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mercredi 17 avril 2024
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Gaël Perdriau : « Depuis le 16 mars, je passe toutes mes journées à la mairie »

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Maire de Saint-Étienne depuis 2014, arrivé en tête du 1er tour des élections municipales le 15 mars avec 46,88% des votes*, Gaël Perdriau poursuit sa mission d’édile jusqu’à la tenue du second tour. Nous lui avons demandé comment se passait cette période de confinement pour lui.

Gaël Perdriau s’adresse régulièrement aux Stéphanois par un enregistrement vidéo effectué depuis la mairie © Capture d’écran YouTube Ville de Saint-Étienne

En tant que maire, qu’est-ce que cette période de confinement a changé pour vous ? Est-ce que vous parvenez à télétravailler ?

En théorie, c’est possible. Dans la réalité, depuis le 16 mars, je passe toutes mes journées à la mairie, du lundi au dimanche. D’abord, parce que j’ai institué une cellule communale de coordination qui, chaque jour, répond à toutes les questions qui ne manquent pas de se poser. Avec tous les élus municipaux ou de la métropole, selon les sujets, et avec les services, nous évaluons et prenons des décisions. J’ai également de nombreuses visioconférences avec l’AMF (Association des maires de France), avec France Urbaine et avec mes collègues de Saint-Étienne Métropole.

Les Stéphanois sont-ils de bons élèves en matière de confinement ?

Je dirais oui, globalement. Les Stéphanois suivent bien les règles du confinement. J’ai bien sûr relevé, ici ou là, comme tout le monde, des gens qui ne respectent rien. Il n’y a pas de raison que ceux qui ne respectent rien tout au long de l’année, soient plus respectueux pendant cette période. Nous avons été sans merci pour ces personnes puisque la police municipale a verbalisé près de 70 personnes chaque jour. La police nationale en a également verbalisé. J’ai été amené à prendre un arrêté sur le jogging car il se trouve que le sport pratiqué de manière intensive, je parle du jogging sur l’espace public, est un vecteur de propagation plus important du virus. J’estime que ma responsabilité de maire est de prendre toutes les décisions qui amoindrissent le risque pour la population. J’ai donc souhaité prendre cet arrêté pour nous donner le maximum de chance de gérer cette situation d’un point de vue sanitaire.

« Le sport pratiqué de manière intensive, je parle du jogging sur l’espace public, est un vecteur de propagation plus important du virus. »

Vous avez publié une tribune intitulée « Covid-19 le jour d’après » sur le site Atlantico. Vous appuyez notamment sur l’importance du rôle des élus locaux et de la société civile sur l’après confinement.

Ce temps de confinement, je le mets à profit pour régler tous les problèmes du quotidien, de l’organisation des services publics liée au Covid-19 mais aussi pour réfléchir sur la suite, d’où la tribune dont vous parlez. J’avais commencé à l’écrire un peu avant que l’on connaisse ce virus. Dans cette dernière, j’ai souhaité mettre en avant plusieurs points : un meilleur équilibre entre le bien-être social de l’individu, le développement durable et les valeurs de la république. J’ai élargi ce triptyque au niveau des politiques nationales, notamment sur le fait que l’on devait repenser l’organisation de la société à l’aune de la 4e révolution, la révolution numérique. Celle-ci nous impose de réfléchir et de penser le monde différemment. Les choses s’accélèrent car tous les repères sont en train d’exploser, y compris celui des dépenses publiques. Le temps est venu, non seulement de reposer les fondamentaux de l’ensemble de ces sujets, mais également, pour l’État, de travailler à une plus grande décentralisation. On voit bien que ce sont les maires qui ont été en capacité de fournir des masques aux médecins, aux infirmiers libéraux, aux EPHAD… Mais aussi de répondre aux besoins de nos concitoyens pendant cette crise, d’assurer le respect du confinement et sans doute de fournir des masques à partir du 11 mai… Le président de la République se tourne vers les maires. Nous demandons que l’État nous donne les moyens à la fois politiques, par une politique de décentralisation plus forte, et financiers, par une politique fiscale décentralisée.

« Nous demandons que l’État nous donne les moyens à la fois politiques, par une politique de décentralisation plus forte, et financiers, par une politique fiscale décentralisée. »

Qu’avez-vous pensé du discours d’Emmanuel Macron de lundi 13 avril ?

Il a beaucoup parlé des collectivités locales. Il souhaite s’appuyer sur les maires pour mettre en œuvre les différentes phases du déconfinement. Tout comme il a eu besoin des maires pendant cette période de confinement. L’information principale était la date du 11 mai. Mais ce discours a laissé énormément de questions en suspens. On va rouvrir les écoles alors que ce sont sûrement les lieux où les gestes barrières sont les plus difficiles à faire respecter. Avec des enfants de 3 ans, dans une classe de maternelle, cela risque de ne pas être facile… J’ai vu que le ministre de l’Éducation nationale commençait à temporiser un peu, en expliquant que ce serait par petits groupes. Mais comment allons-nous trier les élèves ? Il manque encore énormément de précisions. Aussi, concernant les masques, il compte sur les maires pour leur distribution. Ces dispositifs ne seront pas obligatoires, mais on recommandera leur usage… Il demeure beaucoup de questions sans réponse. Ce qu’il nous a manqué pendant cette crise, c’est un cap clair avec des consignes qui s’appliquent de manière identique sur l’ensemble du territoire.

Quelles conséquences aura cette crise sur Saint-Étienne ?

Je pense qu’il y aura des conséquences psychologiques. On ne reste pas enfermé deux mois sans un impact social. Même si la mairie a mis tout en œuvre pour garder au maximum les liens sociaux, une telle crise crée forcément un traumatisme, comme partout ailleurs. Il y a également un traumatisme économique. Je pense aux restaurateurs, aux commerçants indépendants, à nos entrepreneurs, à nos artisans… Nous sommes déjà en train de travailler sur un plan de relance qui viendra en complément de ce que proposent l’État et la Région. J’ai bien compris que tous les dispositifs en place ne suffiront pas. Il faut faire en sorte d’aider au maximum ces entreprises pour ne pas retrouver des dépôts de bilan ou des chômeurs supplémentaires. Nous étions dans une situation de croissance, de création d’entreprises et de baisse de chômage. Il faut soutenir cela pour passer le cap de ces deux à trois mois du mieux possible. De plus, on ressent l’esprit de solidarité et d’entraide qui constitue une qualité de notre territoire. On le voit avec des bénévoles qui appellent la plateforme municipale, avec différentes associations qui prennent des initiatives pour venir en aide à leur prochain… J’avoue que cela est réconfortant.

« Nous sommes déjà en train de travailler sur un plan de relance qui viendra en complément de ce que proposent l’État et la Région. »

Personnellement, qu’est ce qui vous manque le plus ?

De marcher dans la rue, de serrer la main et d’embrasser les Stéphanois. Ce contact au quotidien avec la population et de ne pas voir les rues avec du monde. En tant qu’être humain mais aussi en tant que maire, c’est ce qui nourrit ma réflexion et qui me nourrit socialement.


*Le taux de participation à Saint-Étienne lors du 1er tour des élections municipales du 15 mars 2020 s’est élevé à 32,01%.

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