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À Saint-Jean-Bonnefonds, LSE fait pousser l’insertion

• Xavier Alix
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Elle vient de lancer sa production maraîchère qui vise le bio, sur 4 ha, à Saint-Jean-Bonnefonds. L’entreprise d’insertion professionnelle Loire Services Environnement (LSE) donne ainsi un grand coup d’engrais à son activité. If Saint-Etienne est allé voir ce qui se sème sous ses serres.  

En attendant, que tous les équipements soient en place, l’arrosage est effectué à la main, avec des tuyaux. Au premier plan, Cédric Ducrot, encadrant travaillant avec un des cinq salariés en insertion. Photo If Saint-Etienne Xavier Alix

Les courgettes auront bien deux semaines de retard. Mais finalement, les terribles gelées d’avril n’auront eu qu’un impact limité ici. Dans ce jardin maraîcher, tout est frais. Et il y a encore tellement à faire pour optimiser ces 4 ha. Chaque jour cependant, le chantier avance. Geste par geste. Sous les serres, par exemple, la mise en place de l’irrigation par aspersion se poursuit. En attendant, c’est le système « D » qui tient la corde. Les tuyaux de la débrouille, ici, ça se connaît.

Les trois petites machines agricoles ? « Juste quelques bouts fer à l’origine. Nous les avons fabriquées nous-mêmes, accompagnés par L’Atelier paysan. On a ainsi tous appris quelque chose. Les salariés en insertion. Et nous, aussi », constate Cédric Ducrot. Âgé de 27 ans, formé au CFPPA de Montravel à Villars, Cédric est le Saint-Jeandaire de l’étape. Il est surtout l’un des deux encadrants professionnels de l’exploitation embauchés il y a 7 mois par Loire Services Environnement (LSE).

Cinq salariés en insertion professionnelle recrutés

Son collègue et responsable de l’exploitation se nomme Jean-Philippe Quiblier. « Nous sommes partis de zéro, d’une page blanche », raconte cet ancien horticulture, âgé de 54 ans. Jusqu’au terrassement et aux clôtures qui entourent ce terrain loué à Saint-Etienne Métropole. Il servait jusque-là de pâturage. C’était au mois d’octobre. Après avoir planché sur la faisabilité du projet, Jean-Philippe a décidé de stopper son activité située à Bourg-Argental pour intégrer le monde associatif. Ce sont ses serres qui ont été démontées. Puis remontées ici l’hiver dernier. Pièce par pièce.

Jean-Philippe Quiblier, responsable de l’exploitation pour LSE et Cédric Ducrot. Ex horticulteur, le premier a plaqué son activité pour travailler dans le monde associatif. Photo If Saint-Etienne Xavier Alix

Deux structures jumelles pour quatre serres qui totalisent 1 600 m2 sous abris. Cinq salariés en insertion professionnelle recrutés par LSE s’y affairent 28 heures par semaine sous la direction du duo d’encadrants depuis maintenant des mois. Peu loquaces sur leur nouvelle activité, ils ont pourtant l’air d’apprécier le labeur. « Un signe qui ne trompe pas, c’est qu’il n’y a jamais d’absentéisme non justifié. Et cela, même quand il a fallu monter les serres cet hiver, tôt le matin, par grand froid. Ils forment une équipe, sont autonomes, fiers de ce qu’ils font. Ça se passe bien », observe Jean-Philippe Quiblier.

Quatre des cinq salariés en insertion engagés au sein du jardin. Ils travaillent actuellement à la mise en place du système d’arrosage par aspersion.
Photo If Saint-Etienne Xavier Alix

A terme, une quarantaine de différents légumes seront cultivés

« Je pense que l’on a tous ça en nous, les êtres humains. L’agriculture, on a fait ça en très grande majorité pendant des millénaires. Alors cultiver, ça nous vient vite. Je trouve que c’est plus naturel, plus instinctif que de travailler sur un ordi ou une machine-outil. Alors, oui, l’apprentissage, ça peut aller vite. »

Cédric Ducrot, encadrant du Jardin pour LSE

A terme, une quarantaine de différents légumes seront cultivés au sein de l’exploitation. Y compris en extérieur où 1,5 ha a déjà été travaillé. On discute d’ailleurs en ce moment du petit tracteur que l’on attend. Ou encore des patates qu’il faudrait songer à sérieusement planter. Avant de s’occuper des tomates mi-mai. Celles sous serres peuvent déjà l’être. Les jeunes plants attendent d’ailleurs, protégés par une température qui atteint les 35°C au sol, les 45°C sous plafond. Le sursaut hivernal rend le contraste avec l’extérieur saisissant.

Le processus de « conversion » bio est déjà là

Bien protégées, elles, les premières plantations sous serres arrivent justement à maturité. « On a d’emblée entamé le processus de conversion vers le bio. Ce qui signifie que nous utilisons des produits bio ou des produits utilisables en agriculture biologiques. Mais avant d’avoir le label, il faudra du temps. Et il y a des solutions à trouver », explique Jean-Philippe Quiblier. « Moi, si ça n’avait pas été pour faire du bio, je ne serais pas là, en rit sans plaisanter Cédric Ducrot. C’est une question de respect pour la nature, jusqu’au soin apporté au travail de la terre, à la biodiversité qu’elle contient. Mais aussi de respect pour nous, pour ce qu’on mange. »

Les 3,5 ha sont situés rue de Chaney à Saint-Jean-Bonnefonds. Devant les serres, deux des machines agricoles construites par les salariés eux-mêmes. Photo If Saint-Etienne Xavier Alix

Salades, épinards et les blettes aussi, seront bientôt prêtes à la récolte. Petits pois et oignons blancs suivront de près. Sur la première année, la production est estimée à 14 tonnes. Dans un premier temps, elle sera écoulée en interne et à des « réseaux amis ». Créé en 1993, LSE est en effet l’entreprise d’insertion lancée par un poids lourd historique du monde associatif stéphanois : l’Agasef*. Sa soixantaine de salariés travaille sur la protection de l’enfance, la prévention et donc l’insertion, entre autres via LSE.

« Nous visons 150 000 € de ventes annuelles d’ici quelques années »

L’association a l’habitude des outils. Mais pour de chantiers liés à la restauration et à l’entretien des espaces verts, naturels et publics. Pour des particuliers parfois. Surtout pour la SNCF, les Villes de Saint-Étienne, Firminy, Sorbiers ou encore Saint-Jean-Bonnefonds. En 2020, elle comptait 27 CDDI (contrat à durée déterminée d’insertion) cumulant 21 230 heures en insertion. Des contrats aux montants très subventionnés par l’Etat.

« Avec le jardin maraîcher de Saint-Jean-Bonnefonds, nous allons considérablement augmenter notre activité. 15 000 heures de travail par an vont s’ajouter, se réjouit Serge Grossepièce, responsable de service de LSE pour l’Agasef. Nous espérons, à partir de 2023, une fois le rythme de croisière atteint par le jardin, augmenter d’environ 80 % notre chiffre d’affaires actuel de 360 000 € (ce qui inclut les aides d’État aux contrats, NDLR). Nous visons, d’ici quelques années, un total de vente annuelles de légumes atteignant 150 000 €. »

« La distribution nous fait moins peur que la production »

Un beau défi qui espère surfer sur un mode de consommation alimentaire plus conscient. Et donc l’accélération de l’appel aux circuits courts. Défi qui réclame aussi, d’une certaine façon, de mettre la charrue avant les bœufs. « Dans un premier temps, vous êtes forcés de lancer une production sans avoir des débouchés nets pour montrer ce que vous avez à vendre ! En fait, la distribution nous fait moins peur que la production. Si vous annoncez des paniers variés type Amap, si vous signez des contrats, derrière, il faut assurer. On le fera. »

Le projet est d’ailleurs né d’une perspective ouverte par Marc Chavanne, le maire de Saint-Jean-Bonnefonds. La mairie aimerait « localiser » ce qui se présente dans l’assiette de ses écoliers. 300 repas par jour sont en jeu. Mais il faudra du temps encore pour prendre part à l’approvisionnement. On ne passe pas du jour au lendemain de carottes pré découpées en sachets livrées aux services municipaux par un grand compte à celle de légumes de saison venant de sortir de terre et qu’il faut nettoyer. Une nouvelle gestion et une étape de transformation considérable s’ajoutent.

Les premières récoltes sont imminentes. Photo If Saint-Etienne Xavier Alix

Un investissement de 215 000 € soutenu par l’Etat

Alors, en attendant, LSE travaille à des pistes de ventes : paniers type Amap, vente sur place, partenariats avec des structures locales comme De la ferme au quartier. Heureusement, il y a le vaste réseau de l’Agasef pour initier l’écoulement. Mais il faudra faire plus. Surtout que 215 000 € seront au final investis dans le jardin. Il reste encore à trouver des financements auprès de fondations. Suez est par exemple sollicitée.

Mais fonds propres et emprunts ont déjà permis de s’ajouter à un appui des pouvoirs publics conséquent, outre 5 000 € d’un club d’investisseurs solidaires du Pilat. 20 000 € du conseil régional, 2 500 de Saint-Jean-Bonnefonds et surtout, 70 000 de l’Etat dont 40 000 via le plan France Relance.  Le projet a été sélectionné pour ses objectifs sociaux, RSE, les emplois créés.

« Nous aimerions qu’un public plus féminin travaille sur ce jardin »

« Il y a de multiples intérêts, au-delà même de la démarche de réinsertion d’un public éloigné de l’emploi. Nous contribuons à une meilleure alimentation de la population. Mais aussi à une prise de conscience dans ce domaine du public que nous accompagnons. Nous réfléchissons d’ailleurs à la vente des paniers à prix réduit parrainés par d’autres acheteurs. Ils seraient destinés à des consommateurs en difficulté. »

Serge Grossepièce, responsable de service LSE pour l’Agasef

Enfin, « même si ce n’est pas le cas actuellement, nous aimerions qu’un public plus féminin travaille sur ce jardin. Nos employés en insertion sont très très souvent des hommes, nous aimerions que cela évolue. » Les personnes employées par LSE signent des contrats allant de 4 à 24 mois. L’objectif est de les sortir d’une spirale négative avec des temps partiels à 28 h. Il s’agit de les accompagner vers une insertion durable sur le marché du travail.

*Association de gestion de l’action sociale des ensembles familiaux, est une association loi 1901 du secteur social.

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