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À consommer avec solidarité

• 28 septembre 2020 • Antoine Desvoivre
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Les alternatives aux moyens traditionnels de consommation fleurissent à Sainté. Afin de lutter contre la surconsommation et de protéger l’environnement ou pour des raisons économiques et d’égalité sociale, de nombreux Ligériens se lancent dans des projets participatifs. Les ateliers de menuiserie, supermarchés coopératifs ou objethèques sont autant d’initiatives citoyennes avec pour vocation de changer la façon de consommer des Stéphanois mais aussi de créer des liens et de renforcer le tissu social dans notre cité. 

Dans les allées du supermarché coopératif, La Fourmilière« les gens se connaissent, il se sont croisés en commission, lors d’un apéro ou d’une animation » explique Thibault, membre de l’association, ou ‘’Fourmi’’, depuis 2018. « Cette création de liens sociaux attire aussi les gens. Il s’agit d’une aventure humaine, pas juste de faire vos courses. » Si les clients se connaissent si bien, c’est qu’ils partagent plus qu’un simple lieu où faire leurs achats. Pour eux, La Fourmilière est un projet commun. « Devenir fourmi c’est un 4-en-1, explique-t-il, on est à la fois client, bénévole, propriétaire et décisionnaire. »  En payant leur cotisation pour rentrer dans l’association, les nouvelles ‘’Fourmis’’ deviennent en partie propriétaires de la structure et obtiennent ainsi voix au chapitre dans les décisions prises par La Fourmilière dans son ensemble. 

On est à la fois client, bénévole, propriétaire et décisionnaire

Thibault – Fourmi

« On choisit nous-mêmes les produits » détaille Thibault, avant d’ajouter que « chacun peut même suggérer des produits dans un petit cahier à l’intérieur du magasin. » L’association, qui cherche à installer une gouvernance partagée par tous ses adhérents, leur donne la possibilité d’apporter leurs propres valeurs au sein de cette communauté. Pour Thibault, « c’est l’avenir de la consommation et ça préfigure une certaine philosophie et une certaine forme d’organisation qui va dans le sens d’un avenir désirable. »

Dans les allées de la Fourmilière © Maurice Bonhomme

Toucher du bois

Bien qu’en parfaite adéquation avec l’air du temps, les projets participatifs n’ont rien de nouveau. Depuis 1977, l’association L’Établi accueille les amateurs et artisans professionnels. Regroupant à l’origine des ateliers de menuiserie, de mécanique automobile et de fibre de verre au sein du service d’animation de la ville de Saint-Étienne, l’association se concentre aujourd’hui sur son activité de menuiserie. 

« L’adhérent peut disposer des machines à volonté. Ce n’est pas comme une location de machines à l’heure auquel cas il faudrait terminer son travail au plus vite, explique Jean-Jacques Hulalka, président de l’association. Ici, on peut mettre six mois pour finir la bricole qu’on est en train de fabriquer. »  Afin de pratiquer ou d’apprendre le travail du bois aux côtés des bénévoles et des autres adhérents, L’Établi met à disposition de ses membres des raboteuses, déligneuses, dégauchisseuses, toupies et ponceuses professionnelles sur un espace de 1100 m2« Certains professionnels n’ont pas un tel équipement » ajoute le président. 

© L’Établi

L’atelier n’attire d’ailleurs pas que les néophytes. « On accueille des professionnels du bois en activité mais qui ne peuvent pas exploiter le matériel de l’entreprise dans laquelle ils travaillent » précise-t-il. Malgré tout cet équipement, pour les adhérents professionnels, un abonnement à L’Établi ne peut pas se substituer à une location de machines pour leur entreprise. L’association « n’autorise que des travaux à caractère domestique », rappelle Jean-Jacques. Il est interdit d’y fabriquer des objets destinés à la vente. « On ne peut pas tirer profit de ce qui est fabriqué ici. C’est très important », conclut le retraité. 

C’est sur le même principe que fonctionne l’atelier OCIVÉLO. « C’est un espace qui permet aux cyclistes de réparer eux-mêmes leur vélo » résume Florent Missemer son président. Après s’être acquitté de leurs frais d’adhésion (à prix libre, NDLR), les membres de l’association obtiennent l’accès pour un an aux ateliers de l’association. Si certains cyclistes réparent leur bicyclette en totale autonomie, les bénévoles et 2 salariés animateurs mécaniciens sont présents pour les encadrer et les accompagner.

À l’image de nombreuses autres structures, OCIVÉLO a été impacté par la crise sanitaire. En raison de la mise en place des gestes barrières « notre fonctionnement a été un peu modifié », précise Florent. « On ne pouvait plus accueillir le public comme on le faisait jusque-là. » Pour continuer à proposer ce service de réparation, « on s’est mis à accueillir les gens sur rendez-vous un peu à la manière d’un magasin. » Peu à peu, l’atelier renoue avec son fonctionnement habituel « mais on a été obligé de s’adapter à la pandémie. »

© AD

Si le partage et la solidarité font partie intégrante des projets participatifs, Nathan Serval président de l’Objethèque veut aller plus loin. « Le principe même de l’Objethèque, c’est d’avoir un catalogue d’objets assez large que les gens peuvent emprunter en échange d’une cotisation mensuelle » explique-t-il, comme une bibliothèque d’objets en somme. «Au lieu d’avoir chacun chez soi un objet que l’on utilise très occasionnellement, l’idée est de plutôt le mettre en commun pour l’utiliser au maximum. »  

« Sur le plan social, ça permet d’aider les gens qui n’ont pas forcément les moyens d’acheter ces objets eux-mêmes, développe le jeune Stéphanois. Sur le plan écologique, on lutte contre la surconsommation. C’est mieux d’avoir 4 appareils à raclette pour un quartier plutôt que chaque habitant en possède un. » 

La balance économique, un numéro d’équilibrisme 

Pour ces associations, le maintien de l’équilibre économique demande un grand engagement de la part des adhérents. À L’Établi, « avec environ 150 cotisations de 160 € par an, ça ne fait pas un gros budget » précise Jean-Jacques Hulalka avant d’ajouter : « certes on a une subvention de la Ville de Saint-Étienne, mais qui compense tout juste le loyer. » Afin de diminuer les frais, ce sont des bénévoles qui font fonctionner l’atelier 7 jours sur 7 de 8h à 20h. « On n’a pas les moyens de rémunérer qui que ce soit. Donc, c’est le bénévolat qui l’emporte. » 

À La Fourmilière, le principe est le même. Les 665 fourmis se relaient sur des créneaux de 3h de bénévolat toutes les 4 semaines. « Notre modèle économique repose sur le fait que l’on a peu de masse salariale contrairement à d’autres supermarchés, ce qui nous permet de fonctionner avec un taux de marge de 20 % sur tous les produits » (jusqu’à 27 % dans un supermarché classique et 45 % dans un commerce spécialisé selon l’Insee – NDLR) précise Thibault. « Avec assez peu de salariés et un investissement bénévole conséquent, on arrive à atteindre un équilibre. »

Le bénévolat est l’une des composantes essentielles des modèles économiques participatifs. Mais pour s’inscrire dans la durée, certains projets ont besoin de multiplier les méthodes de financement pour assurer à l’association un revenu stable. « On en a trois qui représentent chacune environ un tiers de nos recettes » détaille Florent de OCIVELO. Les cotisations annuelles, 853 en 2019, s’ajoutent à la vente de vélos et de pièces détachées. « On récupère les vélos usagés dans trois déchèteries de Saint Étienne et beaucoup de particuliers nous apportent leurs vieux cycles. On les remet en état avec l’aide des bénévoles et on les vend à l’atelier au fil de l’eau », raconte-t-il. Le dernier tiers de leurs revenus est assuré par des subventions, des réponses d’appels à projets et des aides de Saint-Étienne Métropole.

Un projet pour les lier

Bien que construits autour de services particuliers, ces projets partagent une volonté commune, il s’agit de créer un lieu de rencontre. À l’Établi « il y en a qui passe surtout pour discuter. Ils arrivent le matin avec une tâche à faire et quand ils repartent ils ont passé plus de temps à parler qu’à travailler » soutient Jean-Jacques Hulalka. « C’est aussi une échappatoire, une raison de sortir de la maison », se félicite-t-il.

À l’Objethèque, en plus du prêt d’objets du quotidien, Nathan Serval espère créer une plateforme d’échanges humains. « Il faut vraiment que ce soit un espace où les gens puissent se rencontrer, échanger, se rendre des services tout ça autour du catalyseur que sont les objets », espère-t-il.

Il faut vraiment que ce soit un espace où les gens puissent se rencontrer, échanger, se rendre des services tout ça autour du catalyseur que sont les objets

Nathan Serval

Impliquer les adhérents dans la vie des associations est un moyen de lutter contre l’isolement social de leurs membres, mais c’est aussi l’occasion pour la structure de bénéficier des domaines d’expertise de chacun. « On a besoin de toutes sortes de compétences pour ce genre de projet », confie Thibault de La Fourmilière. Le cœur de métier repose sur les compétences commerciales, le passage de commande aux ? et la gestion des stocks mais chaque profil de ‘’Fourmi’’ a quelque chose à apporter. « Il s’est trouvé qu’il y avait des Fourmis avec des compétences en graphisme, ce qui nous a permis d’avoir une identité visuelle, on a aussi tout ce qui est finances, juridique, ressources humaines, une commission santé qui s’est formée à l’occasion du confinement pour la mise en place des gestes barrières » ajoute-t-il. 

© La Fourmilière

Pour dénicher les experts et les talents présents parmi leurs rangs, « on a fait un sondage demandant les compétences qu’avaient les fourmis qui pourraient servir pour la coopérative.  On avait notamment une coopératrice qui connaissait bien le zéro déchet, se souvient-il, elle avait pu proposer un atelier sur ce sujet. »

Ces différentes structures contribuent à renforcer le tissu social de la ville de Saint-Étienne. Un projet humain rendu possible, d’une part, grâce à des idéaux tournés vers le partage de ressources et la convivialité, d’autre part grâce aux mouvements de solidarité qu’elles génèrent chez leurs adhérents et bénévoles. 


Ocivélo 

Fondé en 1997 à l’origine pour conseiller la municipalité en matière d’aménagement cyclable et organiser des évènements de promotion du vélo, Ocivélo a trouvé son second souffle en 2006 avec la création de son atelier. L’association, désormais présidée par Florent Missemer permet aux cyclistes de Saint-Étienne d’accéder à un atelier équipé pour réparer eux-mêmes leurs vélos. Ocivélo propose aussi de la revente de vélos d’occasion remis en état par leurs salariés et bénévoles. Avec la crise sanitaire, de plus en plus de Français se sont tournés vers le vélo pour remplacer les transports en commun, perturbés durant le pic de la pandémie.  « Toute l’économie du cycle est sous tension, les magasins de vélos sont débordés et les ateliers aussi » explique son président. 

La Fourmilière

Parfois, les bonnes idées sont contagieuses. « Fin 2016 une cinquantaine de Stéphanois se sont regroupés suite au visionnage d’un documentaire à propos du premier supermarché coopératif créé à new york qui s’appelle le Park Slope Food Coop » explique Thibault, adhérent de la Fourmilière. De leur réunion est né un projet : « ils ont voulu lancer la même chose à saint Étienne. »  C’est dans ce contexte que s’est formée une association basée sur l’entraide et le partage des tâches et des ressources, pas juste un magasin mais une fourmilière. À l’image de sa source d’inspiration animalière, La Fourmilière grandit vite. Un an après l’ouverture des locaux, ils sont 665 fourmis à y travailler « avec l’objectif de doubler le nombre de coopérateurs d’ici un an de passer aux alentours des 1200 membres », ajoute Thibault. 

L’Établi

Parce que l’artisanat aussi peut réunir, 135 amateurs et professionnels de la menuiserie se retrouvent à L’Établi. Ici pas de location de machines à l’heure mais une cotisation annuelle qui donne aux adhérents le droit d’utiliser les locaux et équipements à volonté pendant un an. Les néophytes ne sont pas entravés par leur inexpérience. « Ceux qui n’ont pas eu de formation aux métiers du bois on leur propose une formation qui recouvre toutes les possibilités d’assemblage et de travail du bois à partir de bois brut » rassure Jean-Jacques Hulalka, son président. De plus, « on travaille chacun pour soi mais on trouve toujours quelqu’un prêt à nous conseiller sur place »

L’Objethèque

Une bibliothèque d’objet, le concept est simple mais a séduit Nathan Serval. « J’étais à la recherche d’un projet tourné vers le social et l’écologie.  J’ai trouvé cette idée super et j’ai pensé que ça pouvait bien s’intégrer à Saint-Étienne » se souvient-il. La toute jeune association, qui devrait ouvrir ses portes dans les semaines à venir fonctionne sur le principe de cotisation annuelle. « Cotisation payée, les adhérents auront la liberté d’emprunter les objets qu’ils veulent, avec seulement une limite d’emprunt max par mois. » L’association réalise un appel aux dons d’objets pour alimenter son offre. Une nouvelle façon de consommer résumée en quatre mots : « posséder moins, utiliser plus. »

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