Saint-Étienne
mercredi 30 novembre 2022
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Habitat et urbanisme : le pari de La Ricamarie

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La Maison des projets, la 5e de Saint-Etienne Métropole, inaugurée au cœur de La Ricamarie en est une sorte de quartier général et l’interface avec les habitants et leurs projets. La municipalité a lancé en 2020 un vaste plan de dédensification et de rénovation de son centre-ville visant à le rendre attractif, à attirer les classes moyennes. Suffisant pour redynamiser la commune la plus pauvre de la Loire ? Le maire Cyrille Bonnefoy prend le pari et donne rendez-vous dans 10 ans.

Le choix de l’emplacement n’a rien d’un hasard. Ce petit local situé sous des appartements, à l’angle des rues Langevin et Dorian porte, aussi, une dimension symbolique. « Ce qu’il y avait ici ? Un commerce en friche squatté par un petit groupe qui pourrissait la vie des gens, une minorité comme d’habitude. Mais on leur montre ainsi encore une fois de plus qu’on ne lâche rien », assène, combatif, Jean-Bernard Durand, 3e adjoint municipal de La Ricamarie chargé du renouvellement urbain et de l’économie. Ce qui vient de s’installer dans l’ancien squat à deux pas de l’église Notre-Dame, c’est la cinquième « Maison des projets » de Saint-Etienne Métropole après Saint-Chamond, Rive-de-Gier, Firminy et Saint-Etienne. La collectivité en fait une base locale pour Cap Métropole, son bras armé de l’aménagement urbain.

Une partie de l’Ondaine a été découverte avant le centre-ville. ©La Ricamarie

L’objet premier de la Maison n’est bien sûr pas d’afficher une non capitulation face à la délinquance. Même si celle-ci serait mise à mal selon les élus de la majorité, par l’intégration de La Ricamarie au dispositif de la Police nationale Quartier de Reconquête Républicaine (QRR) : « Ils ont été surpris par l’ampleur de ce qu’ils ont trouvé. Mais avec leurs moyens, il y a enfin des résultats. Pourvu que ça dure…» La Maison des projets est, elle, définie comme une porte d’entrée aux projets individuels ou collectifs autour de l’habitat du centre-ville ricamandois. Les particuliers ou des regroupements de propriétaires, voire de locataires, peuvent y trouver gratuitement des informations – en particulier sur l’accès aux aides publiques -, un accompagnement et des conseils sur leurs projets de rénovation, notamment énergétiques, ou encore d’accession à la propriété.

Un vaste plan de renouvellement urbain déjà en cours

Une permanence y est tenue par Cap Métropole chaque jeudi matin. C’est un jeudi 5 mai, justement, que la Maison des projets a été inaugurée par la municipalité et Saint-Etienne Métropole en présence de son président Gaël Perdriau. Contrairement à Saint-Chamond ou Rive-de-Gier, le centre-ville de la commune désignée comme la plus pauvre de la Loire par l’Insee (33 % de taux de pauvreté au sens de l’Institut) n’a pas pu candidater et donc être sélectionné par le second programme national pour la rénovation urbaine porté par l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru II). Il fait cependant l’objet d’une des OPAH/RU, Opérations programmées d’amélioration de l’habitat et de renouvellement urbain, d’ordre métropolitaines.

Les élus municipaux (le maire Cyrille Bonnefoy et son adjoint Jean-Bernard Durand à droite) et métropolitains (Luc François et Gaël Perdriau) ainsi que le conseil départemental Jean-François Barnier (tout à gauche) inaugurant la Maison des projets. ©If Média/Xavier Alix

Cette OPAH/RU a été lancée par une convention-cadre signée en 2020 pour 5 ans avec Saint-Etienne Métropole. S’associent à cette concession d’aménagement confiée à Cap Métropole, le Département de la Loire, l’Agence nationale de l’habitat, la Caf de la Loire, Action Logement et même l’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes. A ce titre, la Maison des projets a aussi pour fonction d’en être la vitrine. Mais elle reflète en réalité une démarche de plus grande ampleur encore : un vaste plan de renouvellement urbain qui est déjà largement en cours, rappelle le maire communiste de la Ville Cyrille Bonnefoy.

Dans le précédent mandat, on s’est en priorité attaqué à la montée en gamme de nos équipements. Maintenant, c’est au tour de l’habitat.

Cyrille Bonnefoy, maire de La Ricamarie

Ici aussi, on aère, on démolit

« Cette OPAH/RU doit permettre la reconquête et la valorisation urbaine du centre-ville en lui redonnant une nouvelle attractivité résidentielle, en proposant de nouveaux logements adaptés aux besoins de la population, en luttant contre l’habitat indigne, en dédensifiant l’hypercentre pour plus d’ouverture et de respiration », énumérait dans son discours officiel le successeur de Marc Faure qui avait synthétisé de manière moins formelle peu avant : « Dans le précédent mandat, on s’est en priorité attaqué à la montée en gamme de nos équipements. Maintenant, c’est au tour de l’habitat. » L’objectif est d’attirer des classes moyennes dans un centre-ville dont l’habitat était jusqu’en 2020, composé à 50 % de logement sociaux.

Démolition rue Gambetta. ©La Ricamarie

Une proportion en train de reculer à vitesse grand V. « On doit déjà être descendu à 40 % », estime Jean-Bernard Durand. Davantage de mixité sociale sans pour autant chasser la population actuelle, cela passe non seulement par l’amélioration de la qualité de l’habitat mais aussi du cadre vie. C’est pourquoi, comme à Saint-Etienne et Saint-Chamond, on aère, on démolit. Mais pas pour reconstruire les mêmes volumes. Le quartier de Montrambert, par exemple, où Bâtir et Loger et Loire Habitat ont remplacé 120 logements par une quarantaine en petit collectif et maisons de ville mitoyennes avec garage et jardins. Celui de Méline suit avec un passage de 120 à 50. Sachant que de nombreux logements étaient de toute façon vacants. « Et c’est le cas dans le privé aussi, où on était entre 15 et 20 % de vacance en 2019 sur le périmètre de l’OPAH/RU », note Jean-Bernard Durand. 

Environ 20 M€ consacrés au seul habitat

Le renouvellement urbain lancé dans le centre-ville de La Ricamarie ne se limite donc pas à la seule OPAH/RU, même s’il s’agit là d’une contribution majeure avec 4 M€ investis par Saint-Etienne Métropole (qui ajoute 500 000 € d’aides aux travaux de propriétaires) et l’Anah sur 5 ans pour réhabiliter 93 logements et en accompagner 12 copropriétés. Il faut y ajouter les investissements propres à la Ville (1 M€ prévu chaque année en moyenne), des ORI (Opérations de Restauration Immobilière) sur huit immeubles communes là encore avec l’Anah et Métropole et, enfin, les initiatives des bailleurs sociaux comme Loire Habitat et Bâtir et Loger déjà cités mais aussi le Toit Forézien sur trois immeubles avenue Maurice-Thorez. « Toutes opérations confondues issues de chaque intervenant depuis 2019 et avec ce qui y arrive, le total sur l’habitat doit approcher les 20 M€ », évalue Jean-Bernard Durand.

Le périmètre de l’OPAH/RU. ©La Ricamarie

La Ville va par exemple créer un nouveau lotissement rue Élise-Gervais. Le début des travaux est prévu pour fin 2022. Il faut y ajouter à cet ensemble la rénovation récente d’équipements municipaux (complexe sportif du Caintin et ses tennis couverts, gymnase Youri Gagarine, pôle jeunes). Et la création de nouveaux avec 4 M€ – dont 3 venant du plan de relance métropolitain – consacrés à la création d’un pôle petit enfance à Montrambert sur l’ancien site du lycée Michel-Rondet mais aussi d’un parc paysager avec Loire habitat. Toujours à Montrambert, une étude est en cours avec la Métropole pour la création d’un parc urbain dans la zone d’activité commerciale. Le quartier du Montcel verra, lui, construction d’un nouveau bâtiment regroupant les deux centres de Loisirs le Petit Prince et l’Escale et un city stade rénové.

La rivière Ondaine découverte dans le centre-ville en 2023

Quant au cadre de vie, la découverte d’une partie de l’Ondaine l’automne dernier, sur une bonne partie de la commune, a déjà permis de l’égayer. Jugeant le résultat réussi, la Ville et Saint-Etienne Métropole encore (cela relève du Contrat rivière) vont poursuivre la logique en mettant cette fois la rivière au grand jour dans le centre-ville de La Ricamarie. Cet « enjeu majeur pour la Ville » est acté : les études sont lancées et devraient déboucher sur les travaux en 2023 sur une distance exacte qui reste à déterminer. De quoi créer une voie verte en interconnexion avec Le Chambon-Feugerolles et le plan vélo métropolitain.

Enjeu jugé « majeur », la découverte de l’Ondaine sera poursuivie dans le centre-ville en 2023. ©La Ricamarie

Pour revenir à seule OPAH/RU, les opérations présentées début mai se concentrent sur les îlots Dorian, Jaurès et Béraudière. Pour Dorian (à l’est de la mairie), outre la restructuration de logements et des espaces publics, il s’agit de « dédensifier le bâti, retravailler le sens de circulation, réaménager et végétaliser les places de la Liberté et de l’Eglise ». Plus à l’est encore, en entrée de ville à la frontière avec Saint-Etienne, dans l’îlot de la Béraudière, après l’acquisition de parcelles par la commune, « des démolitions ont eu lieu sur le haut de la rue Gambetta ouvrant sur l’arrière de la rue et un projet de lotissement ». A l’ouest, l’îlot Jaurès verra la démolition d’une friche industrielle acquise par Epora (d’autres bâtiments la jouxtant devraient l’être) avec l’idée de construire un écoquartier.

Un film promotionnel

Dans cette vitrine qu’est la Maison des projets, tout est expliqué, au-delà de l’OPAH/RU. On peut y voir, aussi, ce petit film très tendance dans son montage et ses propos. Il a été commandé à Emmanuel Speciale, ex-habitant des coteaux la commune, à la tête d’une société de production vidéo publicitaire. Une narration à la première personne où il parle la réputation de la ville – « sale, moche, rien à faire » – et ce qu’il aurait vu et ce que la municipalité veut mettre en avant : de la nature, du sport, de la solidarité, du partage, de la passion, des métiers, des entreprises. Avec son slogan « Entre ville et nature », qui veut rappeler les atouts environnementaux, ses accès rapides aux coteaux nord et au sud du Pilat, la mairie a diffusé le film sur TL7 en avril (et le fera à nouveau en juin), son site web et ses réseaux sociaux. Et le fera à chaque événement municipal. On la trouve sur YouTube. Un style contrastant avec bien d’autres vidéos quand on tape le nom de la ville sur son moteur de recherche :

Du côté de l’opposition municipale, contactée par If, on dit applaudir « des deux mains » le déploiement d’un vaste projet de rénovation urbanistique. Cependant, « cela fait 40 ans que la gauche communiste est aux manettes. Il était grand temps de se réveiller, commente François Briquet (sans étiquette). Après, comment cela est fait, est-ce bien fait ? Difficile de vous le dire. On est pas consulté. Cela semble élaboré entre les 25 élus de la majorité qui consulte qui elle veut. Nous aurions aimé être sollicités et bien d’autres Ricamandois aussi. » Jean-Marc Alexandre, tête de liste aux Municipales 2020 de ce même groupe d’opposition dont il s’est détaché depuis se montre sceptique sur l’efficacité du projet à long terme : « L’intention de bien faire est là. Mais je crains fort qu’il s’agisse, comme ailleurs, d’un énième tonneau des Danaïdes. Il y aura un petit effet placebo au départ, durant 2-3 ans et après les choses risquent de se dégrader à nouveau. Car la majorité manque d’appréciation sur les réalités et affiche des millions à la population avec, sans doute aussi, des visées électoralistes. Mais personne ne s’interroge sur le pourquoi de la situation, ce qui a amené à un habitat aussi dégradé. »

Dans ses propos, le maire Cyrille Bonnefoy assure, lui, que « la métamorphose à venir sera considérable. Un travail de longue haleine ». Réussira-t-il son pari ? Il donne rendez-vous dans 10 ans.

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