Saint-Étienne
lundi 30 janvier 2023
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Impression 3D : Guillaume Crédoz espère tomber à PIC

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Il a tout perdu ou presque mais pourrait nous faire gagner beaucoup. Architecte et designer de renom, Guillaume Crédoz va quitter une situation intenable au Liban et devrait implanter à Saint-Etienne d’ici un an son cabinet d’architecture et design Bits to Atoms, très tourné vers la 3D. La Métropole lui a en effet ouvert ses portes permettant, en préambule, la mise en route déjà effective de « PIC », startup qui imprime en 3D du mobilier à partir de plastique recyclé.

Guillaume Crédoz dans son atelier de la Cité du design où PIC vient de s’installer avec un robot industriel de 2,5 t reconverti. ©If Média/Xavier Alix

Un petit oasis « vert » au milieu d’un immense désert. La Coupe du Monde de football de la Fifa au Qatar n’a pas brillé – euphémisme – pour son bilan humain et environnemental. C’est davantage le cas pour le mobilier urbain fourni, lui, par Bits to Atoms à l’occasion d’une exposition (dite Expo 2023) à Doha liée à l’événement, en espérant cependant que, ce dernier achevé, il n’ait pas été envoyé au rebus… Et pour cause : il est en plastique, en polycarbonate plus exactement, mais 100 % recyclé. Une démonstration des nombreux savoir-faire issus des champs d’exploration de l’entreprise libanaise du Français Guillaume Crédoz. Mais il n’y a pas que les Qataris qui ont eu droit à s’y essayer. Peut-être étiez-vous des Ligériens ayant posé leurs fesses, place Hôtel-de-Ville à Saint-Etienne, durant la dernière Biennale du design, sur l’une de ses fameuses « Rocking Conversation ».

Ces fauteuils siamois se balançant – d’où la référence aux « rocking chairs », chaises à bascule en français – et favorisant les discussions entre occupants par deux assises opposées car laissant les visages en face à face étaient utilisables de juin jusqu’à fin septembre. Une des 17 expositions de Banc d’essai, rendez-vous devenu un grand classique de la Biennale consacré spécifiquement au design urbain, à voir et bien sûr essayer. « J’ai découvert Saint-Etienne et la Biennale en y exposant déjà lors de l’édition 2017 à la suite d’un appel à projets », explique Guillaume Crédoz. L’architecte designer au look bien reconnaissable – crâne lisse et longe barbe blanche – y était le co-concepteur d’un robot, un bras automatisé conçu au Liban, dont les capteurs lui permettaient de photographier puis instantanément de dessiner des visiteurs sur un mur de quatre mètres de haut pour deux de large.

Expo 2023 à Doha dans le cadre de la Coupe du Monde au Qatar. Photo transmise par Bits to Atoms

Des données numériques aux atomes 

A l’époque, Guillaume Crédoz ne le sait pas mais son entreprise basée à Beyrouth, Bits to Atoms, 35 personnes alors, est en train de vivre son apogée. Les années 2010 n’ont pas été roses, loin de là, pour le pays que l’on surnommait autrefois la Suisse de l’Orient. Mais il y a un avant et un après 2020. Le coup d’œil de Guillaume Crédoz sur les lampes qui éclairent son local stéphanois résume tout : « Ici, il y a de l’électricité toute la journée et pas une heure », observe-t-il sans pour autant se plaindre vraiment de ce qu’il a continue à vivre. Son pays d’adoption – son épouse libanaise, il y vit et travaille depuis une douzaine d’années – est en pleine déliquescence, en plein chaos économico-social après l’éclatement d’une gigantesque bulle bancaire il y a 2 ans ayant précédé les terribles explosions dans le port de Beyrouth. De quoi priver tout le monde, du jour au lendemain, de l’accès à ses comptes et ce qui va avec. C’est-à-dire tout. Alors forcément, Bits to Atoms, au-delà de l’absence de marchés nationaux et d’accès aux ressources, souffre d’une perte de confiance généralisée par rapport à tout ce qui vient du Pays des cèdres.

J’ai été dans les premiers à être formé et à utiliser la 3D pour élaborer des projets d’architecture.

Guillaume Crédoz, co-fondateur et co-dirigeant de PIC
Rocking Conversation, exemple du savoir-faire transmis à PIC mis à l’essai cet été à Saint-Etienne. Photo transmise par Bits to Atoms

Réduite à 10 collaborateurs, la société qui a d’ailleurs fourni des idées et même du mobilier aux manifestants du pays pour les aider à mieux exprimer leur colère face à cette gabegie causée par leur pseudo élite ne peut plus continuer ainsi. Originaire de Nantes, avant même le Liban, Guillaume Crédoz en avait déjà vu du pays. Un globe-trotter qui a mené l’essentiel de sa carrière à l’étranger : le Canada, la Syrie, la Turquie. « J’ai été dans les premiers à être formé et à utiliser la 3D pour élaborer des projets d’architecture, assure le chef d’entreprise âgé de 49 ans. C’est un savoir-faire que j’ai longtemps exercé pour de nombreuses entreprises en « mercenaire », en indépendant avant  de créer la mienne. » Mais Bits to Atoms – « Des données (numériques) aux atomes » – ne s’est pas contentée d’être un cabinet d’architecture aux méthodes innovantes aux débouchés et à la renommée internationaux.

Venir à Saint-Etienne, « ça faisait sens »

L’entreprise de Guillaume Crédoz, diversifiée dans les réalisations design s’est énormément penchée sur l’impression 3D, élaborant ses propres imprimantes, reconvertissant des « bras robots » de l’industrie automobile pour créer des objets, du mobilier notamment à partir de matières naturelles ou recyclées : en terre, papier, en « métal repoussé », en bois ou encore en plastique. C’est ce dernier domaine où elle est le plus avancée. Et c’est donc l’objet de la start-up issue de Bits to Atoms baptisée PIC – « Post Industrial Crafts » – qui vient d’être officiellement lancée à Saint-Etienne en association avec Olivier Ricard, dans des locaux mis temporairement à disposition par Saint-Etienne Métropole. Ils sont situés dans le même bâtiment que la Fabuleuse cantine, juste derrière elle, à la Cité du design. « Comme je cherche à quitter le Liban, j’ai été frappé à la porte de la Métropole en raison de son Histoire, d’un écosystème autour du design et de la fabrication, tout à fait ad hoc avec ce que je veux faire. Cela fait parfaitement sens. J’ai été appuyé par les Grands ateliers de l’Isle-D’Abeau et Xavier Chantre (directeur de la Mission Cité du design 2025, Ndlr) et très bien accueilli. »

Nous souhaitons remettre la fabrication à la bonne échelle, celle plus viable pour la planète.

Guillaume Crédoz

En plus des locaux, Métropole accompagne PIC via son dispositif Mind, non pas une subvention financière, mais un aide sur la stratégie. En outre, Bits to Atoms devrait d’ici un an, un an et demi s’installer dans 2 000 m2 au sein d’un des derniers bâtiments de la Cité en cours de réaménagement par Epora. PIC sur laquelle un employé libanais de Guillaume Crédoz qui fait encore les allers-retours vers Beyrouth, est déjà affecté, la rejoindrait. De quoi susciter d’autres soutiens. A commencer par celui du Réseau entreprendre Loire dont PIC est lauréat. « Cela attire ainsi l’intérêt d’investisseurs locaux. J’espère que ce que nous souhaitons proposer va fonctionner. C’est-à-dire une piste de sortie face à un monde industrialisé et sa logique qui va dans la mur. Nous souhaitons remettre la fabrication à la bonne échelle, celle plus viable pour la planète avec des artisans, décimés, et là remis au cœur du jeu. On vise la fin de cette séparation imposée entre création et exécution. » Ce 11 janvier lorsque nous le rencontrons, Guillaume Crédoz vient tout juste d’installer un imposant « bras robot », pesant 2,5 t, racheté à un industriel allemand.

Du 100 % recyclé 100 % recyclable

Structure modulable et multiusages imprimée en 3D pour la cour du Château de Châteaugiron en Bretagne. Photo transmise par Bits to Atoms

Un produit de démonstration destiné à la casse après… 4 mois d’utilisation ! Au lieu de ça, il sera reconfiguré pour imprimer des structures, à l’exemple de ce qui a été réalisé pour la cour du château de Châteaugiron (Bretagne), toujours à partir de plastique recyclé (du polycarbonate) sinon des éléments de mobilier ensuite à assembler. Comme cette chaise imprimée puis assemblée en 1 h sur laquelle nous étions assis pour échanger avec l’architecte designer. « Ma principale source d’approvisionnement, ce sont des bombonnes d’eau d’entreprises du coin ! J’ai facilement trouvé un recycleur local. L’idée est de fonctionner en circuit court. Le plastique est réduit à l’état de granules avant que l’on dise au robot ce que l’on souhaite en faire, décrit Guillaume Crédoz. Cette chaise de jardin sur laquelle vous êtes assis, vaut bien plus cher (90 €) que celles en moyenne vendues par les circuits actuels. Mais elle est infiniment plus solide en raison d’une épaisseur 5 fois supérieure et donc durable, faite à 100 % de matières recyclées – ce qui ne se fait que très partiellement dans l’industrie – et à nouveau recyclable si besoin. »

Autre atout : une capacité à moduler, à volonté, à faire du sur mesure selon ce que le client souhaite, cela sans surcoût, même s’il s’agit d’une seule unité directement commandée par un particulier, « là où une grande marque, un industriel ne fera du sur mesure qu’à partir d’une série minimale ou mettra des mois pour que vous obteniez, en bien plus cher que le catalogue, exactement ce que vous voulez ». En attendant, le local actuel de PIC devrait peu à peu s’enrichir de nouveaux objets et mobiliers, comme une sorte de show-room d’un savoir-faire qui profite, au passage, au bagage d’enseignement de l’École supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne (ESADSE), voisine. Il fait actuellement l’objet de tests par exemple avec la Tôlerie Forezienne ou La Fabuleuse cantine. On ne peut que lui souhaiter de l’avenir. Pour Saint-Etienne oui et bien au-delà.

Le local temporaire de PIC à la Cité du design prendra bientôt l’allure d’un atelier showroom, ici une chaise imprimée en 3D. ©If Média/Xavier Alix
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