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Un entrepreneur lyonnais fait resurgir l’eau de Sail

• 29 avril 2021 • Xavier Alix
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Patron d’Emosens, agence lyonnaise spécialisée dans le marketing olfactif, Stéphane Arfi va relancer dès cet été la production de l’eau de Sail. Le chef d’entreprise va abreuver d’ambitions le Domaine thermal du village de Sail-les-Bains, au nord-ouest du Roannais. Ses ex propriétaires qataris le laissaient en hibernation depuis 6 ans. If Saint-Etienne vous met dans le bain.

Actuellement à l’arrêt, la production devrait reprendre cet été. A terme, des dizaines d’emplois pourraient être créés sur l’ensemble du site. Photo fournie par Stéphane Arfi.

La culture de Stéphane Arfi n’est pas seulement entrepreneuriale. Et il a beau être fan de l’OL, certaines de ses références se révèlent plus honorables. « Source Diane » : c’est le nouveau nom de l’usine de Sail-les-Bains qui dès cet été produira à nouveau « l’Eau de Sail ». L’appellation remplace celle de « Source du Hamel ».

Elle fait référence à la charnière des XVIe et XVIIe siècle foréziens et roannais. Plus précisément, à L’Astrée, le roman d’Honoré d’Urfé et une de ses sources d’inspiration, la bien réelle Diane de Châteaumorand*. La dame était réputée pour entretenir une jeunesse éternelle à force de plongeons répétés dans l’eau de Sail.

Les bienfaits de l’eau de Sail relevés par Pasteur

« Ses vertus (celles de l’eau, pas de Diane, Ndlr) sont reconnues historiquement. Ce qui sort des sources de Sail, c’est de la pluie tombée il y a 4 000 ans », assure Stéphane Arfi. À propos de bienfaits, une partie du projet du patron de l’agence lyonnaise Emosens, se base sur une analyse de… Louis Pasteur en personne. « Nous l’avons retrouvée dans les archives, à Saint-Etienne. L’eau de Sail est bénéfique pour le transit. Mais aussi pour soigner les problèmes de peau. L’eczéma en particulier. J’aimerais donc, à terme, développer aussi des produits cosmétiques. »

Le potentiel des sources de Sail est énorme

Stéphane Arfi
Le Domaine thermal de Sail-les-Bains, c’est aussi un complexe hôtelier, actuellement en jachère. Photo fournie par Stéphane Arfi.

Cette idée là, c’est pour plus tard. La première étape consiste à lancer une ligne d’embouteillage dès cet été avec six emplois à la clé. Deux bouteilles de 400 et 800 ml, conçues par le designer lyonnais Luc Jozancy sont prêtes à être dupliquées en série. « L’Eau de Sail » sera vendue à des beaux hôtels et belles tables ou encore des cavistes. Sinon à des marques souhaitant associer leur logo à l’étiquette. La production de 500 000 bouteilles plates et gazeuses est visée… la première année. «  Ce sera peut-être déjà plus. Le potentiel est énorme, assure Stéphane Arfi. La source utilisée pour les bouteilles jusque-là permet une production de 40 millions de bouteilles par an. Celle servant à la station thermale une fois reliée peut en fournir 250 millions ! »

Un potentiel qui était à l’abandon depuis environ 6 ans

Photo fournie par Stéphane Arfi.

Un potentiel qui était à l’abandon depuis environ 6 ans. Remontant à l’époque gallo-romaine, l’atout thermal de Sail-les-Bains est à nouveau mis en valeur au XVIIe siècle grâce à L’Astrée. À partir du XIXe siècle, un établissement réputé va exploiter deux des six sources d’une eau jaillissant (d’où vient le nom « Sail ») à 27° C. En 1998, une usine d’embouteillage est mise en service. Elle est reprise en 2010 par la SAQR Qatar SA. Une holding suisse aux mains de la famille royale du Qatar.

L’eau de Sail-les-Bains est alors destinée à être vendue comme un produit haut de gamme, visant principalement la clientèle des hôtels-restaurants luxueux de la péninsule arabique. C’est un échec total. En 2014, l’affaire coule, les Qataris jettent l’éponge. Le site est abandonné. En 2019, Stéphane Arfi le visite par hasard. Il est subjugué. Au point de se mettre en tête de racheter les lieux aux Qataris. Plus d’une année de négociations aura été nécessaire. Elles ont abouti il y a un an sur un montant qu’il gardera pour lui…

Plusieurs dizaines d’emplois pourraient être créés d’ici 2 à 3 ans

Mais si ses plans fonctionnent, ce sont plusieurs dizaines d’emplois qui pourraient être créés sur place d’ici 2 à 3 ans. Dans l’embouteillage donc. Ainsi qu’en utilisant l’eau pour développer les produits cosmétiques évoqués plus haut. Et enfin, une fois la pandémie passée, pour rouvrir l’accueil du public et l’hôtellerie. Il y a là 40 chambres, un golf, des tennis, un casino et une piscine mis en jachère. Ce serait une excellente nouvelle pour un secteur en difficulté.

L’extérieur du site de production. Photo fournie par Stéphane Arfi.

Si Stéphane Arfi se montre confiant, c’est que son entreprise Emosens lui apporte de nombreuses connexions pour mener à bien l’ensemble de son projet. En amont pour la conception. Comme en aval pour trouver la clientèle. Sa société qui compte une quinzaine de collaborateurs, a été créée il y a 12 ans à Lyon. Le créneau de l’odorat tardait alors à se répandre en France. Stéphane Arfi lui, l’a bien senti. Emosens est aujourd’hui selon BFM, leader, national du marketing olfactif.

Emosens propose aux entreprises de développer une identité olfactive

Son entreprise travaille en en B to B. Elle propose aux professionnels de développer une identité olfactive. Sur mesure, à partir d’une collection de 5 000 parfums. Une « fragrance designer » les élabore. Avant leur production par des laboratoires sous-traitants situés à Grasse (Côte-d’Azur).  « C’est une question de confort pour les clients. Comme pour les employés. Et c’est plus fédérateur que le choix d’une ambiance musicale, estime Stéphane Arfi. Cela fait partie d’une identité de marque de nos jours. »

Je n’ai pas de nouvelles de mon dossier France relance déposé cet automne. Je ne comprends pas.

Stéphane Arfi
Emosens conçoit des parfums, propose des diffuseurs et des bougies parfumées spécifiques pour ses clients. Photo ©Emosens

« Dans notre package, nous proposons aussi les diffuseurs. Notre clientèle n’a eu de cesse de s’élargir. Aujourd’hui, nous travaillons pour des TPE comme pour des multinationales basées à la Défense, cotés en bourse. Il y a les secteurs du retail, de la grande distribution, de l’hôtellerie, du tourisme. Nous collaborons donc avec le secteur du luxe mais pas que. Car au fur et à mesure des années, nous avons vu arriver les banques, les assurances, l’immobilier, la santé. »

Le retour d’un patrimoine dans le giron national

Plein d’envie, Stéphane Arfi n’affiche qu’une amertume : ne ne pas avoir – encore ? – été retenu dans le cadre du plan France relance. « Mon dossier a été déposé cet automne. C’est un projet plus avancé que d’autres. Il y a la perspective de créer des emplois. Le fait, aussi, d’avoir ramené dans le giron national ce patrimoine. Tout est désormais domicilié en France. Je ne comprends pas. » Le projet de relancer l’eau de Montarcher est, par exemple, bénéficiaire du plan.

*La déesse Diane apparaît bien comme personnage dans L’Astrée. Est-ce qu’Honoré d’Urfé a pensé à son épouse et ex-belle-soeur, dont il s’est lui-même séparé en 1613 ? Sinon à Diane (Artémis), déesse antique très populaire depuis le XVIe ? Peut-être aux deux ?

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