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Agressions sexuelles : les Mines dans la peau des victimes

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Une start-up lyonnaise, Reverto a développé pour l’établissement d’enseignement supérieur stéphanois une solution en réalité virtuelle scénarisée qui lui est spécifique. Elle permet de se mettre à la place d’une étudiante victime de violences sexistes et sexuelles. Une œuvre de prévention très innovante qui, selon l’entreprise, fait ses preuves. Chaque première année de l’école des Mines y sera désormais confronté dans le cadre d’une séance d’éducation aux violences sexuelles.

La dernière scène, dans sa chambre, fait comprendre que Léa, le personnage que vous incarnez, a subi un rapport non désiré. ©Reverto/IMT

A Saint-Etienne, comme ailleurs, Léa existe. Fatalement car « les études montrent qu’une étudiante sur 10 a été victime au moins d’une agression sexuelle durant son cursus et une sur 20 déclare avoir été victime d’un viol », rappelle Manon Bruncher, directrice générale de Reverto. Dans la solution virtuelle spécifiquement développée par la start-up lyonnaise pour l’Institut Mines Télécom (IMT), Léa n’est que le personnage principal d’une fiction. Mais ce que montre cette dernière correspond bien à une sombre réalité.

Créée par Guillaume Clere en 2018, Reverto – une dizaine de salariés – allie la vidéo 360° et la réalité virtuelle pour développer des solutions scénarisées de sensibilisation au harcèlement sexuel. Elle a fait parler d’elle en septembre dernier quand le ministre de la Justice, Éric Dupont-Moretti a présenté à Poitiers l’adoption d’un de ses dispositifs pour lutter contre les violences conjugales. Dans ce cas, le film visible par le casque de réalité virtuelle vise à ce que les conjoints violents se mettent à la place des victimes. Les solutions développées par Reverto vous font voir les choses, les dialogues, les actes à travers les yeux de la victime, comme s’il s’agissait de vous.

L’efficacité de l’effet Proteus

Nos solutions visent à provoquer de l’empathie, faire ressentir aux auteurs ce que ressentent leurs victimes

Manon Bruncher, directrice générale de Reverto

Sélectionnés pour leur risque estimé de récidive, trente détenus volontaires de Lyon, Meaux et Villepinte vont ainsi participer à une expérimentation d’un an. Une étude publiée dans la bible des revues scientifiques internationales, Nature, en 2018 montre l’efficacité de tels dispositifs. « Nos solutions visent à provoquer de l’empathie, faire ressentir aux auteurs ce que ressentent leurs victimes. C’est ce qu’on appelle l’effet Proteus, explique Manon Bruncher. Des recherches ont montré que, plongée dans l’incarnation d’un personnage vidéo ou télé, une personne s’approprie les caractéristiques de celui-ci. »

Dans le cas des violences conjugales, deux séances en réalité virtuelle équivaudraient à dix séances de thérapie classiques, selon Reverto. La méthode ferait retenir 80 % des informations dispensées contre à peine 15 % via un simple PowerPoint suivi dans une salle. Reverto travaille donc pour l’administration pénitentiaire mais aussi dans le domaine du harcèlement scolaire et enfin, pour les établissements d’enseignement supérieur autour de la prévention des violences sexistes et sexuelles.

Tourné dans les locaux des Mines avec ses étudiants

La journée de tournage s’est déroulée dans les locaux stéphanois des Mines. ©Reverto/IMT

A Saint-Etienne mais aussi pour son campus de Gardanne (Paca), l’Institut Mines Télécom (IMT) a ainsi fait appel au printemps dernier à la start-up. L’un des volets de la « Mission diversité » créé au sein de l’établissement phare de Saint-Etienne porte sur l’égalité homme/femme. « Parmi les chantiers que nous avons engagés depuis 2020, il y a la prévention des violences sexistes et sexuelles, explique Hélène Pangot préfète des études aux Mines de Saint-Etienne et responsable de cette mission. Cela correspond à une actualité, une prise de conscience à l’échelle du pays mais aussi à la demande du ministère dans le cadre d’un plan de lutte national. »

Reverto a ainsi tourné son film 360° dans les locaux stéphanois de l’IMT avec, certes quelques comédiens professionnels pour les personnages principaux mais aussi une vingtaine d’étudiants figurants. Les associations étudiantes WoMines et CominesOut ont été associées au projet. L’objectif est d’être au plus prêt de la réalité. Présentée mardi soir, la solution virtuelle est prête. Nous avons mis un casque virtuel à cette ocassion pour la tester…

On se retrouve ainsi dans la peau de Léa, une première année apparemment assez réservée mais pas isolée. Depuis une salle de classe entre les remarques sexistes de l’enseignant en mathématiques, accompagnées des chuchotement graveleux de certains camarades masculins, jusqu’au foyer étudiant, son entourage l’incite, voire lui met la pression, pour qu’elle vienne enfin à sa première soirée étudiante. La jeune fille s’exécute, reçoit plus tard lors de la fête des remarques relevant du harcèlement. Avant d’être confrontée à une scène d’agression sexuelle. La dernière scène, dans sa chambre, fait comprendre qu’elle a subi, très éméchée par l’alcool, un rapport non désiré.  

Les situations se vivent avec un casque virtuel à travers les yeux du personnage principal : Léa. ©Reverto/IMT.

Une formation obligatoire pour les étudiants des Mines

Le film de 20 minutes tourne donc autour de la notion de consentement. C’est d’ailleurs son nom. Il met successivement en avant des situations permettant de cerner, différencier et définir tour à tour ce qu’est l’outrage sexiste, le harcèlement sexuel, l’agression sexuelle puis le viol. Les peines encourues, les solutions d’assistance qui s’offrent aux victimes, les réactions à avoir – y compris en tant que témoins – sont ensuite rappelées et enseignées, entre autres, via un module interactif qui suit le scenario. Tout cela sans bouger de sa chaise grâce au casque de réalité virtuelle.

La solution sera exclusive à l’IMT et l’ensemble du réseau Télécom en France. Et « à partir de cette année, de mi-novembre à décembre, elle permettra à tous nos primo-étudiants (environ 140 élèves dont en moyenne 25 % de femmes, Ndlr) de bénéficier d’une formation obligatoire, précise Hélène Pangot. Nous allons former notre personnel pour accompagner son utilisation, à raison de trois encadrants pour 14 étudiants. Nous ajouterons une assistance médico-sociale, psychologique, notamment au cas où cette sensibilisation ferait remonter des expériences graves à certaines ou certains élèves. »   

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