Saint-Étienne
jeudi 1 décembre 2022
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20 millions de mégots seraient jetés sur le sol de Saint-Etienne chaque année

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Une estimation « basée sur des ratios nationaux » que la mairie de Saint-Etienne a mise en avant dans une délibération lors du dernier conseil municipal. Celle-ci consistait à voter une contractualisation avec l’éco organisme Alcome afin de mettre en œuvre un plan d’action visant la réduction des mégots de cigarette sur l’espace public.

La Ville de Saint-Etienne veut lancer un plan anti mégots soutenu par Alcome. Photo d’illustration.

Il y a la pollution visuelle. Et, sans même compter le risque incendie, il y a celle résiduelle. Un mégot de cigarette jeté à terre plutôt que dans un cendrier ou, éteint dans une poubelle, c’est un filtre qui contient des matières plastiques (acétate de cellulose) et plusieurs milliers de substances chimiques (acide cyanhydrique, naphtalène, nicotine, ammoniac, cadmium, arsenic, mercure, plomb) dont certaines sont toxiques pour les écosystèmes. Un mégot jeté par terre et emporté par les eaux, c’est aussi lui donner sa chance de rejoindre les mers et les océans chacun pouvant polluer à lui seul 500 l d’eau… Enfin, chaque mégot peut mettre plus de dix ans pour se dégrader. Alors quand la Ville de Saint-Etienne parle de 20 millions de mégots de cigarettes jetés sur le sol de son espace public chaque année, le mot « fléau » n’est pas usurpé.

Il ne s’agit, certes, que d’une estimation à parti de ratios nationaux. D’où sort-elle ? Apparemment, de déduction d’une étude affichée par l’éco-organisme Alcome, « agréé par les pouvoirs publics en 2021 sur la filière à Responsabilité élargie des producteurs (REP) des mégots ». Adoptée en 2019, une Directive européenne relative à la réduction de l’incidence de certains produits en plastique sur l’environnement, prévoit en effet le déploiement d’une filière REP sur les mégots dans tous les Etats membres d’ici juin 2023. Les membres fondateurs sont les principaux fabricants de tabac eux-mêmes – BAT France, JIT France, Seita et Philip Morris France, 24 % du capital chacun – mais aussi l’Association des fournisseurs de tabac à fumer (AFTF qui détient 2 % du capital) et la Confédération des buralistes de France qui n’est pas des actionnaires auxquels s’ajoute la Fédération des fabricants de cigares (2 %).

360 000 € en jeu pour Saint-Etienne

Alcome est ainsi « issue de la « Mission Mégots » pensée par ses fondateurs et dont « l’objectif a été pendant 2 ans de préfigurer cette filière, à travers notamment des travaux (études, expérimentations de dispositifs de collecte) et discussions. » La mission de l’éco-organisme est donc de réduire la présence des mégots jetés de manière inappropriée dans l’espace public : son objectif est de réduire leur quantité en France de 20 % d’ici août 2024 puis de 40 % d’ici août 2027. Or, selon l’étude réalisée par le cabinet conseil sur le recyclage Optae – Le gisement des mégots abandonnés sur l’espace public – datée de juillet 2020 -, chaque année en France, 7,7 milliards de mégots sont jetés au sol sur l’espace public ! Si Alcome a lancé une nouvelle étude « gisement » afin d’être plus précis, la Ville de Saint-Etienne en déduit donc en faisant un ratio mégots jetés/nombre d’habitants ces 20 millions sur son territoire.

Déjà 22 communes ont contractualisé avec Alcome en 2021 qui propose d’accompagner financièrement les initiatives des collectivités visant à réduire le fléau sur une base de X euro pour chaque habitant selon un barème indexé sur leur population. La taille de Saint-Etienne lui permet ainsi de prétendre à 2,08 € par habitant, soit environ 360 000 € tout de même ! Alcome compte en effet 17 sociétés adhérentes qui dans le cadre de leurs éco-contributions ont permis de lever 8,3 M€ de budget en 2021, année de lancement de l’éco-organisme où seulement 643 320 € ont été consacrés aux projets de 22 communes. Mais Alcome a pour objectif d’en contractualiser 200 d’ici la fin de l’année. Saint-Etienne en fera partie puisque dans le cadre de la mise en place d’un plan anti-mégots sur l’espace public, le conseil municipal a voté le 27 juin cette contractualisation. Objectifs : améliorer la collecte et le traitement des mégots jetés dans les cendriers et déployer 400 nouveaux cendriers sur l’espace public.

400 cendriers de plus et des espaces sans tabac

Plus de cendriers sur l’espace public à Saint-Etienne oui, mais faut-il qu’ils soient discrets, très visibles ou les deux ? Photo d’illustration.

Une étude affichée par Alcome publiée en 2019 par Opinon Way – Les fumeurs et la gestion de leurs mégots – faisait d’ailleurs dire à 80 % des fumeurs interrogés qu’il n’y a pas assez de cendriers sur l’espace public et que 75 % d’entre eux en cherchent un avant de jeter leurs mégots. Les coûts liés aux deux marchés précités pourraient ainsi être pris en charge dès 2023 (pour des frais engagés sur le second semestre 2022). D’autres actions complémentaires pourront être développées dans le futur en lien avec l’éco-organisme. Pas de quoi créer, pour une fois, la polémique au sein de l’assemblée municipale. Pierrick Courbon, élu d’opposition PS du groupe Saint-Etienne Demain, saluant « l’initiative face à un enjeu de propreté, de santé, de lutte contre la pollution », voire de sécurité vis-à-vis du risque incendie auquel les parties non urbanisées du territoire communal sont exposées.

Expérimentons des cendriers très visibles, de couleur flashy, certes peut être moches mais bien plus visibles !

Pierrick Courbon, élu PS d’opposition

En revanche, « en commission, fait remarquer Pierrick Courbon, il a été question de fondre dans l’espace public ces 400 cendriers, accrochés à des barrières, dans un objectif de discrétion. Nous proposons au contraire d’expérimenter des cendriers très visibles, de couleur flashy, certes peut être moches mais bien plus visibles. On pourrait aussi en profiter pour essayer, comme nous l’avions proposé durant la campagne municipale d’acheter des cendriers-sondages qui permettent de répondre de manière ludique à une question. Le coût est modique. » L’élu d’opposition invite aussi à aller plus loin sur la question des espaces publics sans tabac : « Des initiatives seraient déjà prises, d’autres en gestation. Vous aurez tout notre soutien dans cette politique-là, les enjeux étant multiples. Le seul espace public actuel censé être sans tabac à ma connaissance, c’est la plage de Saint-Victor-sur-Loire. »  

Et la répression dans tout ça ?

Or, force est de constater selon Pierrick Courbon, qui a participé à une opération de nettoyage sur place le 26 juin, « qu’énormément de mégots jonchent la plage ». Alors la prévention, oui mais il y a aussi « les sanctions, rappelle-t-il. Surtout quand on voit un lieu si emblématique censée être sans tabac jonché de mégots. C’est compliqué de verbaliser le premier piéton ou automobiliste venu mais il faudra passer par là et vous aurez tout notre soutien pour agir plus loin là-dessus. » Le maire Gaël Perdriau exprimait « son plaisir » à l’écoute des propos de son adversaire et « effectivement, dans le cadre des concertations autour du plan cancer, des espaces sans tabac sont bien à l’étude ». Pour les cendriers sondages, « on ne peut pas restreindre une concertation publique à ceux qui fument ». Et pour la répression ?

Les mégots, c’est comme les crottes de chien, il ne suffit pas de les interdire pour les éradiquer de l’espace public.

Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne

« Les mégots, c’est comme les crottes de chien, il ne suffit pas de l’interdire pour les éradiquer de l’espace public. Il faut que la police municipale puisse intervenir en flagrant délit et c’est difficile : les citoyens changent de comportement quand ils voient les uniformes. » Adjointe en charge de la propreté, Nicole Peycelon ajoutait à ces échanges que le recours à des « cendriers très repérables n’est pas exclu. Ce n’est pas l’option première car si joncher l’espace public de marques distinctives n’est pas souhaitable. Mais pourquoi pas ponctuellement, sur certains espaces qui concentrent beaucoup de monde, propices à l’événementiel et/ou ceux où la règle n’est pas respectée ». En charge aussi de la tranquillité publique, l’adjointe reconnait qu’il est « compliqué verbaliser (l’amende pour le geste prohibé est de 68 € à Saint-Etienne, Ndlr) sur la plage vu le nombre de personnes. Cela risque de poser quelques petits problèmes d’organisation. On ne veut pas l’exclure mais essayons d’abord la pédagogie ».

L’agression aussi violente et qu’ahurissante, dimanche, de deux agents de la Stas et de deux policiers municipaux pour une absence de titre de transports dans un bus de la ligne M2 ce qui a donné lieu cependant à une comparution immédiate des deux auteurs, immédiatement condamnés à des peines fermes, plutôt sévèresinvite à penser que la problématique dépasse largement celle de « l’organisation »

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