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Dans l’Ondaine, la police reste désespérément en sous-effectif (partie 1/2)

• Xavier Alix
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Le commissariat de Firminy fait partie de la CSP Ondaine qui ne compte plus que 59 policiers contre 74 en théorie © XA / If Saint-Étienne

Les annonces de l’État à l’été 2019 se voulaient rassurantes. Mais selon les syndicats et le député Dino Cinieri, la situation empire. Il manque une quinzaine de policiers au tableau des effectifs théoriques. Une situation qui fait craindre la disparition pure et simple de la CSP* de l’Ondaine.

Où sont passées les affectations promises depuis l’été 2019 ? Si ce n’est nulle part, elles ne sont pas dans l’Ondaine en tout cas. La nouvelle avait provoqué une levée de boucliers des élus de la vallée : en juillet 2019, alors qu’il manque déjà sept agents au sein des effectifs de la CSP de l’Ondaine, censée fonctionner avec 74 gradés et gardiens (chiffre ne prenant pas en compte officiers et personnel administratif), la commission administrative paritaire de la police nationale annonce, pour la rentrée suivante, une perte de sept agents au jeu des mutations (neuf départs pour deux arrivées).

Une semaine après la diffusion de cette information, le 18 juillet 2019, nos confrères du Progrès évoquent une rencontre « rassurante » entre maires et préfecture. Une réunion en urgence, obtenue par le préfet auprès ministère de l’Intérieur, aurait débouché sur la promesse de l’arrivée pour le mois de décembre, de brigadiers fraîchement sortis de l’école. Un an s’est écoulé. Mais rien n’est venu compenser les pertes prévues ou presque…

« Pour nos collègues, c’est intenable »

« En décembre 2019, avec l’arrivée d’un seul et unique policier, on est malheureusement bien loin des sept renforts annoncés par la Direction Centrale, se navrait le syndicat de police Alliance dans son magazine de juin 2020. Nos collègues ne sont plus assez nombreux pour faire fonctionner le service. La seule solution est désormais de faire appel à des réservistes systématiquement intégrés dans les patrouilles. Un équipage composé d’un titulaire, d’un réserviste et d’un ADS (adjoint de sécurité, N.D.L.R.) est devenu la norme au détriment des règles fondamentales de notre règlement et, bien sûr, de sécurité. »  

« Malgré l’annonce de la préfecture, nous n’avons rien vu venir, effectivement, confirme, dépité, Fabrice Galatioto, secrétaire de l’unité SGP Police FO Loire. Il a d’ailleurs fallu dissoudre un groupe de sécurité de proximité (GSP) à la rentrée 2019, pour se concentrer sur le vital : les brigades de police secours. La CSP ne compte plus qu’une soixantaine d’agents. » Soit une quinzaine de moins que le tableau des effectifs théoriques.

« Personne ne choisit la vallée de l’Ondaine comme affectation, tout le monde veut en partir. »

Fabrice Galatioto, secrétaire de l’unité SGP Police FO Loire

« Pour nos collègues, c’est intenable, ajoute le syndicaliste. Il faudrait, au moins, une vingtaine d’agents de plus pour sortir la tête de l’eau. Or, en termes de délinquance, la vallée de l’Ondaine est très difficile. Leur rythme est donc très dur, surtout qu’ils ne bénéficient pas du même cycle de travail que nous avons obtenu en 2017 pour Saint-Étienne et le Gier où, en gros, les agents ont un week-end sur deux. Dans l’Ondaine, c’est un sur six, en enchaînant des séquences de huit jours d’affilée. Du coup, personne ne choisit la vallée comme affectation, tout le monde veut en partir. Nous souhaitions ce système pour cette CSP mais l’administration nous a dit que ce n’était pas possible. Bien sûr que ça ne l’est pas si, à la base, il n’y a pas les effectifs théoriques. C’est un cercle vicieux. »

« La CSP ne compte plus que 59 policiers »

Pas évident d’obtenir une photographie précise des effectifs quand il s’agit de police nationale. Nous avons pourtant contacté la DDSP (Direction départementale de la sécurité publique) de la Loire pour connaître les statistiques officielles et son point de vue sur ces affectations qui ne viennent pas. En vain. Après relance, ses services nous ont répondu qu’il n’était pas possible de nous recevoir « concernant ce sujet ».

« La CSP ne compte plus que 59 policiers !, rugit avec précision Dino Cinieri, député LR de la 4e circonscription. Et encore, il y actuellement sept agents en arrêt maladie longue durée. On nous présente des tableaux faussés en comptant, par exemple, des ADS mais nous ne sommes pas dupes. Peu importe les étiquettes politiques, moi, comme tous les maires de l’Ondaine, nous nous épuisons à réclamer encore et encore que l’on vienne au secours de notre vallée. Elle a été forgée par des gens valeureux. Elle est frappée de plein fouet par le chômage avec des revenus fiscaux parmi les plus bas de la région. Maintenant, l’État abandonne ses habitants à une insécurité liée à cette paupérisation. On ne parle pas que de petite délinquance, mais aussi de gros trafics de drogue, de policiers violentés, d’attaques à main armé, de grand banditisme. »

« Une fois, dans la cour du Palais Bourbon, j’interpelle Christophe Castaner sur le manque d’effectifs, il me rétorque : « c’est une connerie ! » »

Dino Cinieri, député LR de la 4e circonscription de la Loire

Dino Cinieri assure avoir pourtant « harcelé » l’ex-ministre de l’Intérieur Christophe Castaner de courriers et d’interpellations directes bien avant l’été 2019. « Une fois, dans la cour du Palais Bourbon, je lui reparle des effectifs, il me rétorque : « c’est une connerie ! ». Il y a eu ensuite la promesse non tenue pour décembre 2019. Puis une visio conférence en mai dernier avec les maires de l’Ondaine et le directeur de cabinet de Castaner, où on nous a encore annoncé l’arrivée de policiers en septembre. On les attend toujours. C’est du mépris. » Le député dit avoir sollicité Gérald Darmanin, dès sa prise de fonction à Beauvau. Il lui a adressé un courrier le 15 septembre. Mais « pas de réponse à ce jour. C’est désespérant ! » 

« Cet après-midi là, ils étaient deux à gérer toute la CSP ! » 

Contacté, le maire de Firminy, Julien Luya, ex-attaché parlementaire de Dino Cinieri, assure, de son côté, que les tableaux d’affectation des nouveaux policiers qu’il a en sa possession ne mentionnent même pas la CSP de l’Ondaine, « dans le sens où elle ne leur est même pas proposée ! Quand nous avons suggéré à la préfecture des patrouilles de municipaux aux côtés des nationaux pour le respect du nouveau confinement, on nous a dit : « ok, bonne idée, allons-y ». Mais dans les faits, cela a été impossible, faute d’effectifs suffisants de leur côté. Alors, on les a faites, seuls. »

Il y a deux mois, Julien Luya a constaté, en flagrant délit, un très grand excès de vitesse dans son centre-ville. « La voiture s’arrête à un feu. Je vais relever la plaque, faire des photos. Les gars descendent. C’était chaud. Mais d’autres personnes sortent de leur véhicule à côté, ça calme le jeu. Je vais au commissariat. Et là, je trouve deux policiers débordés, face à une salle d’attente bondée. Cet après-midi là, ils m’ont assuré qu’ils n’étaient qu’eux deux. Non pas pour l’accueil. Ni même à l’intérieur du commissariat. Mais bien deux à gérer toute la CSP ! »

*Circonscription de sécurité publique. En sud Loire, la police nationale en compte trois : celles de Saint-Étienne, du Gier et de l’Ondaine. Cette dernière est composée des villes de Firminy, du Chambon-Feugerolles, La Ricamarie, Çaloire, Unieux, Fraisses et Saint-Paul-en-Cornillon. Soit 52 000 habitants environ.

Retrouvez ici toutes les parties de notre dossier : « Dans l’Ondaine, la police reste désespérément en sous-effectif » :
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