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Gel dans l’agriculture et déserts médicaux : ce qu’a voté le Département de la Loire

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600 000 € pour venir en aide aux exploitations agricoles impactées par le gel en avril. Mais aussi 140 000 € pour aider des internes à effectuer de stages dans zones de désertification médicale. Ces deux délibérations concernent toute la Loire. Elles ont été mises en avant par la majorité lors de la dernière session du conseil départemental le 22 octobre. Insuffisant pour l’opposition de gauche. Explications.

Lors de la séance plénière du 22 octobre. © Capture d’écran LinkedIn.

De 50 à 90 % de pertes selon les productions. Et selon aussi, la situation géographique et donc l’ampleur de l’aléa météo. Mais qu’il s’agisse des filières arboricoles, viticoles, apicoles ou de petits fruits rouges, toutes ont été durement impactées par l’épisode de gel intense d’avril 2021. Une épreuve de plus pour les agriculteurs déjà soumis juste avant à celles du Covid, de la sécheresse ou encore de la grêle

Le Département a donc décidé, vendredi, de voter deux aides exceptionnelles totalisant 600 000 €. Elle s’adossent à des dispositifs de la Région et de l’Etat qu’il complète ainsi. Entre 100 et 130 viticulteurs de la Loire bénéficieront de 250 000 euros sur le budget investissement de leur Département s’ajoutant donc au dispositif régional. L’aide globale sera calculée en fonction des pertes occasionnées pour la récolte de cette année. Elle ne pourra donc pas être touchée avant l’année prochaine.

190 à 250 exploitants seront concernés par les aides

Au total, de 190 à 250 exploitants seront concernés par les aides du Département. Car du côté des producteurs arboricoles et de petits fruits rouges (60 à 80 bénéficiaires) et les apiculteurs (entre 30 et 40), ce sont 350 000 € qui sont accordés sur le budget fonctionnement. Une somme adossée là, à la procédure étatique de calamité agricole. « Les agriculteurs ne peuvent pas bénéficier des deux à la fois, explique Chantal Brosse, vice-présidente à l’agriculture. Nous avons voulu les adosser, selon leur profil, à ce qui colle le mieux à leur réalité, les viticulteurs étant de nos jours peu assurés et les autres pas du tout tant les aléas climatiques pèsent sur leur activité. »

En avril, le gel a détruit 50 à 90 % des récoltes apicoles et fruitières dans la Loire.

Ce principe absurde – plus il y a de médecins, plus ça nous coûte cher –, on en paie gravement les conséquences de nos jours.

Georges Ziegler, président du Département

Autre sujet d’inquiétude qui pèse aussi bien sur la ruralité que le milieu urbain : la progression des déserts médicaux. Elle fait dire à Georges Ziegler, président du Département à quel point le numerus clausus, réellement appliqué depuis le début des années 80 (il avait été instauré en 1971), fut une erreur : « Ce principe absurde – plus il y a de médecins, plus ça nous coûte cher –, on en paie gravement les conséquences de nos jours. Et pas qu’en zone rurale ! Allez voir du côté de Côte Chaude à Saint-Etienne pour ne prendre que cet exemple. Surtout qu’au regard des rémunérations, plus personne ne veut faire ce que faisait autrefois le médecin généraliste de famille, c’est-à-dire sacrifier sa vie personnelle. C’est un fléau. Lutter contre est pour nous une priorité. »

Les internes incités à travailler en zones sous-médicalisées

Pour Yves Partrat, conseiller départemental délégué à la santé, lui-même médecin et secrétaire général de son ordre dans la Loire, « si le numerus clausus a été supprimé, le problème sera encore là pendant au moins encore 7 ou 8 ans. La centre de santé en travaux en plein centre de Saint-Etiennela place des galeries Dorian et de l’ex-Fnac, Ndlr) n’arrive par exemple toujours pas à recruter. On espère que cela aura bougé d’ici avril. De notre côté, nous essayons aussi de faire ce que l’on peut. » Aux dispositifs existants et déjà votés, s’ajoutent donc 140 000 € d’aides aux internes effectuant leurs stages de 3e cycle dans des zones sous-médicalisées.

Il s’agit d’une aide visant à compenser les frais supplémentaires engagés par ces internes pour se rendre de leur domicile au lieu de stage. Elle sera forfaitisée entre 174 et 500 € par mois en fonction de la distance parcourue « sur la base d’un barème progressif ». Un coup de pouce aux vertus incitatives, souligne Yves Partrat : « Nous espérons que ces stages fassent découvrir aux internes à la fois l’exercice de la médecine libérale et notre territoire ligérien et les décideront à s’installer là où l’on a le plus besoin d’eux. » La collectivité espère ainsi s’adresser, « dans un premier temps », à environ 25 internes via ce dispositif expérimental voté pour 3 ans, réévalué chaque année.

Les déserts médicaux touchent aussi le milieu urbain. Le centre de santé prévu à la place des Galeries Dorian à Saint-Etienne n’arrive pas à recruter. © IF Saint-Etienne

Le Département peut faire beaucoup plus selon l’opposition

Venir en pompier après une catastrophe, c’est bien. Mais financer l’accompagnement de nos agriculteurs à la transition écologique, c’est mieux.

Pierrick Courbon, conseiller départemental d’opposition PS

Si le majorité départementale met souvent en avant la nécessité de ne pas lâcher les rênes budgétaires, le conseiller d’opposition PS Pierrick Courbon et son groupe, qui ont voté ces délibérations, estiment, a contrario, qu’une collectivité qui était prête à ajouter un emprunt de 130 M€ pour la feu A45 peut aller beaucoup plus loin.

« L’aide aux agriculteurs correspond à des demandes que nous avions émises dès le mois de mai à la suite des gels d’avril. Naturellement, nous avons voté pour. Cependant, nous plaidons aussi pour la création d’une aide forfaitaire propre au Département qui serait fléchée sur l’achat d’équipements antigels. Les techniques existent mais encore faut-il pouvoir investir. » Plus largement, « venir en pompier après une catastrophe, c’est bien. Mais au-delà, financer l’accompagnement de nos agriculteurs à la transition écologique, c’est encore mieux. »

Pour l’élu d’opposition, « cela éviterait sur le long terme d’avoir à débloquer régulièrement des aides. Ce sont les agriculteurs qui nous le disent : des techniques (taille, rythme et type de plantations, mode d’arrosage, etc.) innovantes peuvent leur être enseignées pour s’adapter et subir moins de dégâts. Nous pouvons les aider à être formés ou au moins sensibilisés. Comme nous pouvons aider la recherche scientifique dans ce domaine. »

« Les déserts médicaux ? Inspirons nous de la Saône-et-Loire »

Quant à l’aide au déplacement accordée aux internes en médecine, là aussi, son groupe estime l’initiative de la majorité « trop timorée ». C’est le conseiller PS Jean-Jacques Ladet qui est intervenu en séance vendredi pour étayer sa position. « Pour que ces stages se fassent, il faut des maîtres de stage et justement il en manque beaucoup en zone de tension, résume Pierrick Courbon. Là aussi, il faut aller beaucoup plus loin en donnant des aides directes à l’installation. »

Pour résorber les déserts médicaux, « nous l’avons déjà dit pendant la campagne éléctorale : inspirons-nous de la Saône-et-Loire. Un Département dont la gouvernance ne peut pas vraiment être taxée de gauchisme… Là-bas, des maisons médicales départementales avec des médecins salariés du conseil départemental ont été créées. Apparemment, cette idée a été entendue puisque notre majorité annonce une visite sur place en décembre…»

Dans sa communication autour de la séance du 22 octobre, le Département rappelle cependant avoir soutenu 14 projets de maisons de santé pluridisciplinaires depuis 2017 pour un total de 2,2 M€. Les montants induits par les nouvelles aides citées seront piochés dans la ligne budgétaire de 3,58 M€ de dépenses imprévues déjà fixée.

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