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Comment réduire le taux de pauvreté à Saint-Etienne ? (3/3)

• Cerise Rochet
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A Saint-Etienne, le taux de pauvreté n’a cessé d’augmenter pour atteindre 26% en 2018, soit quatre points de plus que six ans auparavant. Est-il possible d’enrayer ce phénomène qui pèse sur la ville, et si oui, comment ? Deux politiques stéphanois nous parlent de leur stratégie.

Jean-Pierre Berger © Ville de Saint-Etienne

Jean-Pierre Berger : « Remédier au déficit d’image, développer l’attractivité, et améliorer le pouvoir d’achat des Stéphanois »

Jean-Pierre Berger est l’actuel adjoint au maire en charge de l’urbanisme et du logement de la Ville de Saint-Etienne.

IF : Il y a quelques mois, la publication par l’Insee de données révélant le fort taux de pauvreté de la métropole, confirmant la tendance déjà à l’œuvre dans la ville de Saint-Etienne, vous a-t-elle surpris ?

Jean-Pierre Berger : Non, ce n’est pas une surprise. Cela correspond au diagnostic que nous avions fait en 2014, lors de notre arrivée à la municipalité : 50 000 habitants de moins en 50 ans, une forte vacance des logements, une évasion de ceux qui peuvent partir, et une forte paupérisation du cœur de ville.

IF : Depuis votre arrivée aux affaires, justement, vous avez très certainement mis en place une stratégie, pour endiguer le phénomène. Quelle est-elle, et comment se fait-il qu’elle ne produise pas d’effet ?

J.-P. B. :Bien sûr, nous suivons une stratégie. D’abord, il nous a fallu, pour enrayer l’hémorragie démographique, travailler sur le commerce, la sécurité, la propreté, pour changer l’image de la ville, et la rendre attrayante. Ensuite, améliorer le pouvoir d’achat des Stéphanois, ainsi que leurs conditions de vie. Troisième chose, fixer les classes moyennes et supérieures dans la ville, et enfin, attirer les nouvelles populations, notamment en permettant à des séniors partis il y a 15 ans de revenir. C’est une approche en quatre axes… Dont les résultats peuvent mettre 15 ans à arriver. Il faut être opiniâtre. Mais nous avons gagné 3000 habitants en 4 ans, ce qui veut sans doute dire que notre stratégie fonctionne.

Il faut être opiniâtre. Mais nous avons gagné 3000 habitants en quatre ans, ce qui veut sans doute dire que notre stratégie fonctionne.

Jean-Pierre Berger
IF : Vous parlez d’améliorer le pouvoir d’achat des Stéphanois. Par quel moyen ?

J.-P. B. : Par la rénovation urbaine, par exemple, qui permet à termes aux habitants de réaliser des économies d’énergie. Ou par l’abonnement STAS mensuel à 10 euros pour les personnes à plus faibles revenus, que nous venons de mettre en place.

IF : Vous le disiez, la pauvreté existe beaucoup dans le cœur de ville. On peut même dire qu’elle est assez concentrée. Avez-vous engagé un travail pour mettre en œuvre davantage de mixité sociale ?

J.-P. B. : A l‘échelle de la Métropole, c’est une chose sur laquelle nous sommes en train de travailler en effet. Nous partons du postulat que les personnes modestes peuvent aussi avoir le droit de vivre dans les communes périphériques, et que les difficultés ne peuvent pas, à l’inverse, concerner uniquement la ville-centre. Nous sommes en pourparlers avec plusieurs maires de la métropole, pour mettre en route une construction de logements sociaux dans leurs communes, et ainsi, créer cette mixité sociale.

IF : Certains sociologues soulignent le fait qu’en attirant de nouvelles populations dans les villes, le risque est d’assister progressivement à une gentrification de certains quartiers. Êtes-vous vigilants là-dessus ?

J.-P. B. : Notre premier objectif est surtout d’améliorer le confort et le niveau de vie des gens. Ce que l’on appelle la « boboïsation », peut en effet être une question, notamment sur le cœur de ville, mais honnêtement… Je n’y crois pas trop. Nous ne sommes pas à la Croix Rousse, on a du temps devant nous, avant que cela n’arrive.


Isabelle Dumestre : « D’abord une ville apaisée, ensuite le rayonnement »

Isabelle Dumestre est conseillère municipale et métropolitaine d’opposition, présidente du groupe Saint-Etienne Demain

IF : 26% de taux de pauvreté à Saint-Etienne… Comment, selon vous, bâtir un programme politique pour enrayer ce phénomène ?

Isabelle Dumestre : En allant voir ailleurs, comment les choses se passent. L’an dernier, pour bâtir notre programme en vue des élections municipales, nous nous sommes intéressés à des villes comme Glasgow, en Ecosse, ou Dunkerque, plus proches de nous. Les villes au passé industriel fort ont pour beaucoup connu des périodes de déclin. Certaines s’en sont sorties, il faut s’en inspirer.

IF : Votre liste n’a pas été choisie par les Stéphanois l’an dernier. Comment, depuis la place d’opposant qui est la vôtre aujourd’hui, jugez vous la stratégie de la municipalité en place pour faire face à la pauvreté ?

I.D. : Je crois que l’approche qui consiste à rendre la ville attractive, notamment pour les promoteurs, peut être intéressante. Mais ce n’est pas forcément raccord avec ce que les Stéphanois attendent, et ce dont ils ont besoin. Des logements, des terrains se vendent ? Tant mieux ! Mais ceux qui achètent vont-ils vivre ici, ou sont-ils des investisseurs ? Il est probable que cela entraine in-fine de la spéculation, et que cela n’améliore pas la ville.

Il est important de penser plus loin qu’un ou deux mandats, mais d’avoir une approche sur plusieurs dizaines d’années.

Isabelle Dumestre
IF : Vous trouvez cette stratégie risquée ?

I.D. : Oui, d’une certaine manière. Le risque, c’est qu’à force d’investissements, les prix soient tellement tirés vers le haut que plus tard, les enfants des Stéphanois ne puissent pas s’y loger. Il est important de penser plus loin qu’un ou deux mandats, mais d’avoir une approche sur plusieurs dizaines d’années. La gentrification ne se développera peut-être pas tout de suite. Mais une fois que les projets et la dynamique sont lancés, il est difficile d’en sortir. Lorsque cette gentrification sera là, il sera trop tard.

IF : Que préconisez-vous, ou qu’auriez vous fait, si vous aviez été aux affaires ?

I.D. : Notre mesure phare était la gratuité des transports en commun, pour redonner du pouvoir d’achat aux habitants… Et leur permettre par ailleurs de vivre dans une ville apaisée, dans laquelle ils auraient a envie de se balader. La ville s’appauvrit : il faut la déprécariser, sortir les gens de la pauvreté, et non y faire venir des populations plus aisées. S’appuyer sur le tissu associatif riche, et s’appuyer sur les habitants eux-mêmes, parce qu’ils ont bien souvent des choses à proposer. Il faut faire avec eux, et non pas les bousculer.

IF : Comment déprécariser une ville ?

I.D. : En attirant des entreprises, qui créeront de l’emploi, par exemple. Mais pas grâce au prix du foncier, ou en baissant les charges… Plutôt en améliorant le cadre de vie, avec des écoles, des parcs. En renforçant les associations, qui parviennent à créer et à entretenir du lien entre les gens issus de classes sociales diverses. En leur mettant des lieux à dispositions. Et, pour tout ça et pour d’autres choses… Il faut renforcer également la démocratie participative, et écouter tout le monde.


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