saint-Etienne © DR

Des videurs contrôleurs

Les exploitants de discothèques se posent aussi la question des contrôles qu’il faudra mettre en place afin de vérifier que les clients qui se présentent sont vaccinés, testés négatifs ou ont contracté la Covid. « Nous allons discuter avec nos videurs pour savoir comment ils appréhendent la chose, c’est un nouveau rôle » , s’inquiète Maxime Tholot. Enfin, si des faux devaient circuler, comme cela a été le cas dans les aéroports, le personnel des boîtes de nuit ne peut se substituer à la police. Par ailleurs, le temps d’attente devrait sensiblement s’allonger avec la mise en place de tels contrôles. « Nous faisons confiance aux patrons de clubs pour être très rigoureux, précise Thierry Llamas. Nous avons trois semaines pour nous former à cela et tout mettre en place. Ce n’est pas simple dans les faits, donc les petites structures auront beaucoup de mal à rouvrir tout de suite ».

Une organisation sur laquelle planche déjà de nombreux exploitants car chaque minute compte. « Il y aura du personnel soignant à l’entrée de l’établissement, pour réaliser des tests sur place, comme seuls 8 % des 18-20 ans sont vaccinés, indique Mathieu Laurent. Je pense que l’on va voir se développer cela de plus en plus, peut-être même dans les bars. Car pourquoi auraient-ils le droit de recevoir autant de monde que nous sans protocole ? ». Et certains rencontrent d’ores et déjà des problèmes de personnel.

250 discothèques ne rouvriront jamais leurs portes

« Après seize mois de fermeture, des membres de l’équipe ont trouvé des jobs entre temps pour vivre et difficile de tout quitter en quelques jour », explique Maxime Tholot. Interrogé à ce sujet, le Syndicat des discothèques rapporte qu’au niveau national, 50 % des salariés de clubs sont allés trouver un emploi ailleurs depuis la crise. Cela ne laisse que peu de temps aux gérants pour s’organiser. Et avec cela, se profile la fin des aides. « D’autres problèmes sont à venir, estime Thierry Llamas. Au-delà de l’ouverture, nous nous battons pour la protection des exploitants et des salariés. Tout n’est pas gagné, mais on préfère positiver. Nous nous réunissons fin août pour voir comment l’été s’est déroulé au niveau sanitaire et voir comment faire pour le maintien des aides après août. » Il précise en effet qu’à l’heure actuelle en France, 250 clubs sur 1 600 ont fermé leurs portes de manière définitive, et que d’autres fermetures sont en cours. « Je pense qu’il y aura beaucoup de casse, notamment chez ceux qui ont créé leur établissement juste avant la crise, à la mauvaise période. » 

Mathieu Laurent, quant à lui, préfère positiver et travailler à l’organisation d’un retour réussi, qu’il attend depuis seize mois. «On a déjà programmé toutes nos soirées jusqu’au mois de décembre. Le choix est simple : jouer le jeu ou ne rien faire, alors c’est la motivation qui prend le dessus sur tout le reste. » Bamboche must go on.

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