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Méthanisation à Montbrison : une usine à gaz au sens propre

• Xavier Alix
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Le projet, initié il y a déjà 8 ans par les collectivités via Sem’Soleil et Loire Forez agglomération, sort enfin de terre depuis janvier. Cette unité de méthanisation est développée par l’entreprise CVE, spécialisée dans l’énergie renouvelable. Son emprise de 3 ha a pris place à la Zac des Granges au sud-est de Montbrison. Elle entrera progressivement en service à partir du printemps 2022.

Le projet a fait appel à des entreprises locales. Par exemple Brunel, pour le génie civil. © IF Media/Xavier Alix.

8 000 t de CO2 esquivées chaque année. C’est ce que promet l’unité de méthanisation de Montbrison une fois à plein régime. C’est-à-dire à la fin de 2022. Sachant que dans son rapport de janvier 2020, le Commissariat général au développement durable soulignait que l’empreinte carbone des Français représentait en 2018 « 11 tonnes équivalent CO2 (t CO2 éq) par habitant ».

A Montbrison, depuis la Zac des Granges, c’est l’équivalent de la consommation de 3 800 foyers en gaz naturel (avec une production de « 250 Nm3/h ») qui sera produite dans un an et demi. Du biogaz inséré dans le réseau de gaz naturel de GRDF qui aura pris le soin d’ajouter une note olfactive désagréable à ce nouveau flux sans odeur. Sécurité oblige. Ce sera alors l’aboutissement de 9 ans de travail. C’est, en effet, en 2013 qu’une délibération de Loire Forez a donné son accord pour céder les 3 ha de la Zac.

Le projet de méthanisation à Montbrison : huit ans de cheminement

Il a fallu convaincre, rassurer la population et les entreprises voisines. Nous avons beaucoup informé, consulté. Et finalement, il n’y aura pas eu d’oppositions majeures

Christophe Bazile, président de Loire Forez et maire de Montbrison

Ils auraient pu très bien accueillir une implantation économique à plus forte plus-value en termes d’emplois directs (il suffira de trois équivalents temps pleins pour faire fonctionner le site). « Mais l’idée a bien été votée à l’unanimité, se souvient Christophe Bazile, président de Loire Forez et maire de Montbrison, alors dans l’opposition. Finalement, le terrain a été vendu pour une somme très avantageuse (18 € le m2, NDLR). Cela va dans le sens de la transition énergétique, du développement durable que nous voulons. Il a fallu convaincre, rassurer la population et les entreprises voisines. Nous avons beaucoup informé, consulté. Et finalement, il n’y aura pas eu d’oppositions majeures. »

Des membres de CVE et de Sem’Soleil devant les deux socles qui accueilleront les cuves de digestion produisant le biogaz. © IF Media/Xavier Alix.

Entre ses prémices en 2013 et le début du chantier en janvier dernier, le projet aura patiemment connu toute une série d’étapes successives. Au gré des évolutions réglementaires, sinon technologiques. Exit en 2016, par exemple, l’idée d’utiliser des boues de station d’épuration qui aurait pu davantage inquiéter. Il aura aussi fallu compenser pour la biodiversité une petite partie des 3 ha accueillant des espèces protégées.

12,7 M€ investis dans cette unité de méthanisation

Il y a eu, enfin, tout le travail mené avec la filière, pour trouver des partenaires. « Il reste la partie haute de l’iceberg à mettre en place, note Thierry Gouby, vice-président du Siel-Territoire d’énergie Loire et membre du conseil d’administration de Sem’Soleil. Mais c’est un long cheminement qui commence à aboutir après de nombreux échanges de terrains entre population, voisinage, collectivités et l’entreprise. » C’est le fournisseur d’énergie Endesa qui achètera le biogaz.

Mais pour construire et gérer le site, c’est l’entreprise CVE qui a été retenue. Elle est ainsi devenue partenaire des collectivités locales de la Loire via leur Société d’économie mixte Sem’Soleil, à l’origine du projet. CVE possède 80 % des parts du site. La Sem les 20 % restants. Ensemble, elles ont, proportionnellement à leurs implications, investi une somme conséquente à la réalisation de l’unité : 12,7 M€. Avec l’appui non négligeable de l’UE (1,075 M€ de fonds Feder), de l’Ademe (525 000 euros) et de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne (261 000 euros). Le reste sur emprunts et à 17 % sur des fonds propres.

Projection architecturale aérienne du site. © Tan Dem/CVE

Le retour sur investissement est évalué entre 7 et 9 ans

« Producteur d’énergies renouvelables (hydroélectrique, solaire et biogaz, NDLR) indépendant » , CVE – 38 M€ de CA en 2020 – compte 220 collaborateurs. L’entreprise dont le siège social est à Marseille (avec cependant des bureaux entre autres à Lyon) était jusque-là surtout orientée vers le développement du photovoltaïque. Mais elle annonce de fortes ambitions autour de la méthanisation. Une activité qui représente 2 % de son CA et qu’elle espère faire passer à 25 % en 2025. Elle compte pour l’heure deux unités en exploitation. Deux autres seront mises en service cet été. Puis ce sera Montbrison avant une autre, à Aoste (Isère) dont la construction commencera, elle, en juillet.

Pour Sem’Soleil et CVE, le retour sur investissement est évalué entre 7 et 9 ans. L’Etat cherche à doper le recours aux énergies renouvelables en proposant le rachat du biogaz (à l’image de ce qui avait été développé avec le photovoltaïque) à ses producteurs via GRDF pour des prix jusqu’à 3 fois supérieurs à celui du gaz naturel. Cette tarification a été revue en décembre 2020. L’unité de Montbrison conservera cependant des conditions tarifaires fixées avant cette date.

20 000 à 25 000 tonnes de matières organiques traitées par an

Ce sont de 20 000 à 25 000 tonnes de matières organiques issues majoritairement d’un rayon d’approvisionnement de moins de 40 km qui arriveront chaque année sur le site de la Zac des Granges. Des déchets issus essentiellement des industries agroalimentaires locales ainsi que des grandes et moyennes surfaces de la restauration. « Elles passent avec nous des contrats de prestation, comme elles le font pour l’enlèvement des ordures ménagères, compare Sandrine Duchaine, responsable régionale développement biogaz chez CVE. Cela nous permet d’assumer le coût du traitement  » Des « fournisseurs » clients auxquels devraient s’ajouter des collectivités territoriales.

Cet immense socle accueillera une des deux cuves de stockage des digestats liquides destinés à l’épandage agricole. ©IF Media/Xavier Alix.

Cette unité permettra, parallèlement, de produire aussi un fertilisant organique. Deux types de digestat (solide et liquide) résultant du processus de production du biogaz. Il sera destiné à des agriculteurs du territoire. CVE a déjà noué un partenariat avec 40 agriculteurs de Loire Forez. Certains d’entre eux amèneront d’ailleurs leurs propres matières organiques sur le site (pour un volume estimé de 10 à 20 % du total). Eux et les autres verront ainsi leurs terres – 3 000 ha cumulés – recevoir un épandage de ce digestat orchestré par CVE. Dénué de produits chimiques donc. Et sans odeur.

CVE promet une problématique d’odeurs très réduite

Les intrants solides sont stockés dans un bâtiment fermés, ceux liquides dans des cuves

Paul Escale Benedeyt, ingénieur biogaz chez CVE

A propos d’odeurs, l’entreprise promet une problématique depuis le site réduite au strict minimum. « Là où il peut y avoir des émissions, c’est, forcément, au déchargement des camions, reconnait Paul Escale Benedeyt, ingénieur biogaz chez CVE. Le site sera ouvert aux livraisons de 8 h à 17 h du lundi au vendredi mais pas le week-end. Mais pour l’essentiel, les intrants solides sont stockés dans un bâtiment fermés, ceux liquides dans des cuves spécifiques. » Seuls ceux du 3e type, les déchets verts seront stockés à l’air libre. Et la fabrication bénéficiera, d’un processus poussé de désodorisation. Ce sont ces trois intrants mélangés, selon un dosage défini qui produisent le gaz.

Cette immense cavité au sol imperméabilisé à l’entrée du site servira à collecter les eaux de voiries et les déversements accidentels. Pour être ensuite injectés dans le process. Photo ©IF Media/Xavier Alix.

Le process qui se poursuit en permanence, même lors d’opérations de maintenance, consiste à chauffer cet ensemble entre 37 et 40 degrés. Puis à retirer du gaz qui en émane, l’eau et les composés indésirables. Le gaz naturel est composé à 99 % de CH4 (méthane). Le biogaz qui attend avant sa connexion au réseau dans des dômes coiffant les cuves de méthanisation, avant traitement, à 60-70 %. « Le reste, c’est du CO2 que nous retirons. Il aurait été, de toute façon, rejeté dans l’atmosphère sans l’existence de notre unité de méthanisation », précise Paul Escale Benedeyt.

Selon CVE, le soin apporté à son  process et à la limitation de son impact explique un montant d’investissement conséquent. Proportionnellement supérieur autres unités de méthanisation par rapport aux capacités de tonnage. En l’état, le site est prévu pour une durée d’exploitation de 25 à 30 ans.

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