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La valorisation de la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez franchit une étape en attendant beaucoup plus

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Le joyau patrimonial situé sur les contreforts du Pilat côté Gier, ex monastère de Chartreux devenu village, a vu l’inauguration de la rénovation de son « ermitage » samedi. C’est-à-dire la cellule témoin d’un père, propriété du Parc du Pilat, pièce centrale de la visite guidée du site. Une avancée sur le chemin d’un projet de valorisation touristique bien plus conséquent mené par Saint-Etienne Métropole…

L’ermitage rénové par le Parc naturel du Pilat. ©Parc naturel du Pilat

63 308 visiteurs enregistrés en 2019 au rythme d’avant Covid. A l’échelle du tourisme dans la Loire, ce n’est vraiment pas rien. Grâce aux efforts conjugués du Parc du Pilat, de la commune de son Association de sauvegarde et d’animation et désormais de Saint-Etienne Métropole, à qui revient la compétence tourisme, la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez ne se contente pas d’être l’un des sites les plus fréquentés du Pilat. Elle l’est à l’échelle de la Loire, dans son top 10. Pour ceux qui ignorent tout de ce joyau patrimonial, situé à quelques kilomètres de route sinueuse au sud de Rive-de-Gier, rappelons rapidement son histoire singulière.

Elle débute à la fin XIIIe siècle quand Béatrix de la Tour-du-Pin se met en tête d’honorer la mémoire de son époux, feu Guillaume de Roussillon. 5 ans après les Croisades 8e édition (la seconde à l’initiative de Louis IX, dit le saint), ce seigneur dauphinois était parti calmer au nom du roi les violents rififis entre factions de croisés encore installés pour quelques années à Saint-Jean-d’Acre en Terre sainte. Il disparait en 1277, très probablement victime de protagonistes du conflit derrière un petit coup d’Etat local. 4 ans après, à plusieurs milliers de kilomètres de là, sa dame, propriétaire d’une forteresse dans les environs de Châteauneuf fait appel à l’ordre monacal des Chartreux pour créer son monastère hommage.

Une valorisation touristique qui prend de l’ampleur

Si vous n’êtes jamais venu, empressez-vous de combler cette lacune. ©Parc naturel du Pilat

500 ans de prières plus tard, la Révolution de 1789 donne lieu à la confiscation des propriétés de l’Eglise par l’Etat qui les vend comme biens nationaux aux plus offrants. Ce qui aboutira à de nombreuses destructions patrimoniales, les acheteurs transformant souvent leurs acquis en carrière de pierre. Comme Pommiers-en-Forez, propriété là du Département, la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez a miraculeusement échappé à ce sort. Avec cette originalité d’ordre nationale d’avoir été transformée en village à la suite d’une vente aux enchères en 1794 des cellules aux paysans locaux. Car les moines disposaient de nombreux mètres carrés pour pratiquer leur ascétisme, les cellules étant en effet très spacieuses, largement assez pour faire office d’appartements. C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui : plusieurs dizaines des 480 Cartusiens, nom des habitants de la commune, y sont encore domiciliés.

Le côté vivant de ce musée à ciel ouvert n’a pas toujours été commode à faire cohabiter avec une fréquentation touristique toujours plus prise en main par l’Association de sauvegarde et d’animation de la Chartreuse et les collectivités. Il faut dire qu’il y a de quoi voir entre le charme de son imposante allure globale, noyée dans un écrin de verdure, sa porte d’entrée principale monumentale, ses cours intérieures, ses églises, la cuisine ou encore l’ermitage, véritable cellule d’un père chartreux racheté par le Parc naturel régional (PNR) du Pilat en 1989. Une « cellule témoin » incluse dans la visite guidée des lieux depuis 1992 dont les 90 m2 sont aujourd’hui « le point phare », souligne le PNR.

440 000 € investis dans la pièce centrale de la visite

L’ermitage avant sa rénovation par le Parc naturel du Pilat. ©Parc naturel du Pilat

« Nous sommes ainsi plusieurs acteurs à être propriétaires des éléments qui composent la visite guidée, précise Marie Vidal, chargée du suivi du projet de l’ermitage au sein du Parc. Par exemple, l’église paroissiale appartient évidemment à la municipalité, la cuisine à l’association, etc. Tandis que l’accueil et la valorisation touristiques reviennent à Saint-Etienne Métropole en lien avec l’association. Notre ermitage qui vise à reconstituer le quotidien d’un père chartreux au temps du monastère nécessitait des travaux de conservation importants. » Ils ont été effectués en deux phases pour un investissement de 440 000 €. Une première tranche a concerné la rénovation de clos et couverts destinés à préserver l’ouvrage. La deuxième les aménagements intérieurs et la mise en accessibilité.

Démarrées en 2020, puis interrompue par la pandémie, les interventions ont porté plus particulièrement sur la réfection du volume de la salle d’études par comblement du secteur fouillé, la réhabilitation du promenoir avec la remise à niveau du sol pour permettre l’accessibilité, le renforcement du passage sous-poutre et l’installation d’une trémie en verre, offerte par l’entreprise Targe, pour donner à voir le niveau inférieur. Ces travaux ont pris fin en mai 2021 après la restauration, aussi des sols et plafonds ainsi que des enduits et une mise aux normes électriques. Depuis, l’ermitage est à nouveau accessible en visite guidée. Le Parc du Pilat a bénéficié de financements de la Région, du Département de la Loire et de l’État via la Drac (Direction régionale des affaires culturelles). Mais aussi de la Fondation du patrimoine, derrière une souscription publique.

Saint-Etienne Métropole devrait détailler son projet cet automne

Samedi, le président du Parc du Pilat, Emmanuel Mandon, prenant la parole pour l’inauguration de la rénovation. ©Parc naturel du Pilat

Mais pour ce qui est classé parmi les Plus Beaux Villages de France et reconnu comme Village de Caractère en Loire, il ne s’agit là que d’une étape sur le chemin d’une valorisation touristique à fort potentiel comme en témoigne sa fréquentation. Déjà parce que d’autres rénovations sont à venir. Ensuite parce que Saint-Étienne Métropole et l’ensemble des parties prenantes travaillent depuis plusieurs mois sur un projet de mise en valeur scénographique et muséographique de l’ensemble du site. Cette scénographie qui fera sans doute appel à un cocktail vidéo, son et lumières a été confiée à l’atelier stéphanois Les Charrons tandis que l’architecture l’est à Richard Goulois du cabinet saint-chamonais… Croisée d’archi, spécialisé dans la rénovation de patrimoine ancien.

Ancienne cuisine, église et ermitage seront dotés d’équipements et mobiliers qui viseront à une meilleure compréhension des lieux. Impliqué dans ce projet, le Parc du Pilat anime par exemple le conseil scientifique de la Chartreuse qui alimentera le travail des scénographes. Entre rénovations de la pierre et scénographie, les investissements publics devraient ainsi cumulé plusieurs millions d’euros. Mais Saint-Etienne Métropole, contactée, ne souhaite pas en dire davantage avant l’automne sur un projet qui devrait être concrétisée en 2023…

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