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Evêque de Saint-Étienne : « On a trahi des enfants, des parents, des vocations et l’Église »

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Au lendemain de la publication du rapport accablant de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, l’évêque de Saint-Étienne, Monseigneur Bataille a fait part de son sentiment de trahison. Un rapport qui fait état du chiffre vertigineux de 330 000 victimes d’abus sexuels en France depuis les années 50.

Eglise

Pendant deux ans et demi d’existence, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) a travaillé à la publication du rapport Sauvé, dont le contenu est pour le moins accablant. On y apprend notamment que l’institution est le milieu le plus propice aux violences sexuelles, directement après le cadre familial. Au total, 216 000 personnes ont été victimes d’un membre du clergé depuis 1950 (prêtre, religieux ou religieuse), soit 4% des victimes d’abus sexuels en France sur cette période. Néanmoins, ce chiffre grimpe à 330 000 (6% des victimes françaises) si l’on prend en compte celles qui ont subi les agressions du personnel laïc qui évolue autour de l’institution, tels que les professeurs de catéchismes. Le diocèse de Saint-Étienne n’a pas été épargné, puisque 39 victimes y ont été recensées sur cette période de 70 ans. Pour Monseigneur Bataille, évêque du diocèse de Saint-Étienne, « c’est un sentiment de trahison qui domine. On a trahi des enfants, des parents, des vocations et l’Église. Il y avait une nécessité de faire cette vérité.»

Un aveuglement, coupable ou non

Comment expliquer que pendant des décennies, beaucoup de ces actes aient été passés sous silence ? Il est important de préciser que 56 % des violences sexuelles commises au sein de l’Église ont eu lieu entre 1940 et 1969, d’après ce rapport. « L’Église a elle-même demandé et financé ce rapport, et fait le choix de le rendre intégralement public, explique Monseigneur Bataille. Nous avons non seulement demandé à avoir des faits mais aussi à savoir comment on en est arrivé là. À l’époque des années 50 à 70, il y avait beaucoup de petits séminaires, donc plus de risques. Nous n’avions pas de connaissance sur la psychologie pour déceler ces personnalités. Il y a eu un aveuglement, coupable ou non. Il faut regarder en face ce qui a pu conduire à cela. Ce chiffre est effarant et toute l’enquête en générale l’est. Il faut commencer à faire le ménage chez nous, on a une responsabilité. » Et l’institution n’a pas attendu la publication de ce rapport pour mettre des choses en place.

« Cette enquête va nous permettre de mieux comprendre l’étendu du drame »

Monseigneur Bataille, évêque du diocèse de Saint-Etienne.

Réagir plus rapidement, plus fermement

Des mesures ont été prises, et l’évêque souhaite les voir continuer et évoluer. D’ailleurs, une réforme du droit canonique doit entrer en vigueur le 8 décembre prochain. « Cela va permettre d’être plus rapide et plus ferme, souligne l’évêque. Nous avons des procédures en place, dès qu’il y a un signalement, nous le notifions au procureur et nous prenons également des mesures au sein de l’Église. Nous menons des actions de prévention, accentuons la formation. Cela s’inscrit dans un tournant pris dans les années 2000 mais surtout depuis 2016. Mais ce n’est pas en cinq années que l’on change tout. Ce rapport nous apporte des préconisations supplémentaires et nous allons retravailler ces questions. » Depuis des années, Monseigneur Bataille rencontre et accompagne les victimes. Un moyen selon lui de mieux comprendre l’étendu de leur souffrance, et de leur faire sentir qu’elles sont entendues. Une cellule d’écoute pour les victimes a été mise en place par le diocèse de Saint-Étienne depuis 2016.

Affronter les faits

Du côté des paroissiens, Monseigneur Bataille avait pris la peine de diffuser un communiqué dimanche dernier dans l’ensemble des paroisses du diocèse, pour avertir de la sortie de ce rapport et les inviter à accueillir cette vérité. Globalement, les retours qu’il a reçu ont été positifs et les fidèles ont vu d’un bon œil que l’Église parle et souhaite affronter les choses. Et cela ne semble pas entacher leur confiance en l’institution. « Nous avons quand même 96 % de prêtres qui sont au service des autres selon ce rapport. Les paroissiens sont en contact avec leur prêtre, ils ont un rapport de confiance avec lui. Maintenant, cette enquête va nous permettre de mieux comprendre l’étendu du drame, et nous encourage à continuer l’action.»

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