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Mach 1 se lance dans un nouveau cycle à Cleppé

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Survivant de l’industrie du cycle ligérien, le fabricant de composants de vélos – jantes, écrous, rayons – ligérien devrait quitter Marclopt à la mi-2024 pour un nouveau siège. Mach1 le construira pour 9 M€ dans la zone d’activités de la Font de l’Or à Cleppé, près de Feurs, 15 km plus au nord.

3 millions de jantes pour vélo produites en 2021 : Mach1 se dit leader du marché européen. ©Mach1

Si vous êtes amateur de vélo, il y a de fortes chances que vous utilisiez ses produits sans le savoir. Mach1 fournit jantes, rayons et écrous à des monteurs de vélo, sous-traitants de marques comme KTM, Raymon ou Bianchi. L’entreprise fournit aussi directement la dernière citée, sinon d’autres comme Orbea. Ainsi que des groupes comme Décathlon ou encore Intersport. Mach1 maintient en piste une filiation industrielle dans la Loire. Celle du cycle ou gravitant autour du cycle essaimée depuis la fin du XIXe siècle et ce qui fut sa « capitale », Saint-Etienne, jusque dans le Forez, comme Lyon avait essaimé le textile dans toute la Loire. Elle n’est pas la seule à porter cet héritage, à l’image, par exemple, de la « nouvelle venue » en pleine croissance qu’est Altinnova, implantée, elle, à Bonson et dont nous vous parlions il y a dix mois.

Guillaume Boutte a succédé en tant que DG à Robert Marchal en juillet 2020. ©Mach1

Mais l’entreprise de Marclopt emploie trois fois plus de salariés pour environ quatre fois plus de chiffre d’affaires (en comptant la filiale Altisteel d’Altinnova) : environ 160 personnes et 33 M€ en 2021. Difficile de trouver plus rayonnant au XXIe siècle, dans le département de la Loire au sein du cycle. Quand l’ancêtre de Mach1, la société Rayon Bernard, se lance en 1937 à Bellegarde-en-Forez, elle n’est pourtant qu’un sous-traitant parmi tant d’autres, spécialisé dans la production de rayons et d’écrous. Mais son rachat par la famille Chanaux au début des années 1990, à la tête d’une entreprise Haute-Savoie productrice de machines à fabriquer des jantes, va tout changer. En 1992, les Chanaux rebaptisent Rayon Bernard en Mach1 et ajoutent à ses activités la fabrication de jantes, tout en conservant le site originel de Villaz, près d’Annecy, dont l’activité machines a d’ailleurs été séparée en 2021 pour devenir « Mach1 machines ».

80 % du chiffre à l’export mais purement européen

A partir de ces bobines, Mach1 a produit 300 millions de rayons en 2021. © Mach1

Elle fait ainsi profiter de son savoir-faire le site de Marclopt, « Mach1 composants ». Du moins, « en partie car nous développons aussi nos propres process », souligne Guillaume Boutte, son directeur général depuis juillet 2020 et actionnaire minoritaire de la société. Les 8 000 m2 de l’usine de Marclopt sont mis en service en 1994 alors que l’entreprise compte quelques dizaines d’employés. Passée par un redressement judiciaire au début des années 1990, le boom de l’activité VTT va la relancer. « Mais il y a un autre facteur qui a aidé l’entreprise à tenir dans un contexte de mondialisation et donc de délocalisation, en particulier lors du virage des années 2000, explique Guillaume Boutte. C’est le fait que les jantes, en raison de leur physionomie, soient plus difficiles et donc plus coûteuses à transporter par conteneur. C’est un élément protecteur d’ailleurs toujours valable. »

Le fait que les jantes, en raison de leur physionomie, soient plus difficiles, plus coûteuses à transporter par conteneur a aidé à la survie de Mach1.

Guillaume Boutte, DG de Mach1
L’entreprise dispose de son propre service R&D. ©Mach1

D’ailleurs si Mach1 réalise de nos jours 80 % de son chiffre à l’export, ce n’est que pour très rarement aller plus loin l’Europe ou ses marges. En 2012, Mach1 change de mains, avec un nouvel actionnaire majoritaire « qui est un ancien ingénieur (Benoit-Jérôme Teissier et sa société family office One Stone) et n’a donc une logique financière mais entrepreneuriale », précise Guillaume Boutte. Robert Marchal, son prédécesseur va, à partir de 2013 (année qui voit l’agrandissement du site de 2 000 m2), développer une politique commerciale payante faisant entrer Mach1 dans une autre dimension. La croissance a été constante depuis, le CA comme les effectifs doublent en 8 ans, atteignant les 25 M€ en 2020 et même les 33 M€ en 2021. Il convient cependant de relativiser cette forte progression en un an (+ 32 % !) : « C’est le prix des matériaux et de l’énergie répercutés qui expliquent d’abord ce boom », tempère Guillaume Boutte.

Un nouveau site créé d’ici 2025 à l’étranger

Il ajoute : « Il y a eu un effet positif avec le Covid pour le vélo certes mais pas structurel. Le marché du vélo progresse de 3 à 4 % par an. On reste sur de marges modestes et 2022 devrait être une année de stagnation pour nous tant il est difficile d’obtenir nos composants. Forcément, on se prend les conséquences et les incertitudes liées à la Guerre en Ukraine comme tout le monde. » Mais Mach1 s’est senti les reins suffisamment solides en 2020 pour titulariser une grande partie de ses effectifs qui reposaient, en grande partie sur un coûteux intérim, passant ainsi de 77 à 126 CDI, complétés actuellement par une trentaine de CDD. Et si Mach1 va continuer à créer de nouveaux postes, ce ne sera donc pas pour sa production mais pour enrichir de quelques ingénieurs sa R&D, l’entreprise innovant régulièrement sur ses produits dans un contexte de progression de l’électrique. Elle continuera à le faire mais à une quinzaine de km de son site actuel, devenu trop petit en investissant pas moins de 9 M€ dans un nouveau site.

Le site actuel de Marclopt sera quitté probablement mi-2024. ©Mach1

Il sera situé dans la zone d’activités de la Font de l’Or à Cleppé, près de Feurs. La construction de ces 14 000 m2 sur un terrain de 35 000 pris un peu de retard et devrait être effectuée au 2E trimestre 2024, en raison de quelques soucis administratifs avec la Dreal« Nous allons disposer d’un nouvel outil industriel permettant considérablement d’améliorer les flux, la production, la R&D mais aussi le bien-être au travail. » Mach1 qui revendique 20 % du marché européen sur son créneau, dispose aussi d’une usine en Roumanie et d’une joint-venture en Bulgarie. Si ses nouveaux locaux à Cleppé ne l’emmèneront pas, au mieux, au-delà des 200 salariés – « nous souhaitons rester à taille humaine » –, elle devrait d’ici 2025 créer un nouveau site de production en Europe pour se diversifier et y produire des machines « introuvables » dont elle a besoin.

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