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Stephanix table sur l’export

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Si la balance commerciale française est chaque année toujours plus déficitaire, la faute n’est pas à mettre sur le compte de Stephanix ! Bel exemple, parmi d’autres, de ce que la variété industrielle du bassin stéphanois et la technologie médicale de pointe peuvent produire ensemble, l’entreprise, basée à La Ricamarie, conçoit et développe en France des systèmes d’imagerie médicales, en particulier ses tables de radiologie haut de gamme, qui se vendent partout dans le monde.

Dans ses ateliers de La Ricamarie, Stephanix a monté puis démonté 120 de ses tables de radiologie en 2021. © If Media/Xavier Alix

Le top de la table de radiologie se conçoit ici, derrière cette façade vitrée. Elle ne laisse d’ailleurs pas soupçonner d’aussi vastes ateliers consacrés à leur montage et aux exigences logistiques. ZI du Bayon, à La Ricamarie, Stephanix cumule 4 500 m2 de locaux tout en longueur, 5 000 depuis que l’entreprise s’est ajoutée un bâtiment annexe. « Avant Stephanix, il y avait ici un imprimeur », raconte Yannick Chapotot. Au sein de la société, l’actuel directeur général, nommé au poste en 2018, a tout connu ou presque. Il y travaille depuis près de 35 ans, entré 2 années après sa création en 1985. « La société a connu pas mal de déménagements depuis. J’ai commencé en tant que technico-commercial. On était alors quelques-uns dans un garage de Saint-Etienne… »

Ni Steve Jobs, ni d’autres ingénieux ressortissants de la Silicon Valley, ne sont pourtant à l’origine de l’entreprise installée à La Ricamarie depuis 15 ans. « Nous, notre histoire, c’est plus celle de gaulois irréductibles », sourit Yannick Chapotot. Jean-Pierre Boucher est à son origine. Cet ancien responsable commercial stéphanois de la Compagnie général de radiologie (CGR), vendue en 1987 par Thomson à l’américain General Electric, a eu le flair au milieu des années 80 de se lancer dans l’assemblage de tables radiologie innovantes intégrant motorisation et informatique. L’entrepreneur est « alors pris pour un fou », se souvient Yannick Chapotot. Il avait au contraire saisi que le savoir-faire varié des PME du sud Loire lui permettait en réalité d’avoir des composants de qualité à portée de main. Un vrai pied de nez à une désindustrialisation locale qui n’a en fait jamais rien eu de fatal.

Label Origine France garantie

Yannick Chapotot, directeur général et Chloé Vendange,
responsable communication. © If Media/Xavier Alix

Un exemplaire du bien nommé premier modèle – « Challenger » – avec ses cadrans, ses boutons et son aspect global tout aussi vintage, désigné par ce qui allait devenir l’Esadse, est d’ailleurs toujours exposé à l’entrée des ateliers. Il est encore en état de marche. De nos jours encore, le tissu local, Thalès Angénieux par exemple, compose en très grande partie les 70 fournisseurs français (sur 92) de Stephanix pour tout ce qui se fabrique son siège. Ou plutôt s’assemble. C’est-à-dire des tables de radiologie télécommandées high tech, à raison de 120 exemplaires écoulés en 2021. Ensuite démontées pour être livrées à la clientèle : les cabinets spécialisés et le monde hospitalier. Deux modèles, conçus par son propre service R&D, qui planche déjà sur la suite, sont produits à La Ricamarie. Le dernier né, la D²RS 90/90 permet une variabilité de la hauteur de 38 à 148 cm et un basculement à 180°.

Les tables de Stephanix bénéficient depuis 2014 du label Origine France garantie. Une désignation bien plus exigeante que le « made in France » qui ne réclame qu’un assemblage, « la dernière transformation substantielle » plus exactement, dans l’Hexagone quand le premier pose deux critères cumulatifs : entre 50 % et 100 % du prix de revient unitaire du produit doit être français et le produit doit prendre ses caractéristiques essentielles en France. Habituée des prix – Innovation industrielle aux Victoires de l’innovation Loire/Haute Loire de nos confrères du Progrès en 2018 ; catégorie Fabriqué en France, région sud-est des trophées PME RMC en 2019 -, Stephanix en a décroché un autre avec la D²RS 90/90 lors de la 3e édition des prix origine France garantie Antoine-Veil en décembre dernier en catégorie export.

50 % des tables Stephanix vendues à l’étranger

La communication de Stephanix, modernisée ces dernières années, insiste sur le label Origine France garantie des tables de radiologie que la société fabrique. ©Stephanix

A ce jour, ses tables télécommandées sont en effet vendues à près de 50 % à l’étranger. 120 ont été produites l’an passé. Ce devrait être 150 environ en 2022. « Nous avons 25 % de parts marché en France. Mais ce sera difficile d’aller plus loin, estime Yannick Chapotot. L’objectif est déjà de se maintenir à ce niveau. Nous visons davantage le développement l’export sur le marché européen avec des perspectives aux Etats-Unis, en Amérique latine, voire la Chine alors que nous travaillons déjà beaucoup en Afrique, le Maghreb en particulier. L’export représente 30 % de notre chiffre sur l’ensemble de nos activités. » Leader sur le marché français de la radiologie médicale, Stephanix commercialise en effet sous sa marque d’autres produits qui ne font que transiter à La Ricamarie. Comme ces appareils mobiles de radiologie motorisés et numériques, l’arceau de radiologie pour blocs opératoires Omniscop DReam-S ou encore des équipements pour salle os-poumons numériques.

Avec Sedecal, nous avons la chance d’appartenir à un groupe dirigé par des industriels et pas des financiers.

Yannick Chapotot

Car depuis 2000, l’entreprise appartient au groupe espagnol Sedecal, fort d’environ 1 000 salariés avec ses filiales européennes. A l’époque du rachat, Stephanix n’atteignait pas les 10 M€ de chiffre d’affaires. Depuis, il est en hausse continu à l’exception d’un recul en 2009, à 25 M€ dans le contexte de la crise mondiale des subprimes. Et 2020 n’a pas fait exception : « Nous sommes passés de 47 M€ en 2019 à 49 M€ en 2020 puis 56 M€ en 2021. Le covid s’est traduit par une baisse de commande des cabinets de radiologie en France en raison du contexte incertain et donc un repli sur le marché français. Mais nous avons en revanche davantage exporté : en Afrique au Maghreb, en Asie notamment, en raison des investissements étatiques liés à la pandémie, analyse Yannick Chapotot. On a bénéficié ensuite 2021 d’un effet de rattrapage sur le marché français. »

« Ce métier a toujours été cyclique »

Le chef d’entreprise annonce qu’il faut s’attendre à un CA stable en 2022. Et « oui, comme ailleurs, il y a évidemment des problèmes d’approvisionnement et les achats s’arrachent toujours plus les cheveux ! Mais c’était déjà le cas avant la guerre en Ukraine, alors on avait anticipé cette problématique. De toute façon, ce métier a toujours été cyclique, explique Yannick Chapotot. Et avec Sedecal, nous avons la chance d’appartenir à un groupe dirigé par des industriels qui le comprennent très bien : ce ne sont pas des financiers qui exigent toujours plus aveuglément chaque année. » Ce n’est pas que le CA en soi qui fait d’ailleurs toujours plus chez Stephanix. Mais aussi les résultats nets avant impôts : 1,7 M€ en 2019, 3,4 M€ en 2020, 4,7 M€.

Une grande partie de ses effectifs, qui grandissent doucement mais sûrement chaque année, est composée de technico-commerciaux arpentant les routes. Sur 180 salariés environ aujourd’hui (150 en 2017), une centaine est rattachée au site stéphanois (Stephanix est aussi présent à Paris, Toulouse et Lille sans compter d’autres antennes techniques) pour un peu plus de 70 présents au quotidien sur le site de La Ricamarie. Parmi eux, environ 25 se consacrent à la fabrication et la logistique. Le reste est composée par la direction, la R&D, l’administratif mais aussi un service après-vente aux méthodes tout aussi high-tech que leurs produits. Avec un prix de vente HT de plus de 200 000 € HT la table, on le comprend…

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