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Résidences étudiantes : Saint-Etienne fait-elle trop de place au privé ?

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Aux quatre projets déjà en cours dans la ville, s’ajoute un cinquième avec la transformation de l’école Baptiste-Marcet dans le quartier de La Métare. En friche depuis sa désaffection en 2011, la Ville a officiellement cédé le tènement au groupe immobilier Faure lors du dernier conseil municipal. 201 nouveaux logements étudiants y seront créés. D’ici quelques années, le nombre de places dans les résidences étudiantes, publiques ou privées, passera ainsi à 4 660 contre 4 000 actuellement. L’opposition regrette que les solutions privées soient privilégiées. La majorité dit apporter répondre aux besoins du marché tout en développant des possibilités publiques via Habitat Métropole.

Perspective du projet de résidence étudiante en face de Centre-Deux rue des Basses-Rives. ©Cabinet Projet D

Près de 28 000 étudiants fin 2021 contre environ 20 000 en 2010. Une progression qui doit se poursuivre à un rythme soutenu puisque la Ville de Saint-Etienne le répète : elle espère accueillir 40 000 étudiants d’ici 2035 maximum. Ces étudiants ne sont pas les plus malheureux de France quand il s’agit de se loger dans la capitale de la Loire, même si actuellement du moins, 50 % d’entre eux habitent chez leurs parents. Mais 17 % d’entre eux remplissent à 95 % les capacités des 48 résidences étudiantes stéphanoises totalisant 4 000 places. D’où la multiplication des projets : à La Cotonne, à la place de l’immeuble EDF rue Lamartine à Montaud, en remplacement de la friche EDF à Centre-Deux ou encore au sein de l’ex-RPA les Hortensias à Jacquard.

A ces quatre projets s’ajoute un cinquième avec le remplacement de l’école Baptiste-Marcet dans la rue du même nom, à deux pas du campus de La Métare, par 201 logements étudiants. Cet ensemble accueillait en fait deux établissements : une école primaire et une maternelle. Il avait connu sa dernière année scolaire en 2010/11 et restait depuis en friche, aucun projet n’ayant pu s’y concrétiser. Cette fois, c’est fait : le conseil municipal a voté lundi 24 janvier la cession du tènement au groupe immobilier Faure. « Il s’est rapproché de la Ville et a proposé d’édifier ici une résidence étudiante. Cela participera à la transformation de la ville », estime l’adjoint à l’urbanisme Jean-Pierre Berger.

Un tènement municipal vendu 600 000 euros

La tènement est vendu 600 000 euros. Le promoteur prendra à sa charge la démolition pour environ 230 000 euros. Le nouvel ensemble sera fait de trois bâtiments sur trois plateformes distinctes. Plus de 6 600 m2 comptant 30 places de parking, des garages à vélo. Il sera doté, aussi, d’un terrain de basket, d’un potager, d’espaces verts, d’espaces communs (buanderie, salle de fitness, coworking). « Modulable et modulaire, la construction laissera la possibilité de faire évoluer son usage pour en faire, si besoin, des logements classiques. C’est un projet de qualité », estime Jean-Pierre Berger. Quantitativement, il participe en tout cas aux objectifs de la Ville d’atteindre d’ici quelques années 4 660 places cumulées par les résidences étudiantes stéphanoises, qu’elles soient publiques ou privées.

En friche depuis 11 ans, l’ex établissement scolaire (primaire et maternelle) de la rue Baptiste-Marcet, future résidence étudiante. Capture d’écran Google view.

Elu d’opposition communiste, Michel Nebout a reproché lors du conseil « la privatisation, encore, d’un espace public. Nous aurions aimé un travail plus approfondi avec la Métropole et Crous autour de la création d’une Cité universitaire ». Germain Collombet, conseiller municipal EELV (groupe Le temps de l’écologie) s’ajoutait à la critique en évoquant une étude d’Epures, l’agence publique d’ingénierie urbaine de la région stéphanoise. Selon elle, dit l’élu « le prix en résidence service comme celle-ci est beaucoup plus cher que dans les résidences Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires, Ndlr) ou que dans le privé. Nous avons l’opportunité d’avoir un stock de logements vides qui correspond à près de 40 ans de constructions neuves sur le territoire stéphanois ».

« Vous êtes dans la même dynamique que M. Macron »

Vous privilégiez les étudiantes et les étudiants qui ont les moyens financiers d’habiter dans ces résidences.

Germain Collombet, élu municipal d’opposition EELV

Alors pour l’élu d’opposition, au lieu de « diriger les étudiants vers des logements plus abordables, vous préférez créer des résidences services qui assomment littéralement les étudiants dans leurs prix pratiqués ». Certes, l’étude d’Epures montre que « le logement dans le privé est souvent moins qualitatif que le logement en résidence service. Mais il existe des outils pour permettre aux étudiantes et étudiants d’éviter des logements de mauvaise qualité. Par exemple, certaines villes en lien avec le Crous labellisent les logements privés de bonne qualité abordables. Vous avez décidé de faire autrement. Vous avez décidé de privilégier des entreprises privées qui proposent souvent des loyers bien au-dessus du prix du marché stéphanois. En somme, vous privilégiez les étudiantes et les étudiants qui ont les moyens financiers d’habiter dans ces résidences. »

Aucune information n’a été communiquée sur les futurs loyers exigés dans la future résidence étudiante Baptiste-Marcet. Mais pour Germain Collombet, la tendance est claire : « Fini la diversité sociale et culturelle qui faisait la beauté de nos amphis. (…) En réalité vous êtes dans la même dynamique que M. Macron quand il veut augmenter les frais d’inscriptions et dans la même lignée que le travail de sape de Mme Pécresse quand elle était ministre de l’Enseignement supérieur. » Le début de réponse du maire, Gaël Perdriau fut cinglante : « Si quelqu’un cherche la définition de pitoyable, ça peut se dire au conseil municipal « Germain Collombet ». Cela résume parfaitement cette intervention, c’est pitoyable, vous êtes pitoyable… »

« La politique du Crous sur les loyers n’a aucun sens »

Ce terrain est vendu selon l’estimation des Domaines et correspond aux besoins du marché.

Gaël Perdriau, maire

Et la maire de pointer la politique du Crous, consistant à pratiquer pour les étudiants « les mêmes loyers » à Saint-Etienne qu’à Paris ou Lyon. « Cela n’a aucun sens par rapport au marché. Le directeur général du Crous m’a annoncé qu’il pourrait créer une résidence universitaire sociale si on lui donnait un terrain, pour un euro symbolique. Nous avons fait cette proposition à laquelle il n’a pas pu donner suite se disant « prisonnier du carcan d’une politique nationale ». D’où notre propre réponse adaptée et adressée aux étudiants par Habitat Métropole. » Christel Pfister, élue d’opposition communiste contestait fermement le constat de loyers du Crous bien au-dessus du marché stéphanois, assurant que les chambres les plus simples sont à « 200 €, 280 € avec WC et douches intégrées contre 400 € dans le privé ».

Pour revenir à la parcelle Baptiste-Marcet, Gaël Perdriau rappelle qu’elle est en friche et squattée depuis Maurice Vincent qui « ah, le capitaliste, avait signé un contrat avec un promoteur privé en 2012, n’ayant jamais débouché. Nous avons fait un appel à projets. Ce terrain est vendu selon l’estimation des Domaines et correspond aux besoins du marché selon nos études ». Celle d’Epures à laquelle Germain Collombet a fait allusion est consultable par tous ici. Cette note de l’observatoire territorial du logement étudiant (OTLE) date de novembre 2020, dernière mouture d’un travail d’analyse mené avec Saint-Etienne Métropole et les acteurs locaux de l’enseignement supérieur et de l’habitat depuis 2014.    

Où vivent les étudiants à Saint-Etienne ?

Extrait de la note de l’OTLE de novembre 2020 réalisée par Epures.

Elle relève qu’à Saint-Etienne, sans surprise, « la majorité des étudiants résident dans les quartiers du centre-ville, le long de l’axe du tramway, de Bellevue à Carnot. Les quartiers de la Métare et de Terrenoire Sud accueillent également un nombre important d’étudiants ». Mais aussi que la commune de Saint-Priest-en-Jarez accueille de plus en plus d’étudiants depuis l’ouverture de la Faculté de Médecine sur le site Santé-Innovations. Même si ce chiffre reste encore modeste (92 allocataires étudiants). Si la majorité des étudiants stéphanois veut vivre en centre-ville, pour bénéficier notamment avec des aménités urbaines, « une partie d’entre eux souhaite résider au plus près des sites universitaires, note Epures. Il s’agit ainsi de veiller à l’adéquation entre la localisation de l’offre de logements étudiants et les secteurs convoités par les étudiants. »

Selon ses observations, l’accès des étudiants au parc privé diffus est facilité « par les faibles niveaux de loyer du marché. Même les grands logements présentent des niveaux de loyers abordables, ce qui favorise la colocation. Les données de la CAF montrent que les étudiants peuvent économiser 13 % du coût du loyer en choisissant le parc diffus plutôt qu’une résidence étudiante à caractère social et même un tiers prenant un logement du parc diffus en colocation ». Le mode de logement le plus cher restant le parc meublé (hors colocation), qui comprend l’offre de résidences privées dédiées totalement ou partiellement aux étudiants. Cette situation rend l’offre dédiée comparativement moins attractive que l’offre diffuse, à l’inverse de ce que l’on constate dans les territoires à marché tendu.

Extrait de la note de l’OTLE de novembre 2020 réalisée par Epures.

L’état et la qualité du parc privé restent problématiques

« Ces chiffres restent malgré tout à nuancer car les résidences publiques et privées proposent souvent des services compris dans le loyer qui peuvent permettre d’économiser sur d’autres postes (meubles, forfait Internet, chauffage, lessive …) », précise encore Epures. Cependant, si le nombre de logements disponibles et le coût des loyers sont favorables au logement des étudiants sur le territoire, « l’état et la qualité du parc privé restent des problématiques essentielles. Pour les étudiants, l’ancienneté du parc et des mauvaises performances énergétiques peuvent induire des charges élevées. »

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