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« Œuvres en permission » : le prison break des détenus de Roanne

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Cela fait cinq ans que la céramiste plasticienne Anne Verdier organise des stages autour de la céramique auprès des détenus du centre de détention de Roanne, en collaboration avec le musée Joseph Déchelette. Cette nouvelle édition, intitulée Œuvres en permission, s’est appuyée sur la présence d’œuvres originales exposées au sein de la prison, et proposait deux ateliers mixtes aux détenus. Au mois de novembre, les créations des participants seront exposées au musée.

« Lundi, alors qu’il ne connaissait rien à la céramique, je les ai fait travailler les yeux bandés pour commencer », raconte en riant Anne Verdier. Pour cette nouvelle édition de son partenariat avec le musée Joseph Déchelette et le centre de détention de Roanne, l’artiste a embarqué ses élèves dans son univers et tous se sont volontiers laissé prendre au jeu.

Faire entrer la culture en détention

« Anne Verdier amène les détenus à découvrir la terre, à créer, explique Laura Vigo, responsable du service des publics au musée des Beaux-Arts et d’archéologie Joseph Déchelette. Depuis 2018, elle s’est rapprochée de notre établissement afin d’exposer les créations du musée en détention, et celles des détenus au musée, côté rue, afin que chacun puisse les découvrir. » Cette année, deux œuvres ont été sélectionnées et sont exposées au centre de détention du 19 au 23 juillet : une ammonite fossilisée et une céramique de l’artiste Jean-François Fouilhoux.

musée joseph déchelette
L’ammonite fossilisée et la céramique de Jean-François Fouilhoux, exposées au centre de détention. © JT / If Saint-Etienne

Un sentiment d’évasion

Anne Verdier anime dans ce cadre deux ateliers de quatre jours d’affilée, à raison de 6 heures par jour. C’est aussi l’occasion pour les détenus de pratiquer une activité mixte. « On vient sans savoir de quoi il s’agit, pour sortir de nos cellules à la base, explique Carmen, qui a participé au stage cette semaine. On ne se connaissait pas tous les six, mais le fait de faire quelque chose en semble, ça crée une complicité instantanément, on ne se sent plus seuls dans nos cellules. » 
Et Camille, une autre participante, d’ajouter : « Tu peux contempler ton travail le soir et en être content. » Un sentiment d’être simplement à l’atelier entre collègues diront certains. Et le travail réalisé est bluffant, d’autant plus quand on sait qu’aucun n’avait pratiqué la céramique avant l’arrivée d’Anne verdier.

Atelier céramique roanne prison
Pour certains, l’atelier a été une révélation concernant leurs capacités artistiques. © JT / If Saint-Etienne

Poursuivre hors détention

Et chez certains, l’atelier et l’accès aux œuvres exposées a été une révélation. C’est notamment le cas pour Okan, un détenu qui nous confiait ne jamais avoir eu l’occasion d’aller au musée. « J’ai envie de continuer la céramique après la prison, d’apprendre encore. J’aimerais aussi avoir une permission pour faire parti de ceux qui installeront nos créations au musée, puis ensuite visiter des musées quand je serai dehors, y emmener mes enfants. » Une manière pour les détenus d’envisager l’après et de sortir de leur quotidien l’espace d’un instant. « La prison n’est pas une fin en soi, leur a rappelé Manon Roy, directrice adjointe du centre de détention de Roanne. Une fois en détention, le temps passé doit être utile. »

Rendez-vous au musée Joseph Déchelette de Roanne au mois de novembre, pour découvrir leurs créations, une fois cuites par Anne Verdier.

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