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Exploitation d’uranium des Bois Noirs : Orano veut – à nouveau – réaménager le site

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Nous avions consacré un dossier en deux épisodes, cet été, à cette exploitation d’uranium de Saint-Priest-la-Prugne fermée en 1980. Voilà donc des décennies que le collectif des Bois Noirs alerte sur les dangers liés à des résidus radioactifs, le site étant à ses yeux mal géré par Orano (ex-Areva), la société qui en a hérité. Le sujet a rebondi cette semaine avec l’organisation par Orano d’une réunion sur place. Il s’agissait de présenter l’avant-projet d’un vaste réaménagement…

Vue aérienne du site protégé par la digue de 48 m de haut. C’est ce lac recouvrant des résidus radioactifs qui doit être vidé. Photo fournie par le Collectif des Bois noirs et Criirad.

« Contrairement à ce qu’ils vous ont dit cet été, vous ne pouvez que constater qu’il y a bel et bien un projet de réaménagement qui répond aux demandes du ministère en mars 2020 via la Dreal. Encore un élément qui nous empêche d’avoir confiance », attaque d’emblée Arlette Maussan, du Collectif des Bois Noir.

Contacté également par IF Saint-Etienne, Orano nous confirme à nouveau ce vendredi « n’avoir reçu aucune demande officielle pour un projet de réaménagement en mars 2020 ». Néanmoins, « Orano discute avec l’ensemble des parties prenantes concernées, les autorités, les représentants de l’État, les élus locaux et les associations ». Ce sont ces échanges qui ont conduit l’entreprise, assure-t-elle « à présenter de nouveau un avant-projet de réaménagement du site des Bois Noirs Limouzat ».

Des résidus recouverts par une lame de 2 m d’eau

« De nouveau » car l’entreprise, héritière de l’exploitation d’uranium de Saint-Priest-la-Prugne n’en est pas à son premier essai pour lancer un vaste réaménagement de ce site qui fait tant polémique. Pour rappel, exploité à partir de 1955, le site de Saint-Priest-la-Prugne à la fois à ciel ouvert et souterrain, connu sous le nom de Bois-Noirs Limouzat a vu 7 000 t d’uranium extraites du sol, et jusqu’à 460 mineurs y travailler.

Le filon tari, 1,3 million de tonnes de résidus d’exploitation radioactifs ont été déposés dans une partie de la vallée de la Bresbe. Ces résidus ont été recouverts par une lame de 2 m d’eau, constituant un lac artificiel censé faire écran de protection aux émanations de gaz radon issu de ces déchets d’exploitation. Le tout « protégé » par une digue constituée de stériles (roche naturelle concassée présentant aussi de la radioactivité), barrant ainsi la vallée de la Bresbe. Cet affluent de la Loire a été détourné quand fut créé le site.

Le lac asséché, la Bresbe détournée

L’absence de risques sanitaires et environnementaux est toujours garantie.

Orano

Des décennies que la Criirad et le Collectif des Bois Noirs estiment que le confinement des eaux n’est pas correctement garanti par les systèmes de protection accumulant études sur études pour étayer ses propos et démontrer une contamination des eaux, de la faune et de la flore. Nous en citions quelques-unes cet été. De son côté, Orano a réitéré vendredi à IF que « l’absence de risques sanitaires et environnementaux est toujours garantie. Et des travaux d’amélioration du site ont été menés depuis 2015. »

Plan de masse du site actuel extrait du document présenté par Orano mardi.

Mais plus que des améliorations, c’est un premier projet de réaménagement complet qui avait été élaboré entre 2008 et 2015. Areva (devenu Orano) avait dû revoir sa première version déposée fin 2012 auprès de la Dreal. Fourni en décembre 2013, le nouveau dossier s’était adapté aux remarques : la couverture géotextile de l’ensemble devait être remplacée par un filtre minéral plus sûr. Et un nouveau lit devait être donnée à la Besbre, en rive gauche, à l’opposé de l’actuel. Ce qui permettait de dégager du granit servant au comblement en pente du lac dont l’eau sera pompée, sur 2 à 7 m d’épaisseur. Un investissement de 15 à 20 M€ était alors évoqué.

Un premier projet déjà abandonné en 2015

Les choses sont faites à minima. Exactement comme pour la nouvelle station d’épuration réalisée en 2019

Arlette Maussan, Collectif des Bois Noirs

« Faute de consensus entre les parties prenantes » (c’est-à-dire l’administration, les élus locaux, les riverains et associations), le projet n’a jamais abouti. Il avait été abandonné fin 2015. Mardi 16 novembre, en présence, selon Arlette Maussan – nous n’avons pas pu nous rendre sur place – de la sous-préfète de Roanne, des communautés de communes Pays d’Urfé, Vichy communauté (qui compte une base nautique de loisirs en aval de la Bresbe, qui s’oriente côté Puy-de-Dôme avant son retour dans la Loire), des municipalités de Saint-Priest-la-Prugne, La Prugne, Lavoine et enfin de FNE Allier, une réunion de commission de suivi de site (CSS) s’est bien tenue à Saint-Priest-la-Prugne. Un avant-projet de réaménagement du site a été présenté.

« Il s’agit de quelque chose de très vague, un plan de masse très proche de ce qui avait été élaboré avant 2015, commente Arlette Maussan. Refaire la même chose alors que cela n’allait déjà pas à leurs interlocuteurs, ça n’a pas de sens. Les choses sont faites à minima. Exactement comme pour la nouvelle station d’épuration réalisée en 2019, censée faire partie des « améliorations ». On parlait d’une fourchette d’investissement allant de 200 000 à 400 000 €. C’est un projet à 253 000 euros qui a été retenu. Or, elle a eu de graves dysfonctionnements dès février 2021. De l’eau contaminée s’est échappée dans la Bresbe. De son côté, Orano, bien sûr, a minimisé. Comme toujours. »

Le projet reste à construire dans les détails

Plan de masse de l’avant-projet extrait du document présenté par Orano mardi.

Il ne s’agit bien ici que d’un avant-projet présenté afin d’obtenir un consensus sur le réaménagement à long terme.

Orano

De son côté, Orano nous confirme que l’avant-projet présenté en CSS ce mardi est proche de celui élaboré entre 2008 et 2015 « sur le principe afin de tenir compte des caractéristiques physiques du site ». Mais il reste à construire dans les détails, ajoute l’entreprise. « Il ne s’agit bien ici que d’un avant-projet présenté afin d’obtenir un consensus sur le réaménagement à long terme. » L’objectif est justement d’élaborer un projet amendé avec les parties prenantes. Sa faisabilité et son lancement en dépendent, insiste Orano. « Les détails techniques de ce réaménagement seront élaborés au fur-et-à-mesures des études et présentés au cours des réunions techniques. ».

Impossible donc d’annoncer un planning ni même un montant d’investissement prévisionnel à ce stade. « Pour rappel, il n’y a pas d’urgence, l’absence de risques sanitaires et environnementaux est toujours garantie, comme l’a confirmé la Dreal lors de la commission », souligne encore Orano. Une évolution au projet originel est cependant quasiment certaine : à la demande de la Dreal, il sera ajouté une étude hydrogéologique réalisée « par un cabinet d’étude ».

Orano contraint par la maîtrise foncière de ses opposants

Considérant que la précédente menée par l’école des Mines de Paris en 2006 se rapprochait d’un « auto-contrôle » et ne répondait pas réellement aux problématiques, minimisant ainsi les risques, le collectif des Bois Noirs réclame depuis longtemps cette étude des sous-sols du site, de l’ancienne mine en particulier. L’association veut que soit évaluée précisément l’infiltration des eaux contaminées et donc d’éventuels échanges avec des nappes souterraines.

Le collectif, au-delà de son action militante, mais aussi deux communautés de communes sont en mesure de miner tout projet qui ne leur conviendrait pas. A l’époque du premier projet de réaménagement, ces « parties prenantes » avaient acquis des parcelles de terrain, avant qu’Orano ne le fasse, et sur lesquelles les travaux devaient être engagés. « Effectivement, une opposition locale significative avait été rencontrée lors de l’instruction du précédent dossier, confirme Orano. En particulier, plusieurs dizaines de personnes physiques ou morales avaient acheté des terrains pour faire obstruction à la réalisation des travaux ». Et dire que ce serpent de mer n’est qu’un des deux volets du dossier…

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