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lundi 22 avril 2024
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Pôle métropolitain : avis de décès attendu

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Avec la Capi (Communauté d’agglomération Porte de l’Isère) dont le président Jean Papadopulo sera sans doute, aussi, le dernier du Pôle Métropolitain, Saint-Etienne Métropole est l’une des deux seules intercommunalités membres à s’être prononcée contre la dissolution de ce syndicat de coopération « inter inter » communal créé en 2012. Mais la Métropole de Lyon ayant initié sa fin, il y a très peu de chances qu’il voit 2023. Certains conseillers ligériens l’approuvent d’ailleurs.

Carte des intercommunalités membres du Pôle, sous statut de syndicat mixte.

« Machin » dont le jeu n’en a jamais valu, sinon n’en vaut plus, la chandelle ? Ou instance de dialogue inédite qui sera à regretter ? Les élus de Saint-Etienne Métropole n’étaient pas tous d’accord, le 29 septembre, pour réclamer au préfet de région via une délibération soumise au vote le maintien en vie du Pôle Métropolitain. Ce dernier a été créé en avril 2012 entre la Communauté urbaine de Lyon (Grand Lyon, devenue métropole), Saint-Etienne Métropole, la communauté d’agglomération Porte de l’Isère (Capi) et celle du Pays viennois (ViennAgglo devenu depuis Vienne Condrieu Agglomération). L’idée : davantage se parler et développer des coopérations à une échelle intercommunale inédite autour d’intérêts communs dans les transports, l’économie, l’aménagement, la culture, le tourisme, la grande agglomération lyonnaise étant le trait d’union des territoires membres.  

La Communauté de communes de l’Est lyonnais et la Communauté d’agglomération Villefranche-Beaujolais-Saône s’étaient d’ailleurs ajouter aux membres fondateurs. Des locaux et un siège avaient été créés à Givors (Maison du Fleuve Rhône) et quelques fonctionnaires recrutés mais le Pôle métropolitain, d’ailleurs très méconnu des citoyens malgré son site web et sa propre charte graphique, n’est cependant pas devenue une réelle collectivité, ou cette énième couche technocratique témoignant d’une surenchère administrative monstrueuse, comme cela avait été craint par beaucoup il y a 10 ans. Ses défenseurs arguant hier comme aujourd’hui qu’il n’agit que d’une instance de discussion. Son budget serait en chute libre passant de près d’1,8 M€ à 2016 à selon nos confrères de l’Essor 1,1 M€ en 2020 et même 310 000 € en 2022. Sans doute parce que la majorité de ses membres n’en voulaient déjà plus.

Les arguments de la défense

A commencer par la nouvelle majorité à la tête du Grand Lyon, principal territoire membre et point de convergence des cinq autres justifiant en soi la raison d’être du Pôle. Celui-ci est donc jugé trop coûteux par rapport à son utilité réelle par quatre de ses six membres qui ont demandé au préfet de région, du moins l’ont exprimé en assemblée, d’acter sa fin. La décision devrait être théoriquement prise d’ici fin 2022. Et ce n’est très probablement pas l’avis contraire de la Capi et de Saint-Etienne Métropole, voté, pour cette dernière, le 29 septembre qui devraient l’inciter au maintien. Présidant par intérim de l’assemblée en raison des révélations de Mediapart, le maire de Saint-Chamond Hervé Reynaud estime le bilan de cette décennie positif avec un élargissement en 2015 pertinent des compétences sur l’aéroport de Saint-Exupéry jugé et des actions « portant leurs fruits ».

Les défenseurs du Pôle, qui constatent que nouvelles intercommunalités souhaitaient il y a encore peu adhérer, mettent en avant des coopérations culturelles avec des résonances sur chaque territoire et des échanges de communication autour d’événements propres à chaque territoire : biennales de la danse, du cirque, du design ou encore Jazz à Vienne. Mais aussi la mise en place d’outils communs entre offices du tourisme, d’un programme d’accompagnement des évènements culturels et sportifs en faveur d’un approvisionnement local dans leurs prestations alimentaire, de représentations communes dans plusieurs salons professionnels de l’immobilier. Ils ajoutent « la production d’éléments de connaissance sur les dynamiques sociodémographiques, environnementales et sur les mobilités à l’échelle de ce grand territoire avec l’appui des deux agences d’urbanisme de Saint-Etienne et Lyon ».

Des inquiétudes exprimées

Attribués au Pôle Métropolitain aussi les discussions autour du projet de la grande voie verte censé à terme, relier l’Ondaine à Lyon en passant par le Gier pour se connecter ensuite au Nord Isère… Ou encore la création de « T-libr », tarification multimodale des transports en commun s’appuyant sur un découpage zonal de l’aire métropolitaine Lyon – Saint-Etienne, souligné, sans surprise, par Olivier Longeon, conseiller d’opposition stéphanois EELV : « Ce pass commun sur tous les réseaux, y compris SNCF avec des prix très réduits, a été une vraie avancée. » Le maire de Roche-la-Molière, Éric Berlivet, regrette, lui aussi, la disparition « du seul outil permettant de siéger sur des projets communs. Nous n’avons pas intérêt à travailler de manière isolée. J’ai l’impression que c’est hélas la tendance du côté lyonnais actuellement »

Nous n’avons pas intérêt à travailler de manière isolée. J’ai l’impression que c’est hélas la tendance côté lyonnais actuellement 

Éric Berlivet, maire de Roche-la-Molière

Luc François, maire de Grand-Croix et vice-président à Métropole aux transports ajoute qu’il n’y a pas d’équivalent en France à cette échelle « de 4 millions d’habitants que ce lieu de rencontres autour d’un grand bassin de vie commun qui a largement contribué à la création de Moovizy pour l’Euro 2016 ». Vice-président à la voirie, Vincent Bony, maire de Rive-de-Gier, faisait part de son inquiétude à propos de ce qui est le fait du prince, d’une puissance plus forte (le Grand Lyon, Ndlr). Ce alors même que l’agglomération lyonnaise a selon lui, de grands intérêts à discuter par exemple sur la vallée du Gier, identifiée pour elle, comme un axe de développement.

Pour une petite minorité, la dissolution est logique

J’ai demandé à des maires du nord et du sud du Rhône à quoi servait selon eux le Pôle : on m’a répondu : « pfff !! » et « il y a de beaux buffets »… 

Pierrick Courbon, conseiller d’opposition PS stéphanois

Quatre conseillers communautaires ont cependant voté contre le maintien du Pôle. Pierrick Courbon, conseiller d’opposition PS stéphanois par exemple qui a pris la parole à contrecourant pour souligner « des réalisations concrètes très inférieures aux ambitions affichées » et donc un budget de fonctionnement consacré inutile. « J’ai demandé à des maires du nord et du sud du Rhône à quoi servait selon eux le Pôle : on m’a répondu : « pfff !! » et « il y a de beaux buffets »… » Plus sérieusement, l’élu a demandé à plusieurs reprises à Saint-Etienne Métropole, en vain, les bilans financiers du pôle.

La taille, le manque de souplesse, l’impossibilité – autrement qu’aléatoirement et trop rarement – de caser dans les agendas des réunions de travail et de décisions : tout pour lui rend logique la dissolution. Sans surprise non plus, le maire de Lorette, Gérard Tardy a été dans le sens de Pierrick Courbon : « Si jamais, le pôle devait être maintenu, il faudrait lors revoir de près sa méthode de gestion. » Gaël Perdriau, conscient des lourdeurs, l’avait demandé, rappelle Hervé Reynaud. « Cela avait été écarté d’un revers de main. »

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