Saint-Étienne
mardi 23 juillet 2024
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Ils ont le pouvoir de faire tomber le conseil municipal de Saint-Etienne

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Si jamais ils décident de l’utiliser, ce ne sera pas avant l’automne. Mais en rejoignant l’opposition cette semaine, neuf ex élus de la majorité Perdriau font potentiellement atteindre le tiers nécessaire de démissionnaires pour des Municipales anticipées. Exclue jusque-là – ainsi que dans l’immédiat face à un contexte déjà assez « confus-touffu-tendu » comme ça – l’hypothèse est sur la table et devrait même être discutée à la rentrée entre néo-opposants et opposants des premières heures. Sa concrétisation peut cependant se heurter à des limites plus stratégiques que « techniques ».

Six des neuf élus du groupe Saint-Etienne Avant Tout qui viennent de claquer la porte de la majorité vendredi. ©If Media/Xavier Alix

Des Municipales anticipées à Saint-Etienne ? Pour provoquer des élections avant le terme du mandat, en mars 2026, la démission d’un tiers de ses 59 membres est nécessaire. Du moins si elle intervient avant la fin de l’année. Après le 31 décembre 2024 en raison de l’approche des élections municipales fermement inscrites à l’agenda 2026, si nous interprétons bien les textes législatifs, il faudrait alors plus de la moitié de postes de conseillers vacants pour que l’hypothèse devienne réalité. En annonçant cette semaine rejoindre carrément l’opposition, les 9 élus – ils étaient 10 jusqu’au décès de Denis Chambe en mai – qui s’étaient officiellement détachés du reste de la majorité de Gaël Perdriau en janvier viennent de brusquement créditer cette possibilité. Le groupe « Saint-Etienne avant tout » a fini par être créé pour marquer plus nettement le désaccord de ses membres sur la gestion par Gaël Perdriau, de l’affaire de chantage à la vidéo intime vis-à-vis de laquelle ce dernier reste présumé innocent bien que triplement mis en examen.

Depuis septembre 2022, une dizaine d’élus de la majorité réclame en effet à minima le retrait du maire le temps que Justice passe tout en continuant à voter les délibérations conformes au plan de mandat pour lequel ils ont été élus. Jacques Guarinos ayant démissionné, il s’agit, à ce jour, des ex adjoints Nicole Peycelon, Claude Liogier, Robert Karulak, Paul Corrieras, Patrick Michaud et des ex conseillers délégués Jacques Phromala, Alain Schneider, Jean Jamet, Marie-Eve Goutelle. « Ex » puisque 8 d’entre eux ont renoncé cette semaine à leur titre et les indemnités allant avec, soit un peu plus de 2 500 € bruts mensuels pour un adjoint et 900 € pour un conseiller ayant une délégation (trois à quatre fois moins pour un « simple » conseiller). Un coup de théâtre qui alourdit le festival lancé en août 2022 et joué à la surprise générale lundi en conseil municipal de Saint-Etienne auquel – au moins visiblement – Gaël Perdriau ne s’attendait pas. Il fait suite au vote de l’éviction par ce dernier, de l’un de leurs, Claude Liogier de son poste d’adjoint pour « perte de confiance ».

« Ce n’est pas une hypothèse d’actualité »

Face aux 35 élus faisant toujours – et irrémédiablement ? – bloc autour de Gaël Perdriau, les « 9 » s’ajoutent maintenant numériquement aux 12 élus composant les groupes d’opposition de gauche « Saint-Étienne demain », « Le Temps de l’écologie », les communistes. Mais aussi à Lionel Boucher, ex adjoint UDI évincé, lui, il y a un an et Antoine Poméon, jeune LR arrivé en cours de route dans le conseil car sur la liste 2020 mais ayant refusé de siéger dans la majorité d’emblée. Probable aussi qu’un Gilles Artigues – lui, officiellement toujours dans la majorité en tant que 3e adjoint – puisse les rejoindre si nécessaire. Cela ferait ainsi un total de 24 élus, largement plus du tiers démissionnaire nécessaire pour provoquer des élections alors qu’en faisant entrer au conseil Jacques Plaine en remplacement numérique de Denis Chambe (et de Claude Liogier pour ce qui est de son camp), la majorité Perdriau n’a maintenant plus de personnes « en réservoir » sur sa liste électorale 2020.  

Comprenez que ce n’est vraiment, vraiment pas le moment d’ajouter de l’instabilité au regard du contexte national. On verra plus tard…

Nicole Peycelon, ex adjointe (groupe Saint-Etienne Avant tout)

Faut-il encore que cette opposition bigarrée comme jamais s’entende. Politique fiction ? Certes, mais les potentiels producteurs du film, au moins pour une grande partie d’entre eux et de camps politiques différents, ont bien à nouveau déjà évoqué le scenario entre eux cette semaine, à défaut de s’atteler fermement à son écriture. Aussi, le sujet sera bel et bien sérieusement discuté à la rentrée. Démissionner en bloc avec la gauche ? « Ce n’est pas une hypothèse d’actualité : comprenez que ce n’est vraiment, vraiment pas le moment d’ajouter de l’instabilité au regard du contexte national. On verra plus tard, en septembre, en tout cas après les législatives… Mais là, notre récente décision n’est pas de nature politicienne », a répondu mardi aux questionnements de la presse locale Nicole Peycelon, présidente du groupe Saint-Etienne Avant Tout. Cela à l’occasion d’une conférence de presse de dernière minute organisée mardi au lendemain du coup de théâtre de lundi. Le groupe dissident avait bien caché son jeu. Sa décision de quitter la majorité avait été, en fait, prise une semaine avant dès le lundi 17 juin au soir, dès l’éviction acquise de Claude Liogier, a-t-on appris mardi.

« Le maire est d’ailleurs déjà clairement en campagne »

Acte de solidarité qui l’a beaucoup touché, a témoigné ce dernier mardi, ressentant une profonde injustice vis-à-vis du travail effectué depuis 10 ans alors qu’il avait abandonné sa vie professionnelle de cadre bancaire à 2 ans de la retraite, à la demande de Gaël Perdriau. Nicole Peycelon avait, comme Claude Liogier avant elle, rendez-vous la même semaine avec le maire, comme d’autres d’adjoints de son groupe. « Ce que Gaël Perdriau me voulait ? Il ne s’agissait pas d’une éviction pour moi. Il s’agissait de me proposer de récupérer les délégations de Claude dès maintenant avec l’intention très claire de se lancer, à ses côtés, immédiatement dans la course à 2026… Le maire est d’ailleurs clairement en campagne depuis plusieurs semaines. Je lui ai dit « plutôt non » mais en fait, c’était déjà fermement non. Nous sommes cohérents : nous votions les délibérations du plan de mandat auquel nous croyons en tant qu’équipe et nous continuerons peut-être d’ailleurs à le faire à la rentrée sur des délibérations conformes au programme 2020. Le bilan du mandat, techniquement est bon. Mais il est le fait d’une équipe d’élus, d’agents, de services et aussi des structures, des associations avec qui la mairie travaille. »

En revanche, « hors de questions de se lancer dans une campagne précoce avec un maire à propos duquel nous exigeons depuis bientôt 2 ans le retrait et qui en plus vient d’évincer un de nos collègues sans vraie justification. Cela n’aurait pas été cohérent, absolument impossible. Oui, il ne s’attendait pas cependant à notre départ de la majorité ». Les cinq nouveaux adjoints élus lundi parmi les 35 fidèles de Gaël Perdriau n’ont pas vu leurs fonctions encore attribuées (ce qui peut être fait par arrêté sans passage en conseil). En attendant, à Saint-Etienne, il n’y a donc plus d’adjoints à la tranquillité publique et propreté, à la santé (en plein déploiement du fameux plan cancer), à la circulation/mobilité, à la démocratie locale et de la vie associative ou encore à l’éducation/jeunesse. Sans même parler de quatre délégations attribuées aux quatre conseillers partants. Pas de quoi soulager le quotidien des services et leurs agents, déjà impactés par une tempête dont les rafales succèdent aux rafales depuis 22 mois.

Plus d’un écueil sur le chemin

« Même s’il se prive d’une solide expérience, les choses ne vont pas s’arrêter brusquement pour autant dans ce domaine. Nombre de projets sont sur les rails, enclenchés et on peut compter sur leur professionnalisme, tempèrent les élus de Saint-Etienne Avant Tout. Mais oui, ça n’arrange rien à ce terrible climat de souffrance qu’ils vivent. » Probable que les trois LR restant de Saint-Etienne Avant Tout – Nicole Peycelon, Claude Liogier et Robert Karulak – vont voir la procédure de suspension de leur parti les menaçant retomber. Le soufflet « ne nous a jamais fait trembler », rappellent cependant les intéressés qui insistent sur le pluralisme de leur groupe, comptant dans ses rangs « non alignés » et centristes. Le pluralisme, c’est tout le contraire de l’état d’esprit de Gaël Perdriau, estiment-ils d’une seule voix. « Fidélité à un projet ne veut pas dire soumission à un chef. Nous subissons l’exercice d’un pouvoir très rigide, étouffant le libre arbitre », dit précisément Paul Corrieras, ex adjoint à la démocratie participative dont le rendez-vous avec le maire consistait pour lui, à effectuer « un bilan et la proposition de repartir avec lui ».

Fidélité à un projet ne veut pas dire soumission à un chef. Nous subissons l’exercice d’un pouvoir très rigide, étouffant le libre arbitre .

Paul Corrieras, ex adjoint à la démocratie participative

« Saint-Etienne avant tout » imagine-t-il que parmi les 35 fidèles restant à Gaël Perdriau, certains finissent par les rejoindre ? « Non, ce qui s’est passé en début de semaine semble très clair. Maintenant, si quelqu’un venait à nous contacter, nous l’écouterions… » Il faudra aussi bien s’écouter et prendre le temps entre formations politiques en cas de volonté commune et de l’ensemble de l’opposition de démissionner. Pour la gauche, il faudrait en plus, « au préalable, s’assurer que l’ensemble de des listes électorales 2020 (61 personnes) soit bien d’accord pour démissionner, pas seulement nous, les élus en place », relève Olivier Longeon (Le Temps de l’écologie) qui nous confirme ce jeudi, comme Isabelle Dumestre (Saint-Etienne Demain) la veille, que le sujet sera bien abordé à la rentrée. Sans doute pas l’obstacle le plus difficile à franchir. Plus compliqué en revanche : la pertinence de partir en campagne précipitamment (l’élection devrait avoir lieu dans les 3 mois suivant la démission).

Et donc, en cas de victoire, pour une formation qui n’est pas actuellement au pouvoir, de devoir repasser devant les urnes dès 2026 après l’exercice de seulement un an de mandat dans un contexte de crispation budgétaire généralisé… Autre écueil : une éventuelle élection donnerait probablement lieu à quatre blocs majeurs : deux de droite donc ; celui de la gauche, du moins si elle est parvenait à partir unie et le RN… Avec le jeu des triangulaires au 2e tour (il faudra 10 % des suffrages exprimés au 1er pour en être), il y aurait peut-être, pour les uns et les autres, plus à perdre qu’à gagner de se lancer dans des élections anticipées. Bref, appuyer sur un bouton nucléaire pourrait avoir des conséquences dissuasives… Le prochain conseil municipal de Saint-Etienne se déroulera le 30 septembre. On en saura davantage d’ici là. Peut-être même dès les semaines qui suivront les Législatives.

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