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Escape games : Eludice ne va pas s’en sortir

• Xavier Alix
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Elle était devenue la référence nationale d’un créneau tout neuf. L’entreprise stéphanoise Eludice, conceptrice d’escape games et de jeux immersifs sur mesure, du scenario aux décors, était en redressement judiciaire depuis juillet. Son projet de restructuration basé sur un gros marché ne pourra pas se réaliser, le client en question faisant faux bond. La liquidation à la mi-septembre ne fait quasiment aucun doute, confie son directeur général Bruno Pouget…

Dans ses ateliers à Saint-Etienne. Capture d’écran.

« Il n’y a pas un seul matin où je suis venu à reculons en 6 ans. C’est un privilège de vivre ça. On a tous acquis énormément de savoir-faire, de contacts. Je pense qu’un bon nombre d’entre nous pourront proposer leurs services en tant qu’indépendants… » Mais si l’aventure a été belle, insiste le directeur d’Eludice Bruno Pouget, son issue laisse quand même un fort goût amer…

Car ce ne sont pas les prestations de l’entreprise qui l’ont amenée à cette situation. Davantage une pandémie mondiale. « Quand le Covid est arrivé, beaucoup de nos clients ont bénéficié de PGE qui ont permis de poursuivre les investissements. On pensait que ça allait durer deux, trois mois. Hélas, cela s’est éternisé. Et à force de fermetures ou d’investissements suspendus du côté de nos clients, au bout de 7-8 mois, nos réserves ont fondu…. », explique Bruno Pouget, associé à David Reiss-Zajtman, créateur d’Eludice à Saint-Etienne en 2015.

Eludice comptait une trentaine de collaborateurs

L’idée de se lancer dans la conception d’escapes games  – des scenarios jusqu’aux décors – avait fait mouche. Un temps implantée rue de la République à Saint-Etienne, Eludice avait déménagé au pied de la colline de Montreynaud où elle possédait, entre autres, son atelier de décors de 600 m2. Elle devient vite la référence nationale de son secteur, revendiquant une place de leader national et se diversifiant sans cesse avec dernièrement, une orientation prise sur le virtuel, les jeux vidéos et le recrutement de développeurs. En 6 ans d’existence 250 projets vont être développés dont 150 pour des salles d’escape game.

Eludice est passée d’un chiffre d’affaires de 700 000 euros en 2016 à 1,2 M€ en 2019. A la veille de la crise sanitaire, elle avait décidé de passer un cap sur sa croissance interne, dépassant ainsi la trentaine de collaborateurs début 2020 contre 23 un an auparavant. « Il aurait fallu réaliser 1,6-1,7 million d’euros pour cadrer avec notre développement qui visait des gros appels d’offres. Mais se faire payer par des gros clients prend beaucoup de temps. Et parallèlement, les vagues successives de Covid ont fini par assécher les investissements de notre clientèle habituelle. Au final, nous n’avons pu que maintenir notre CA », constate Bruno Pouget.

L’entreprise avait publié cette vidéo présentant avec humour ses activités.

Un secteur de niche complètement sinistré

Eludice avait donc décidé de se placer en redressement judiciaire début juillet. Un plan de restructuration visant un chiffre d’affaires 2021 à 1,7 M€ prévoyait une réduction d’effectifs d’une dizaine de personnes dont six licenciements et quatre CDD non renouvelés ainsi que l’externalisation des chantiers qu’elle assurait dans toute la France, voire en Belgique et en Suisse. Mais le projet était très lié à une commande d’une société souhaitant reproduire une sorte de Fort Boyard à Deauville.

Ce sera la liquidation à moins que l’on se fasse racheter au dernier moment mais on y croit pas trop

Bruno Pouget, directeur général d’Eludice

« Il vient de nous informer qu’il n’aura pas son site… A partir de là, on sait ce qui va se passer à l’issue du redressement judiciaire fixée au 15 septembre : ce sera la liquidation à moins que l’on se fasse racheter au dernier moment mais on y croit pas trop, confie Bruno Pouget. Cela a toujours été un marché neuf, compliqué, réclamant beaucoup de souplesse avec des prix toujours tirés vers le bas malgré une technologie toujours plus présente. Avant le Covid, cela arrivait déjà qu’un client décommande. Mais là, on ne peut plus encaisser…»

Aurait-il fallu grandir moins vite ? « Si nous n’avions pas eu cette taille critique, nous n’aurions sans doute pas passé la première vague Covid, alors… ». Ce secteur de niche est d’ailleurs complètement sinistré selon Eludice. « Parmi nos cinq concurrents, le seul à survivre pour l’instant – même s’il est lui aussi en redressement judiciaire -, situé à Paris était le plus important… »

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