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dimanche 19 mai 2024
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A Chalmazel, le site du village vacances sera rendu à la nature 

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Son abandon depuis 2001 lui vaut souvent d’être affublé de « fantôme ». Epora et l’agglomération Loire Forez sont ici à la manœuvre pour en finir avec l’emprise du fameux village vacances de Chalmazel. Les études sont lancées pour l’effacer du paysage. Rien ne le remplacera, si ce n’est la nature. Une logique neuve pour Epora. A travers cette première expérience, accompagnée d’une autre à La Ricamarie, l’établissement se forge ainsi une ingénierie en « renaturation ». De quoi, foncièrement, faire face à l’air du temps.  

Vue aérienne du village de Chalmazel. Photo extraite d’un document de bilan synthétique d’Epora.

La CRC ne l’a évidemment pas raté. Le « village fantôme » de Chalmazel ne pouvait qu’appuyer son argumentaire. Dans le rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) Auvergne-Rhône-Alpes paru en novembre émettant des doutes sur la gestion déployée par le Département de la Loire et ses projets pour la station de Chalmazel (parmi une série sur les stations de moyenne montagne impliquant la main publique), une page était consacrée à l’ancien village vacances. Créé dans les années 1970, il est situé à 600 m à vol d’oiseau la station. Et reste fermé depuis maintenant 23 ans : aussi, le rapport de la CRC met en exergue cette situation, juste avant de détailler la volonté du Département de créer de nouveaux hébergements touristiques. Que ce projet soit pertinent ou pas dans le cadre d’une transition en station « 4 Saisons » défendue par la collectivité, il est désormais certain qu’il n’y aura pas de reconversion pour l’ex-village vacances. Il sera remplacé par la nature. Rien d’autre.

Ne serait-ce que retrouver la totalité des copropriétaires n’a pas été une mince affaire. Cela a duré jusqu’à l’an passé.

Claudine Court, 3e vice-présidente de Loire Forez

En 1971, ce « village », 320 lits « chauds », quatre bâtiments, 5 547 m2 planchers sur 1,9 ha, construit par la commune, avait été « confié en gestion au groupe VVF. Le bail de trente ans court jusqu’en 2001 mais, dès 1994, l’exploitant demande à la mairie de créer des ouvertures et des terrasses afin d’embellir l’existant pour maintenir l’attrait touristique. Le montant des travaux étant trop élevé pour la commune, un repreneur est choisi mais celui-ci est mis en liquidation judiciaire en 2001. Depuis cette date, le site est à l’abandon », contextualisait en novembre la CRC. « Les années sans neige de 1998 à 2001 lui ont été fatales. Pendant 15 ans, la situation n’a pas évolué. Le site a été squatté tout en devenant dangereux du fait de ses dégradations », ajoute Claudine Court, 3e vice-présidente de Loire Forez déléguée à l’habitat, à la politique des centres-bourgs. La copropriété de 67 lots est alors détenue par la commune, des propriétaires privés qui avaient investi dans un appartement suivant le schéma des Alpes ainsi que le liquidateur judiciaire de la SARL Orval Loisirs.

1,9 ha intégré à un « un corridor biologique »

Vue par capture de Google Street view du village vacances de Chalmazel

« La municipalité a fini par faire appel à son intercommunalité et le Département pour l’aider à régler la situation. Les premières réflexions de Loire Forez ont commencé en 2016. Mais ne serait-ce que retrouver la totalité des copropriétaires n’a pas été une mince affaire. Cela a duré jusqu’à l’an passé », note Claudine Court. La réflexion de l’intercommunalité a, elle pendant ce temps, abouti. Abouti à rien d’autre que de rendre ces 1,9 ha à la nature. La (re) colonisation forestière aux alentours et, depuis 2001, sur le site même rend en effet pertinent d’intégrer ce dernier à un secteur de nos jours identifié comme « un corridor biologique ». Loire Forez y voit une cohérence avec sa stratégie environnementale, sa charte forestière, entre autres. Les lieux sont de toute façon déjà largement en cours d’« enfrichement », ce qui n’est pas sans influence sur la conception de leur destruction, comme le souligne Epora. L’Etablissement public foncier de l’ouest-rhodanien (Epora) a en effet été sollicité pour mettre en œuvre le projet.

Dans un cas comme celui-ci, l’ingénierie est à créer. Il n’y aucune visée de fréquentation touristique ou autre activité.

Véronique Guirimand, directrice des études travaux et achats à Epora

Or, la raison d’être d’Epora est la récupération des friches industrielles ou non, leur dépollution et pour les rendre via des travaux préparatoires aptes aux projets de reconversion des collectivités locales partenaires. Aussi, « se lancer sur ce sujet – déconstruire pour renaturer -, c’est quelque chose de très nouveau pour un opérateur comme nous, explique Véronique Guirimand, directrice des études travaux et achats à Epora. Saint-Etienne Métropole dans le cadre des contrats rivière réalisent des projets de cette nature, comme Duralex par exemple où le Gier a été réaménagé (et le bâti a été remplacé en grande partie par un parc inondable, NDLR). Les aménagements de Saint-Etienne Métropole de ce type dans le cadre des contrats rivière s’en approchent. Mais dans un cas comme celui-ci, l’ingénierie est à créer. Il n’y aucune visée de fréquentation touristique ou autre activité. » Et ce n’est pas si simple à mettre en œuvre que l’on pourrait imaginer. Déjà parce qu’il faut tenir compte pour les travaux de décontamination (l’amiante est évidemment de la partie) et de démolition, de la présence de la faune et de la flore, qui ont pris possession du site.

Pas de chantier sur ce site de Chalmazel avant 2025-2026

La démarche d’expérimentation qui a donc été lancée par l’Epora en mars 2023 vise à intégrer ces nouveaux objectifs de renaturation dans le process de production de l’établissement. Cela afin de positionner son offre et développer une ingénierie au service des projets. Savoir aussi, comment agréger autour de cette initiative d’autres partenaires financeurs ou techniques.Forcément, « la logique législative actuelle qui tend de plus en plus à limiter la consommation des espaces naturels et agricoles a contribué à l’idée de s’ajouter cette compétence autour du concept renaturation », met en évidence Véronique Guirimand. Pour élaborer son diagnostic et savoir quoi faire – ou encore et peut-être surtout « pas faire » -, Epora est allé chercher des savoir-faire extérieurs qu’il n’a pas. Un état des lieux va être réalisé par un « écologue » (inventaire des espèces sur place et alentour) ainsi qu’un pédologue, spécialiste des sols, afin de déterminer l’état de ces derniers et ce qui doit y être réalisé ou non. Un paysagiste interviendra aussi pour être certain de ce qu’il faut planter, a fortiori dans le contexte de changement climatique, même s’il ne s’agit pas, comme indiqué, de réaliser un parc.

Cette vidéo par drone postée en 2023 la société Helios Drone permet de voir la dégradation du village.

La convention opérationnelle a été signée en juin 2023. Le site a été acquis par Epora en décembre dernier pour un total de… 60 000 €. Sans doute pas de quoi ravir les propriétaires privés des appartements, du moins ceux qui espéraient retrouver, au moins en partie, la mise de départ, héritiers ou non. Mais l’intérêt collectif est passé par là. L’ensemble, études et travaux, exige des dépenses prévisionnelles estimées à 1,4 M€ avec une minoration prévisionnelle de 950 000 € dont 407 000 € de minoration supplémentaire au titre de cette néo « renaturation » en vue de la rétrocession à Loire Forez de ce terrain. Le fonds vert gouvernementale pourrait contribuer aux dépenses, voire d’autres partenaires publics. Des éléments financiers à affiner donc dans le cadre de la création de la démarche. Les études techniques sont donc en cours. Pour ce qui est de l’exécution des travaux, ils n’interviendront pas avant 2025, voire 2026.

Une autre opération renaturation à La Ricamarie

Image extraite d’un document de bilan synthétique d’Epora.

Le temps presse toutefois moins que d’habitude. D’une part, parce qu’il convient de façonner correctement à tous points de vue cette ingénierie. De l’autre, parce que pression de voir un investisseur potentiel échapper à une reconversion n’existe pas. Le projet de Chalmazel est d’ailleurs l’une des trois expérimentations menées autour de cette logique de renaturation. Outre le site dit « Coco Boer » en Ardèche (ex usine de bonbons de 1 000 m2 au Pouzin), un autre cas est à l’étude dans la Loire et doit lui aussi contribuer à constituer l’ingénierie d’Epora dans ce domaine dans un contexte et radicalement différent. Ce qui amène des définitions d’exigences tout aussi différentes.

Il s’agit là, sur l’ilot dit Jacquemond, situé à La Ricamarie, « entièrement artificialisé avec une problématique pressentie de pollution » d’étudier un projet de renaturation en plein ville. Avec cet enjeu typiquement urbain en 2024 de réduction d’un ilot de chaleur. Mais quelle est fertilité des sols après tant d’années d’urbanisation ? Et comment « refonctionnaliser » la biodiversité en lien avec le corridor écologique de l’Ondaine ? Le cahier des charges de l’étude devait, là, sortir ce printemps avec l’appui d’Epures et le suivi de Métropole aux côtés de la municipalité.

A la faveur du législateur, Epora intensifie son activité

Cette expérimentation de renaturation qui doit déboucher sur de nouvelles capacités opérationnelles pour Epora a été intégré au Plan pluriannuel d’investissement (PPI) 2021-2025. Le Conseil d’administration (CA) de l’établissement, créé et basé à Saint-Etienne, mais opérant au sein de cinq départements en a fait le bilan à mi-parcours en début d’année. « L’un des éléments majeurs de ce bilan est la décision du Conseil d’administration de l’Epora d’augmenter les fonds de minoration destinés à accompagner les nombreux projets opérationnels en cours. Initialement prévu à 55 M€ sur une période de 5 ans, le fonds de minoration a été augmenté de 14 M€. » De quoi renforcer (on est davantage à 55 en moyenne sur les précédents PPI) les dispositifs d’accompagnement des acteurs locaux, notamment auprès des bailleurs sociaux. A commencer par ceux autour du logement, crise oblige.

+ 15 % de dépenses

Dans le cadre du budget 2024, le CA programmé une enveloppe de 18,5 M€. Sur cette somme, 2 M€ sont spécifiquement réservés au dispositif d’accompagnement des bailleurs sociaux opérant dans les communes qui doivent encore satisfaire à leurs obligations dans le cadre de la loi SRU« Nous sommes sur une bonne trajectoire vis-à-vis de la production de logements : nous devrions atteindre les 3 900 sur 2021-2025 (1 200 sur la période précédente, Nldr) avec2 200 atteints 2023 dont 850 sociaux. Nous sommes dans les temps et c’est bienvenu en pleine crise du logement, note Aimeric Fabris, directeur général adjoint d’Epora.

Mais tout confondu (investissements, rachats, travaux), Epora déploie (le taux de couverture devrait osciller entre 95 et 97 %) sur son PPI en cours 293 M€, 15 % de plus que le précédent. Car oui, « le contexte législatif est favorable à des initiatives de lutte anti-étalement urbain. Cela légitime davantage encore le savoir-faire. Nous travaillons de nos jours à racheter des zones pavillonnaires périurbaines pour reconstituer dans ces communes des centralités plus denses. Et s’y ajoute maintenant la renaturation est liée à cela, relève Aimeric Fabris, directeur général adjoint d’Epora. Nous avions quelque peu anticipé l’évolution au sein de notre PPI et le législateur a confirmé cette anticipation. »

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