Saint-Étienne
jeudi 30 juin 2022
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L’avenir vachement emballant de Lactips

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En fonction depuis 2021, son usine de Saint-Paul-en-Jarez est taillée pour produire jusqu’à 10 000 tonnes par an de ses granulas fabriqués à partir de caséines. Ces protéines de lait que Lactips rend capables de se substituer au plastique. D’ici la fin de l’été, elle devrait annoncer une étape décisive dans son cheminement pour passer de statut de « start-up industrielle » à celui de solide PME. Elle espère en effet dépasser les 100 collaborateurs à l’horizon 2030…

Dans le hall de l’usine de Saint-Paul-en-Jarez, un hommage à la source du bioplastique de Lactips : le lait de vache. © If Media/Xavier Alix

Des conducteurs de ligne mais aussi des techniciens ainsi que des opérateurs issus du domaine de la plasturgie et de l’agro-alimentaire : environ une dizaine de postes sont ou seront à pourvoir d’ici la fin de l’année au sein de Lactips dans le domaine de la production. La « start-up industrielle », comme elle se définit à cette étape de sa jeune vie compte déjà une soixantaine de salariés. Mais avant même d’avoir atteint le seuil de la rentabilité, annoncé pour 2024, elle regarde plus loin. Comme depuis toujours. « À l’horizon 2030, nous avons l’ambition d’être plus de 100 personnes », nous précise sa direction, interrogée sur ses plans.

Il faut dire que l’entreprise fondée en 2014 par Marie-Hélène Gramatikoff, plasturgiste et spécialiste en stratégie d’entreprise et Frédéric Prochazka, enseignant chercheur à l’université Jean-Monnet de Saint-Etienne, ne manque pas de perspectives. Elle devrait détailler d’ici la fin de l’été, sans doute à la rentrée, une étape commerciale, aussi conséquente que décisive, pour l’amener à en finir d’ici 2 ans avec le statut de start-up. Il s’agit de fournir à un producteur de papier plastifié ses fameux granulés thermoplastiques. Pas plus gros que 2 mm, fabriqués à partir de caséines, des protéines de lait de vache, ils devraient ainsi remplacer le plastique utilisé dans son process de fabrication. Lactips n’en dira pas plus pour l’instant.

Cartips, le polymère révolutionnaire de Lactips

La forme initiale fournie, les granulas, est la même que tous les plastiques conventionnels et s’adapte à n’importe quelle chaîne de transformation. © Lactips

Si vous suivez l’innovation entrepreneuriale de l’agglomération stéphanoise, nous ne vous apprenons sans doute pas l’existence de Lactips. Pour les autres, sachez que l’entreprise trouve son origine dans les recherches menées par Frédéric Prochazka au sein du laboratoire d’Ingénierie des Matériaux Polymères à l’Université Jean Monnet, débouchant en 2010 sur une technologie brevetée. La caséine est déjà utilisée depuis longtemps dans l’industrie : ingrédient cosmétique, constituants de peintures ou de colles, production papetière, etc. Mais le polymère naturel biosourcé, issu de cette même protéine aux « propriétés techniques multiples et performantes », hydrosoluble, industrialisable, et même comestible, lui, est un nouveau venu. Il a été baptisé Cartips.

Doté des propriétés barrières contre l’oxygène, graisses, huiles et minérales, il peut parfaitement se substituer au plastique pour certains packaging. Avec cette différence majeure : sa biodégradabilité totale, quel que soit le milieu. Plutôt bienvenu pour une industrie dont on connaît aujourd’hui la fuite en avant, les difficultés de recyclage et les dégâts infinis sur l’environnement – la production mondiale de plastiques est en constante augmentation ; 1,5 million de tonnes en 1950, 280 en2011, 311 en 2014, 368 en 2019 – mais cependant soumise à toujours plus de réglementations pour limiter le recours au pétrole et à ses dérivés. Et pas seulement en Europe, dont la production, d’ailleurs, recule (- 6,3 % en 2019 pour 57,9 millions de tonnes).

Lactips collectionne les prix

Co-fondatrice avec Frédéric Prochazka, Marie-Hélène Gramatikoff, PDG de Lactips Lactips aux côtés du responsable de la R&D, Jean-Laurent Pradel. ©If Media/Xavier Alix

Ce que commente volontiers Marie-Hélène Gramatikoff avec humour en disant que son entreprise est une des rares dans l’industrie à affectionner l’alourdissement des réglementations et normes. Cette ingénieure plasturgiste diplômée de l’Itech de Lyon (et plus récemment d’EM Lyon et HEC Paris) n’en est d’ailleurs pas à son premier projet de développements industriels, stratégiques et opérationnels. Mais là, c’est en tant qu’associée avec Frédéric Prochazka, dont elle avait repéré les recherches, qu’elle a lancée Lactips en 2014. Depuis, la start-up, suivie par Ellen Mc Arthur Foundation, collectionne prix, labels et soutiens.

Lactips fait partie des 20 premières sociétés labellisées par Solar impulse, des six, aussi, ayant bénéficié d’une accélération avec des entrepreneurs de L’Atelier BNP Paribas. Labellisée French Fab, elle est lauréate, du programme européen H2020, du dispositif Total développement Régional, des « Innovation Awards » de All4pack Paris. Elle a obtenu le prix biotech SME Awards d’Europabio ainsi que le prix Circular challenge de Citeo. Elle est enfin, la seule entreprise française dans la catégorie matériaux à figurer dans le classement « 2021 Global Cleantech 100 » représentant les 100 principales sociétés d’innovation privées du monde, jugées en mesure d’avoir un impact significatif dans les années à venir.

Un seul matériau pour plusieurs applications

Le site de Saint-Paul-en-Jarez, ici visité fin mai par les élus du Département, est en fonction depuis 2021. © If Media/Xavier Alix

Lactips vise en priorité la fourniture de ses granulés au secteur des détergents pour l’emballage hydrosoluble des dosettes du type que l’on place en machines à laver. Mais à défaut de pouvoir remplacer tous les plastiques, comme les bouteilles par exemple, la start-up a la capacité de développer de multiples applications, toujours en granulés, avec la même formulation. Elle présente quatre modes de transformation pour quatre fonctionnalités différentes : papiers complexes (pour l’alimentaire notamment), injection pour créer des petits objets biodégradables (c’est déjà le cas avec des tees de golf par exemple), matériaux supports pour transporter des principes actifs (parfums, couleurs, ingrédients actifs) et extrusion. A partir de ce dernier mode de transformation, peut être produit des marquages (étiquettes) sinon un film qui a, par exemple, trouvé une application durant la crise sanitaire.

En partenariat avec le groupe Barbier bénéficiant d’une distribution exclusive en France, quatre centres hospitaliers régionaux et un CHU d’Ile de France ont déjà utilisé son lien hydrosoluble pour sceller et limiter la manipulation des sacs de linge. Car Lactips produit et vend déjà ses granulés et les solutions d’applications allant avec, à une dizaine de transformateurs. Dans le Sud-Ouest par exemple à la société Guyenne papier (Dordogne) ou encore à Plastiques Venthenat (Charente) qui vend des étiquettes élaborées à partir des granulés de Lactips à la maison de cognac A. de Fussigny. Atout de taille : remplacer les granulés plastiques par les siens ne réclame pas de changer les machines mais seulement des réglages qu’elle assure : la forme initiale fournie est la même que tous les plastiques conventionnels.

20 M€ cumulés par ses levées de fonds

Dans les locaux de la R&D de Lactips, forcément en première ligne. © If Media/Xavier Alix

Plus d’un investisseur croit à la réussite de l’entreprise qui, depuis ses débuts, a ajouté six brevets internationaux à celui initial. Les 20 M€ que cumulent depuis ses débuts ses quatre levées de fond (2015, 2017, 2018 et 2020) n’en sont pas la moindre preuve. La dernière en date a permis de totaliser 13 M€. Dont 6 ont été consacrés la création d’une usine à Saint-Paul-en-Jarez à partir du site de production de crème fouettée France Crème, fermée en 2018. Après avoir, dans un premier temps implanté un laboratoire et une ligne pilote à Métrotech à Saint-Jean-Bonnefonds, Lactips avait déjà amplifié là-bas ses capacités industrielles en 2018 (450 m2 d’usine de production pour 600 de laboratoire et 300 de bureaux).

Mais finie « l’incubation » à grande échelle : les 4 200 m2 de Saint-Paul-en-Jarez permettent l’installation potentielle de six lignes production pour 10 000 tonnes de granulés par an. Pour l’heure : il n’y en a qu’une pour 1 500 tonnes annuels. A l’occasion d’une visite fin mai des élus du Département, nous avons pu rentrer à l’intérieur des murs neufs ou rénovés, où la R&D continue d’avoir une place prépondérante. Entre un laboratoire et sa propre ligne de production, sept personnes s’y affairent afin de créer ou améliorer toujours plus d’applications et nous conduire à un monde avec toujours plus de plastiques sans plastique. Et là, ce serait tout aussi autrement fantastique.  

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