Saint-Étienne
jeudi 30 juin 2022
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C’est historique : la Saur remplace la Stéphanoise des eaux sur Saint-Étienne et au-delà

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30 ans que le marché de la production et de la distribution de l’eau sur la ville de Saint-Etienne (auquel s’est ajoutée La Tour-en-Jarez) était dans les mains de la filiale de Suez. Le contrat, arrivant à échéance, a été remis sur la table mais le mode de gestion maintenu en délégation de service public (DSP) selon une décision de Saint-Étienne Métropole en janvier 2021. If Saint-Etienne avait consacré un dossier en deux épisodes sur ce sujet très débattu. La compétence eau appartient désormais en effet au conseil communautaire. Le nouveau marché sur 13 ans signé avec la Saur concerne d’ailleurs 11 autres communes de l’agglomération…

Clap de fin pour cet épisode-là. Il aura tout de même duré trois décennies. C’est en 1992 que la municipalité François Dubanchet avait signé le fameux affermage de 30 ans ayant fini par provoquer la démission de ce dernier deux ans après. L’eau stéphanoise était alors devenue l’une des plus chères de France… La majorité avait été accusée de créer un impôt sur l’eau en raison d’un droit d’entrée approchant les 60 M€ ayant servi à éponger ses dettes. Somme finalement répercutée sur la note des Stéphanois qui avait donc explosé.   

Depuis, sous les municipalités Vincent puis Perdriau, des avenants (le dernier en 2019), ont fait baisser ce prix en plusieurs étapes. Il est actuellement à 1,39 € TTC le m3 (contre 4,18 € TTC à Fontanès, pour le plus élevé de la métropole) pour les Stéphanois et La Tour-en-Jarez. « Il s’agit du tarif le moins cher des grandes communes françaises », insiste Gaël Perdriau. Mais ce marché arrivait à échéance en octobre. Or, Saint-Etienne Métropole cherche à rendre plus cohérent (y compris en termes de prix) le puzzle complexe que représente la gestion de l’eau sur son territoire : l’intercommunalité a en effet récupéré la compétence « eau potable » aux communes il y a seulement six ans. D’autres villes que Saint-Etienne relevant de la station de production d’eau potable de Solaure voyant leurs contrats s’achever cet automne, le conseil communautaire a proposé de les intégrer dans un projet de DSP, délégation de service public.

Stéphanoise des eaux, Veolia et la Saur : le trio qui était sur les rangs

Communes auxquelles s’ajoutent Sorbiers, Saint-Jean-Bonnefonds et La Talaudière, jusque-là réunies, elles, par une régie intercommunale créée il y a… quatre ans. La décision leur a été imposée par la majorité, provoquant il y a un an leur colère ainsi que leur opposition. L’idée de repartir sur une DSP, basée sur les conclusions du cabinet lyonnais Jean-Raphaël Bert avait d’ailleurs fait débat. Rapport jugé tronqué par des élus d’opposition comme Pierrick Courbon. Ou encore par un collectif composé de deux associations, Citoyens et Citoyennes Libres de la Loire et Eaux et services publics jugeant ses conclusions orientées, manquant de clarté et une DSP théorisée peu favorable aux petits consommateurs : « La régie intercommunale de La Talaudière/Saint-Jean-Bonnefonds/Sorbiers garantissait une part fixe à 15 € contre 45 € à Saint-Étienne… »

La décision reste à voter dans quelques jours en Conseil communautaire. Mais elle a obtenu un avis favorable, à l’unanimité, des 53 maires.

Gaël Perdriau, président de Saint-Etienne Métropole.

Le collectif a cherché a prolongé le débat, parlant d’engager lui-même une expertise parallèle. En attendant, l’affaire est de toute façon définitivement tranchée. L’appel d’offre sur cette DSP a donné lieu à des mois, outre les visites et consultations des communes, de négociations totalisant 27 réunions avec les entreprises, neuf par candidat. La Stéphanoise des eaux, Veolia et la Saur sont en effet les trois à avoir répondu sur cet enjeu de taille : 13 communes* donc, 118 000 abonnés pour 12 millions de m3 distribués chaque année. « La décision prise à la suite des ces échanges reste à voter dans quelques jours en Conseil communautaire. Mais elle a obtenu un avis favorable, à l’unanimité, des 53 maires », souligne Gaël Perdriau, président de Saint-Etienne Métropole.

Bernard Bonnet, vice-président en charge de l’eau à Saint-Etienne Métropole, détaillant mardi le nouveau marché aux côtés de son président Gaël Perdriau et Andonella Flechet, vice-présidente en charge de l’assainissement. ©If Media/Xavier Alix

Un contrat signé pour 13 ans et trois mois

C’est donc la Société d’aménagement urbain et rural (Saur), groupe français plus modeste et davantage spécialisé dans l’eau, même s’il a d’autres activités, que Veolia et Suez (dont cette activité est assurée par des filiales), dont le principal actionnaire est cependant un fonds d’investissement suédois, qui est sortie vainqueure de ces tractations. La Stéphanoise des eaux remporte cependant parallèlement le marché de prestations, en groupement avec FMI Process, d’une grande partie de l’assainissement – passant là en régie publique – de Saint-Etienne Métropole sur lequel nous reviendrons. Le contrat avec la Saur est signé pour 13 ans et 3 mois.

1,39 € TTC le m3 : ce sera le prix d’ici 2029, au plus tard, pour toutes les communes concernées.

Bernard Bonnet, vice-président en charge de l’eau à Saint-Etienne Métropole.

Plus de 80 agents de la Stéphanoise des eaux, conformément aux dispositifs en vigueur avec une DSP, pourront donc être transférés à la Saur. Le prix est maintenu à 1,39 € TTC le m3 pour Saint-Etienne et La Tour-en-Jarez. « Ce sera aussi le prix d’ici 2029 au plus tard pour les onze autres communes concernées, annonce Bernard Bonnet, vice-président en charge de l’eau à Saint-Etienne Métropole. Ce principe de convergence, nous l’avons voté en juin. Pour Fontanès, l’eau la plus chère de la métropole, la baisse est de 67 %. » Et pour Saint-Jean-Bonnefonds ou La Talaudière, autres exemples sans doute pas choisis au hasard, elle est de 53 %… Un prix qui cependant se verra automatiquement augmenter par l’inflation via un calcul automatique, basé sur une théorie de + 2 % par an…

1 112 km de réseaux pour lesquels la Saur payera un droit d’occupation sont concernés.

Là où la Saur a fait la différence

Qu’est-ce qui a fait la différence entre la Saur et ses concurrents ? Une note de 89,08 sur 100 sur l’ensemble des trois critères définis par la collectivité, la Stéphanoise arrivant 2e avec 85,29 et Veolia 3e avec un peu plus de 84. « Nous avions décidé que la réponse sur le prix compterait pour 50 %, celle technique à 45 % et, c’est innovant, des exigences sur le développement durable pour 5 % », détaille Bernard Bonnet. La Saur annonce en effet une hausse du rendement actuel du réseau de 80 % en moyenne sur les 13 communes à plus de 87 % (l’objectif était de 85 %). Mais aussi de la station de Solaure, principale usine de production, propriété de Métropole taillée pour produire deux fois plus d’eau qu’à l’heure actuelle, avec la promesse de passer de 93,6 % à 96,1 %.

Moins de gâchis donc, grâce à la technique. Moins de ponction dans les barrages du Pas-du-Riot (Pilat) et de La Valette (Haute-Loire), aussi du coup puisqu’une année de consommation entière sera économisée sur ces 13 ans. « Nous étions partis sur deux durées théoriques : six ans et neuf mois ou 13 ans et trois mois. C’est la seconde option qui a été retenue. La nouvelle DSP généralise la télé-relève et les entreprises disaient ne pas pouvoir y parvenir en six ans, justifie Gaël Perdriau. Et puis, remettre le couvert pour de nouvelles négociations si lourdes, aussi rapidement, au bout de quatre ans… » Les travaux d’investissement sur le réseau seront, eux, payés par Métropole au rythme de 3 à 5 M€ par an mais sans que cela n’influe sur la note des abonnés (il s’agira de la « part métropole ») contre un peu plus de 2 M€ actuellement.

200 000 heures d’insertion par l’emploi

La ligne développement durable, sur laquelle la Saur est là arrivée deuxième, induit non pas la hausse du rendement déjà citée mais une réduction de la consommation énergétique de la part de l’entreprise retenue dans le cadre de sa DSP, ou encore la garantie que ses véhicules seront tous, soit électriques, soit hybrides. Dans ce même chapitre, est intégrée une clause d’insertion par l’emploi correspondant à 135 équivalents temps plein, soit 200 000 heures. « Le mois qui vient de s’écouler a été extrêmement lourd pour les élus et les services », souligne Gaël Perdriau. Et pour cause : des annonces prochaines autour de la compétence de Métropole des transports en commun qui viennent aussi de découler de négociations avec le privé sont à attendre. A suivre…

*Fontanès, La Gimond, La Talaudière, La Tour-en-Jarez, L’Étrat, Roche-la-Molière, Saint-Genest-Lerpt, Saint-Héand, Saint-Jean-Bonnefonds, Saint-Priest-en-Jarez, Sorbiers, Villars et donc Saint-Étienne.

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