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dimanche 26 mai 2024
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Gioia Shrimp, la saisissante réussite d’un « crevetophile »

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A tout juste 23 ans, il a fait de sa passion un business étonnant. Enzo Gioia a créé à Saint-Etienne son entreprise spécialisée dans la fabrication et la vente de produits pour crevettes de… compagnie. Il y avait manifestement un marché à prendre : au bout de deux ans d’existence, Gioia Shrimp fournit déjà 400 animaleries en France. Et ce n’est pas fini…

Enzo Gioia dans ses locaux à Saint-Etienne bd . © If Média/Xavier Alix

Il y a celles qu’il mange. Et il y a celles qu’il élève. « Et ça n’a rien à voir ! », tranche Enzo Gioia. Derrière le jeune entrepreneur de 23 ans, fondateur de Gioia Shrimp, il y a d’abord un aquariophile, de la famille des « crevetophiles » si on mouille sa passion dans le néologisme. Ce Stéphanois pur jus fait grandir et observe dans ses aquariums des petites crevettes aux couleurs flashies depuis l’enfance. Il ne s’agit pas de celles destinées à la consommation humaine, dix fois plus imposantes, mais de races d’eau douce à l’origine d’Asie et issues de sélections dites « neocarisina » et, pour les plus techniques à élever, « neocaridina ». « Une question de PH, d’acidité d’eau ! Leurs mouvements, l’évolution de leurs couleurs – il y en a des centaines, souvent fluos -, l’observation de leur cycle de vie de 3 à 6 mois, surtout pour un impatient comme moi… tout ça… c’est fascinant ! »

Cette fascination, Enzo Gioia n’imaginait pas que tant d’autres Français et autres Européens la partageaient. Ni qu’il allait en faire une activité entrepreneuriale au démarrage fulgurant. « Je n’ai rien d’autre qu’un bac comme diplôme. Ça me pousse d’ailleurs, comme le reste de mon parcours, aujourd’hui à ne pas regarder le diplôme au moment de recruter, à privilégier la motivation, l’envie, l’implication pour un rapport gagnant/gagnant. Ma première activité ? J’ai été community manager pour une émission d’une grande chaîne de télévision française. » Enzo Gioia n’a alors que… 14 ans ! Un poste assuré depuis Saint-Etienne et obtenu presque par hasard, à une époque où le métier est encore relativement balbutiant et artisanal. L’aventure s’arrête à 19 ans, du jour au lendemain. Le jeune homme le vit assez mal. Mais se remet très vite, en allant travailler dans la restauration.

Botanic et Truffaut entre autres en références

L’adresse vietnamienne Bol’appétit, près de la place Carnot à Saint-Etienne lui donne sa chance à l’issue du Covid, phase II. Le dynamisme d’Enzo allié à la bienveillance de ses patrons l’amène à aller plus loin que son poste de serveur, finissant « responsable de salle » : « Je dois beaucoup à Bol’appétit : là-bas on m’a énormément appris, en particulier sur l’entreprenariat, la gestion d’une entreprise. » Et c’est une discussion avec un de ses clients, à la tête d’une animalerie, qui va donner une autre orientation à sa vie professionnelle. « Je lui ai parlé de ma passion pour l’élevage des crevettes et des « lollies » que je fabriquais déjà moi-même et dont j’avais entendu parler sur le web. En gros, ce sont des petits bâtonnets alimentaires qui attirent les crevettes. Elles se fixent dessus et tout en les alimentant, cela permet de beaucoup mieux les observer, étant donné que ces petites bêtes se cachent une grande partie de leur temps dans les aquariums. Ce qui peut être frustrant. »

Je lui ai parlé de ma passion pour l’élevage des crevettes et des « lollies » que je fabriquais déjà moi-même. Puis cela a été très vite.

Enzo Gioia

Le client du restaurant se montre intéressé au point où lui aussi donne spontanément sa chance à Enzo : il lui propose d’en fabriquer suffisamment pour y tester leur vente dans son animalerie d’Andrézieux-Bouthéon. Bingo : les premiers 50 paquets de 12 lollies made in Saint-Etienne s’écoulèrent en une semaine. Une vitesse bluffante, inespérée, aussi bien pour le producteur que pour le vendeur. Gioia Shrimp (Gioia Crevette en Français fatalement moins vendeur) flanqué de son slogan qui affiche la couleur (« Rendez vos crevettes joyeuses »), est né. « A partir de là, cela est allé très vite. D’abord un second magasin puis quatre, etc. » Deux ans après le lancement de l’activité, pas moins de 400 animaleries françaises indépendantes ou de chaîne vendent les produits la jeune société tournée exclusivement sur le B to B (pas de vente directe). Parmi les références affichées : Botanic, Truffaut, Poisson d’or, Terranimo, Floraquatic. S’ajoutent aussi Villaverde ou encore quelques Gamm Vert…

540 000 « lollies » vendus l’an passé

Cinq magasins à l’étranger (Belgique, Suisse, Espagne) vendent aussi ses produits. Car si Gioia Shrimp a conçu et développé, et continue à le faire, via sa petite mais véritable R&D, 16 gammes de lollies – à la spiruline (une algue et un must pour ces animaux), aux orties, au pollen, à la mangue, à la fraise, etc., « il faut dire qu’elles mangent un peu de tout nos petites crevettes ! » -, ces dernières ne représentent « que » 60 % de son activité, l’entreprise ayant très vite diversifié ses produits. Elle poursuit d’ailleurs dans cette voie. Il y les granulés aux épices ou à la spiruline, nourrissant de manière plus conventionnelle les crevettes ou encore ces « chips », bien utiles en cas d’absence prolongée de leur éleveur. Mais aussi des feuilles de catappa, de mûrier ou goyave servant de conditionneurs d’eau. Il y a enfin, des accessoires et décors pouvant d’ailleurs servir à l’aquariophilie en général. Dernière né de l’imagination féconde d’Enzo Gioia cependant, le « porte lollies » permettant d’améliorer l’observation des petits êtres colorés.

Un produit gioiashrimp, ici des lollies, est vendu toutes les 30 minutes en France. © If Média/Xavier Alix

Des lollies, Gioia Shrimp en a écoulé 150 000 exemplaires sa première année d’existence. C’était 540 000 l’année qui vient de s’écouler. Si la réalisation des accessoires et décors sont sous-traités, l’alimentaire est, lui, bien élaboré directement. Exclusivement à partir de produits issus de l’agriculture biologique et 100 % français. Le tout fait artisanalement donc. « D’abord chez mes parents puis chez moi, en tant qu’auto-entrepreneur. Jusqu’en décembre 2021, j’ai mené ça tout seul, parallèlement à mon job à Bol’apétit. » Avant d’avoir des perspectives suffisamment solides pour s’y consacrer pleinement et ainsi envisager la seconde phase. Soutenu par le réseau Initiative Loire qui lui a, en tant que lauréat, accordé un prêt d’honneur 0 % de 8 000 €, Enzo Gioia est passé en SARL en octobre 2022, a recruté son premier employé et s’est installé dans des locaux de 70 m2 au 4 boulevard de l’Etivallière à Saint-Etienne. Un second salarié s’est ajouté depuis.

200 magasins de plus visés en Espagne

Car les perspectives sont bonnes. Si Gioia Shrimp ne souhaite pas communiquer sur l’évolution de son chiffre d’affaires, la société poursuit le développement de ses produits : des nouveautés sont annoncées pour janvier 2024 grâce à un partenariat avec une entreprise de Feurs. Elle travaille aussi à décrocher un gros contrat, du côté de l’Espagne qui devrait, si tout se concrétise, lui ouvrir les portes d’ici la fin de l’année de 200 nouveaux magasins d’un coup ! Il faudra alors de nouveau recruter, au moins deux personnes. Jamais, le community manager ado que fut Enzo Gioia n’avait imaginé que sa passion, serait un jour son business. Une affaire de niche en pleine expansion qu’il associe, avec un peu de recul, à la facilité d’élever ces crevettes. « Ce n’est pas très cher par rapport aux exigences d’autres animaux dans le milieu aquariophile si on veut faire les choses bien. Là avec un grand bocal de 20 l dans lequel évolue 15 crevettes, c’est suffisant. On peut se lancer sans multiplier les frais : sans chauffage et système de filtration, sans que cela prenne un espace fou. »    

Le chef d’entreprise n’est à ce titre pas le meilleur exemple puisque lui-même entretient à son domicile un 450 l long d’1,5 m. De quoi y faire habiter au moins une centaine de crevettes. Et sans doute bien plus. « Vous comprenez que moi, à ce stade, j’ai arrêté de compter ! »

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