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mardi 6 décembre 2022
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Le savoir-faire de Setforge intéresse Tesla, voire SpaceX

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Deux des trois sites ligériens de Setforge (groupe Farinia) situés à L’Horme et Andrézieux-Bouthéon travaillent déjà pour Tesla, la célèbre entreprise d’Elon Musk sur la production de prototypes. Setforge a été identifiée par le géant Tesla comme l’une des seules forges au monde, si ce n’est l’unique, capable de répondre à ses exigences techniques pour des pièces équipant les roues de ses nouveaux camions électriques. Un contrat pour une production en séries est cependant encore loin d’être acté. Parallèlement, l’autre célèbre société du milliardaire américain, SpaceX, a pris contact avec Setforge. Des négociations qui ne doivent pas occulter l’évolution et les défis quotidiens à relever pour cette entreprise emblématique de la Loire.  

Il y a quelque chose d’hypnotique à assister au ballet des pièces chauffées, forgées, martelées au sein de l’immense site de L’Horme. ©If Média / Xavier Alix.

Setforge revient de loin. Le site et siège historique de L’Horme, en particulier. Il y a en effet un avant et un après 2009. Quelques années plus tôt, l’investissement monstre (9 M€) dans une presse monumentale de 6 300 t poussé par les constructeurs automobiles – alors de loin ses principaux donneurs d’ordre – a précipité la chute de Setforge. Trop de concurrence, trop peu de commandes par rapport aux prévisions du secteur automobile avant que la profonde crise mondiale de 2008 ne finisse de plonger Setforge dans un enfer financier.

C’est le groupe Farinia qui a repris cette entreprise emblématique de la Loire* en mars 2009 conservant le nom de Setforge pour se tailler une division forge, aujourd’hui n°1 en France et dans le top 10 européen de la fabrication de pièces forgées. Quatre unités de production de Setforge, dans la Loire (le site siège de L’Horme et Setforge Extrusion, juste à côté), le Puy-de-Dôme et la Saône-et-Loire avaient ainsi été repris. Non sans casse : 403 des 523 salariés faisaient partie du projet. Le siège de L’Horme a ainsi perdu plus de 40 emplois. A cette occasion, Farinia a placé une autre usine de la Loire sous la bannière Setforge : Barriol et Dallière à Andrézieux-Bouthéon.

Setforge couvre 95 % des besoins du marché 

Nous fonctionnons avec des structures relativement modestes de 150 personnes maximum.

Hervé Gestas, DG de Setforge
Didier Forestier dirige le site de L’Horme.

« Notre groupe a souhaité maintenir en France l’activité de la forge. L’Histoire montre que ce refus de délocaliser était le bon choix. Mais nous fonctionnons avec des structures relativement modestes de 150 personnes maximum. Elles sont du coup souples, réactives et autonomes avec à leur tête des véritables dirigeants entrepreneurs », expliquait mardi Hervé Gestas, DG de Setforge à Gaël Perdriau. Le président de Saint-Etienne Métropole était en visite à L’Horme à la suite d’une invitation lancée par un commercial, membre de la délégation métropolitaine partie à l’exposition universelle de Dubaï cet automne. Aujourd’hui, derrière le nom Setforge, il y a 10 sociétés pour 10 sites, tous en France, 850 collaborateurs, 190 M€ de CA en 2021/22 (sur un total de 1 300 personnes et 250 M€ de CA pour Farinia group).

Setforge revendique un « savoir-faire unique, répondant à 95 % des besoins du marché » autour de toutes les techniques de forge : à chaud, électro-refoulage, laminage, forge à froid sur des pièces allant de 100 g à 1,5 t en acier, inox aluminium ou titane. Sa politique tend à développer la fourniture de pièces finies pour aller jusqu’à 40 % des activités du groupe d’ici 4 ans. Ainsi qu’à une diversification autour de procédés carbone, de l’injection hydrogène, des exosquelettes médicaux ou encore des vélos connectés. 62 % du chiffre est réalisé à l’export. A 45 % grâce à l’automobile, 24 % par les commandes de constructeurs d’engins de BTP et agricoles, 10 % par celles de camions, le reste venant de l’automobile.

« Les exigences de Tesla sont très très élevées »

Dassault, Safran, Airbus, Nexter, Alstom, Siemens, Volvo, Renault, Bosch, Ferrari, Caterpillar, Volkswagen, Liebherr… les noms qui composent la liste de ses clients pour ne citer que ceux-là impressionnent. Et ce n’est pas l’ajout de Tesla à celle-ci qui va inverser la tendance. Engagée dans un projet de production de 80 000 camions électriques par an à terme, la célèbre entreprise d’Elon Musk a bel et bien engagé Setforge pour produire depuis l’année dernière des arbres de roue avec plateau pour les essieux de ses engins. « Les exigences dimensionnelles de Tesla sont très très élevées. Et Setforge a été identifiée comme étant capable d’y répondre. A notre connaissance, nous sommes les seuls », précise Setforge.

Le site historique de L’Horme est le moins robotisé du groupe. ©Setforge.

Pour l’heure, la commande de Tesla s’est limitée à une centaine de pièces davantage des prototypes pour une pré-production de camions qui devait être lancée en décembre. Le groupe Tesla teste-t-il d’autres fournisseurs ? L’entreprise ligérienne est en tout cas sur les rangs et bien placée pour aller beaucoup plus loin via une production en séries. Parallèlement, l’autre célèbre société du milliardaire américain, SpaceX, a aussi pris contact avec Setforge. L’acteur américain de l’aérospatiale devenu incontournable l’a en effet sollicité sur la réalisation de pièces supports moteurs de fusée. Un dossier moins avancé que celui lié de Tesla sur lequel le site principal de L’Horme et davantage encore celui d’Andrézieux-Bouthéon ont travaillé.

200 collaborateurs dans la Loire

A L’Horme, la robotisation est moins développée qu’ailleurs parce que les activités y exigent plus l’appréciation humaine.

Hervé Gestas, DG de Setforge

A eux trois, les sites ligériens cumulent ainsi environ 200 personnes. 85 collaborateurs travaillent dans le principal site ligérien, Setforge l’Horme, auxquels s’ajoutent 25 personnes assurant les fonctions support puisqu’il s’agit du siège. « A L’Horme, la robotisation est moins développée qu’ailleurs parce que les activités y exigent plus l’appréciation humaine. C’est un vrai savoir-faire de forgeron que nous perpétuons chaque jour », souligne Hervé Gestas. C’est en effet un ballet presque hypnotique auquel on assiste en se promenant dans l’immensité du site, 8 500 m2. Ces allers-retours de pièces chauffées à plus de 1 000° et martelées, pas question d’en faire une vidéo. Le secret de fabrication doit rester sous totale maîtrise. Voici celle officielle transmise par l’entreprise :

On est loin des vis et boulons fabriqués au rythme de centaines par minute. Une pièce exige en moyenne 5 min de travail. Setforge L’Horme est dirigée par Didier Forestier. La crise sanitaire a largement impacté son chiffre d’affaires, passé d’environ 20 M€ à 12,8 M€ en 2020/21. Le rebond a heureusement été spectaculaire puisque le CA devrait atteindre les 21 M€ sur l’exercice actuel qui s’achèvera en mars. Il faut dire que le site peut s’appuyer sur la qualité de sa production. « Nous assurons une qualité de précision de 95 % à la livraison », souligne Didier Forestier. C’est ici que Volvo et Carterpillar viennent se fournir en pièces suffisamment résistantes pour équiper les chenilles ou les roues ultra sollicitées de ses engins de BTP. C’est le cas aussi du leader mondial de la machine textile, Picanol group.

Setforge a enclenché un plan de décarbonation

10 000 à 11 000 tonnes d’aciers y sont consommées par an. Et avec elles, une énergie folle en gaz et électricité. Le coût de cette énergie est d’ailleurs LA nouvelle problématique du site comme pour la plupart des industriels. Depuis décembre, la note mensuelle a ici été multipliée par 4,5. « Pour l’instant, nous répercutons sur nos prix et ça tient… » Mais Setforge n’a cependant pas attendu ce contexte inflationniste pour se lancer dans une décarbonation du site plus que jamais nécessaire. Objectif : le faire passer d’une émission annuelle de 3 800 t de CO2 à 2 000 t d’ici 6 ans. Plusieurs investissements doivent y concourir comme la création d’un parc photovoltaïque ou un nouveau système de chauffage.

Les pièces forgées passent au four pour obtenir certaines propriétés. ©Setforge.

Mais c’est le projet d’un nouveau traitement thermique qui obtenu une subvention de l’Ademe. Ses fours qui contribuent en grande partie à faire obtenir aux pièces leurs propriétés et donc leur qualité de résistance ont une quarantaine d’année. 5,1 M€ seront donc investis dans un nouveau pôle d’excellence de traitement thermique livré en septembre 2023. L’Ademe subventionne la somme à hauteur d’1,2 M€ dans le cadre de France Relance. Il s’agit là, certes de réduire les émissions issues du process mais aussi d’améliorer encore et encore ses performances. Sur ce point, Setforge ne manque sûrement pas d’énergie.

*Créée en 1906 sur un site déjà préexistant du début du XIXe siècle, elle avait atteint les 600 salariés dans les années 1950. Et même temporairement doublé cet effectif au milieu de cette décennie pour répondre à une commande d’obus de l’Armée américaine. Implantée en pleine ville, l’entreprise, avec d’autres, a joué un rôle fondamental dans la création même de la commune de L’Horme dont le territoire fut « prélevé » sur celui de Saint-Paul-en-Jarez.

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