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vendredi 21 juin 2024
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Alternatives à l’A45 : « L’Etat nous doit bien ça ! »

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Animé et présidé par l’adjoint Lionel Boucher, le groupe de réflexion (« think-Tank ») Saint-Etienne Génération Envie (Sage) veut remettre l’amélioration des liaisons entre la Loire et Lyon sur la table. « Parce que, dit-il, rien n’avance depuis l’abandon du projet autoroutier », la soirée « Et si nous relancions le débat sur l’A45 et les alternatives ? » invite à assister aux échanges le 16 mars entre politiques et représentants du milieu économique. Entretien.

Lionel Boucher, président de l’UDI Loire, adjoint municipal stéphanois chargé des animations et de la logistique

Des politiques annoncés à la table de ces discussions donc, parmi lesquels Georges Ziegler, président du Conseil départemental de la Loire et Christophe Geourjeon, conseiller régional et conseiller métropolitain à Lyon. Côté économique, le Sage promet la présence d’Irène Breuil, présidente de la CCI de Saint-Etienne, de Daniel Villareale, président de la CPME Auvergne Rhône Alpes ou encore d’Adrien Dessailly, président de la Capeb. Benoît Fabre, président du Medef devrait aussi se joindre à eux.

Lionel Boucher, expliquez-nous ce qu’est le « Sage ».

« C’est un groupe de réflexion au statut associatif créé il y a quelques années et que j’anime. Il n’y a pas d’adhésion, pas de cotisation, chacun paie personnellement sa consommation lors des soirées. Le Sage n’est absolument pas lié à mon engagement au sein de l’UDI, n’a pas d’objectif politique partisan et n’est pas une émanation de la municipalité stéphanoise. Si nous sommes quelques-uns à y être réellement actifs, on ne compte pas loin d’une centaine de personnes à suivre régulièrement nos propositions. Nous ne cherchons pas à toucher les extrêmes mais tous les points de vue sont bienvenus. Lors d’une précédente soirée, la plupart de syndicats, y compris dit de « lutte » étaient représentés. On aborde des questions de société dans un contexte stéphanois, comme récemment le don d’organes ou les femmes en politique. »

Cette fois-ci, il sera question de l’A45, ou plutôt de la réalisation de ses « alternatives » annoncées dans la foulée de son abandon1 afin d’améliorer la liaison Saint-Etienne/Lyon. Pourquoi revenir sur ce sujet ?

« Parce que cela va faire bientôt cinq ans ! Cinq ans que l’Etat a promis de réorienter la somme publique (400 M€, Ndlr) qu’il avait prévue pour aider le futur concessionnaire à sa réalisation, sur des alternatives. Depuis les réunions, les comités de pilotage qui réunissent élus et techniciens, les études, les enquêtes, se succèdent mais rien ne se passe concrètement. En 2018, l’Etat a manqué à sa parole en abandonnant plus qu’un projet, publiquement encouragé par deux Présidents de la République : Nicolas Sarkozy et François Hollande. Appuyé, en plus, par la promesse du Département et de Saint-Etienne Métropole puis de la Région d’y contribuer à hauteur de 400 M€ à eux trois. Cela dans un contexte, déjà, de raréfaction de l’argent public. A chaque fois, il ne manquait qu’une signature avant qu’un troisième Président ne l’enterre brusquement… Alors, que l’on ait été pour ou contre l’A45, l’Etat nous doit bien ça : améliorer significativement nos infrastructures. »

Nous ne sommes pas dans une maquette Playmobil, il y a des vrais besoins, des besoins urgents !

Vous considérez les infrastructures de liaison entre Saint-Etienne et Lyon toujours aussi handicapantes pour notre territoire ?

« C’est une évidence ! Le problème reste entier. Le fait que les milieux économiques soient présents ce jeudi à notre soirée démontre que cela reste une préoccupation centrale. L’A47, sur fréquentée aux heures de pointe, accidentogène, anxiogène pour 70 000 conducteurs chaque jour, avec tous ses bouchons, a besoin d’une requalification profonde. Le potentiel énorme du ferroviaire est mis de côté : même si cela réclame des investissements énormes – c’est justement le sujet –, il faut parvenir à davantage de possibilités pour les voyageurs et transférer du fret routier sur les rails. Enfin, donner aussi aux Ligériens la possibilité de rejoindre l’aéroport de Saint-Exupéry de manière efficace. On attend des vraies décisions pour de vraies réalisations, pas des idées farfelues comme l’Hyperloop. »     

L’Etat souhaitait transmettre la gestion de l’A47 à Saint-Etienne Métropole. ©If Média/Xavier Alix

Pourquoi cet appel du pied, maintenant ?

« On a l’impression, et ce n’est sans doute pas qu’une impression, que le temps passe et que finalement, comme avec l’A45, inlassablement, on se fiche de nous. Quand on voit les échanges depuis cinq ans et l’absence de résultats… Nous ne sommes pas dans une maquette Playmobil, il y a de vrais besoins, des besoins urgents ! Peut-être que les choses avanceraient beaucoup plus vite avec un homme politique ligérien d’ampleur nationale. Nous ne l’avons pas. Nous avons eu Pascal Clément et il a obtenu l’A89. La Haute-Loire a eu Jacques Barrot puis Laurent Wauquiez et on peut manger sur le revêtement de leurs routes. Alors, bougeons-nous et, en l’absence d’homme providentiel, soyons collectif. C’est le moment. »

C’est-à-dire ?

« Il y a eu des changements politiques majeurs à la tête des exécutifs côté Rhône, jusque-là rétifs à une collaboration avec la Loire au sujet des liaisons : Mercier et Collomb ne sont plus là. Ok, Doucet et Bernard ne risquent pas de payer pour la route mais pour du ferroviaire entre nous et eux, en revanche oui. Il y a une nouvelle préfète de région qui s’appelle Fabienne Buccio et qui a été préfète de la Loire il n’y a pas si longtemps. Elle a déjà parfaitement conscience de la problématique. Il y a, enfin, les annonces d’Elisabeth Borne d’investissements sur le ferroviaire et celle d’Emmanuel Macron sur les 10 RER dans les métroples : il serait tellement logique d’en accorder un à la Loire en raison des échanges quotidiens entre Saint-Etienne et Lyon et parce que nous avons été victimes du revirement spectaculaire de l’Etat sur l’A45. Encore une fois, il nous doit bien ça ! »

La Haute-Loire a eu Jacques Barrot puis Laurent Wauquiez et on peut manger sur le revêtement de leurs routes

Impossible de voir l’A45 sortir du cercueil ? On n’en serait pas à un revirement près…

« Effectivement, sait-on jamais au regard du retournement spectaculaire décidé par le gouvernement il y a cinq ans… Je note que dans les documents d’urbanisme d’Etat, la bande est toujours disponible contraignant toujours, on ne sait même pas pourquoi, les plans locaux d’urbanisme dans le sud Loire ! En réalité, l’abandon n’est donc même pas inscrit dans les documents officiels. Maintenant, il ne s’agit pas pour le Sage de réclamer le retour de ce projet mais des améliorations, des vraies. L’objectif, c’est de gagner du temps de parcours, au moins 20 min. C’est fou de mettre 3 h pour aller à Paris, dans le meilleur des cas en en gaspillant une entre Saint-Etienne et Lyon. »

L’Etat a dit qu’il mettrait les 400 M€ prévus à l’origine pour la subvention d’équilibre de l’A45. Mais en considérant que Région, Département et Métropole donneront, aussi, les 393 M€ promis à eux trois. Quand on voit que le doublement du pont de Givors est envisagé pour un coût fatalement astronomique, et que ces mêmes collectivités, furieuses de l’abandon de l’A45 ont écarté un financement des alternatives, n’est-ce pas une gageure ?

« La réaction des trois collectivités, après avoir montré autant de bonne volonté, prêtes à emprunter pour ce dossier, a été logique : on les a trahies. Maintenant, du temps a passé et le problème reste entier. Je suis convaincu que l’on peut se montrer pragmatique. Mais à l’Etat de fournir d’abord des efforts significatifs, d’envoyer des signaux positifs majeurs. Quand il le veut, l’argent est là. Le gouvernement enchaîne les annonces sur des investissements majeurs de mobilité, c’est le moment qu’il se rappelle de nous, ce qu’il nous a fait, ce qu’il nous doit. Manifestons-nous. »

« Et si nous relancions le débat sur l’A45 et les alternatives ? » le 16 mars à 19 h au Glasgow, place de l’Hôtel-de-ville à Saint-Étienne. Entrée gratuite.

1 Le 17 octobre 2018, Elisabeth Borne alors ministre des Transports déclarait l’abandon de l’A45.

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