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Quel aurait été le poids de la gauche dans la Loire si elle s’était unie en 2017 aux législatives ?

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L’heure est aux discussions à l’échelle nationale entre La France insoumise et les autres partis de gauche non révolutionnaires pour créer une union en vue des législatives (12 et 19 juin) et peser davantage comme force politique à l’Assemblée nationale. Ce lundi matin, elle était acquise avec EELV. Mais toujours en discussion avec le PC et le PS. Qu’est-ce qu’une union aurait donné en 2017 et 2012 dans la Loire ? Coup de rétroviseur additionnel.

Ce n’est pourtant pas si loin mais les forces en présence relèvent déjà d’une autre ère politique. Il y a 10 ans, dans la Loire, le parti qui avait cumulé le plus de voix au 1er tour des législatives se nommait le Parti socialiste (28,7 %, 110 000 voix). Et de loin puisque suivi par l’UMP à 25,63 % (soit 76 000 voix) devenu depuis LR. Si le PS s’était alors uni avec les autres formations de gauche – le seul vecteur d’union était alors le front de gauche rassemblant notamment PC et Parti de gauche d’où est issue La France Insoumise -, cela aurait donné 45,23 % des voix exprimées.

Une addition composée donc du PS, du Front de gauche (7,78 %), d’Europe Ecologie Les Verts (6,26 %), de réputés divers écologistes (0,82 %), du 1,01 % cumulé par les partis révolutionnaires LO, NPA et POI, du parti radical de gauche (0,53 %) et d’autres divers gauche (0,13 %). Au second tour, seuls le PS (39,06 %) et EELV (via une union dans la 4e circonscription) étaient présents pour deux députés alors socialistes élus à Saint-Etienne :  Régis Juanico et Jean-Louis Gagnaire, depuis partis rejoindre Génération.s pour le premier, En Marche pour le second. Les quatre autres sièges étaient revenus à l’UMP et ses alliés du centre droit. A noter que l’abstention s’élevait alors à 41,72 % au 1er tour et 43,26 % au second.

19,24 % des suffrages exprimés en 2017 au 1er tour

En 2017, le paysage politique avait radicalement évolué. Il appartient davantage à ce que nous connaissons aujourd’hui. A ceci près, et c’est considérable dans l’analyse, que l’abstention avait progressé de plus de 10 points (!) au 1er tour pour passer à 52,28 %. Mais les repères politiques sont très proches de 2022 : dans les appellations et aussi, du moins, en grande partie, dans les résultats si on les compare à la présidentielle de la même époque. Miné – entre autres – par la création d’En Marche, le PS avait obtenu… 4,42 %, 24,3 points en moins par rapport à 2012. Une chute encore plus vertigineuse que celle enregistrée par le socialiste Benoît Hamon à la présidentielle en 2017 par rapport à François Hollande en 2012 (5,8 % contre 26,46 %). Faut-il s’attendre à un scenario analogue pour les LR qui, il y a 5 ans, avaient péniblement obtenu 16,14 % au 1er tour des législatives dans la Loire (18,36 % pour Fillon à la présidentielle) ?

En tout cas, le total réalisé par la gauche, c’est-à-dire le PS ajouté à la France Insoumise (10,36 %), au PC (3,54 %) à EELV (2,11 %) et divers écologistes (2,23 %), aux partis d’extrême gauche cumulés (0,85 %) et au Parti radical de gauche (0,15 %), n’avait atteint dans la Loire que 19,24 %. Quelques unions mais purement locales entre des formations avaient été réalisées comme celle du PC avec NPA dans les 1ère et 2e circonscriptions ou, plus largement, celles menées par Jean Duverger (EELV) dans la 6e avec le PS et EELV et Christophe Faverjon (PC) avec le PS et EELV dans la 4e. Mais alors sans LFI, quelque peu remonté contre les années Hollande. Désunie, la gauche avait été représentée au second tour par le socialiste Régis Juanico qui sera élu dans la 1ère circonscription à 23 voix près et Andrée Taurinya (LFI) dans la 2e circonscription, battue, elle assez largement par Jean-Michel Mis (En Marche).

Un vote utile favorable à la gauche aux législatives ?

Les quatre autres circonscriptions avaient vu un affrontement entre LR/UDI et En Marche/Modem. Bien sûr, l’écart entre 2012 et 2017 du cumul des voix réputées de gauche dans la Loire (45,23 %) contre 19,24 % est à relativiser par la création d’En Marche mais celle-ci avait semblé davantage porter un coup fatal au PS qu’aux autres. Cependant, à quel point la majorité présidentielle va-t-elle aimanter en 2022 des électeurs qui avaient jusque-là plutôt donner leurs voix aux LR aux législatives sur un score relativement cohérent avec la présidentielle ? Et au contraire, à quels points des ex pro PS déçus qui avaient voté pour lui en 2017 pourraient-ils se retourner vers la gauche en cas d’union totale ?

Les numéros indiqués sont ceux des 6 circonscriptions dans la Loire. Les couleurs de fond jaune (En Marche) et orange (Modem) signifient que la majorité présidentielle y était arrivée en tête en 2017. Les carrés rose (PS), rouge (LFI), bleus (LR) et bleu clair (UDI), le parti arrivé en second. ©ODBL (Open database licence).

Professeure en économie à l’université Jean-Monnet, Antoinette Baujard qui coordonne une opération expérimentale du laboratoire CNRS Gate Lyon Saint-Etienne sur des modes de scrutin alternatifs à la présidentielle nous faisait part dans un article publié le 22 avril cette analyse : le mode de scrutin actuellement en vigueur peut, du moins en partie, expliquer la chute spectaculaire des formations traditionnelles comme le PS puis les LR. « Cela semble être « tombé d’un coup » pour Benoît Hamon et donc aussi Valérie Pécresse en 2022. Mais le premier était toujours 3e et non 5e (6,36 % à échelle nationale, Ndlr) dans nos modes de scrutin alternatifs en 2017. Il semble qu’il y ait comme un brusque effet de basculement dans la tête des électeurs quand ils se rendent compte que « leur » candidat risque de ne pas passer les 10 %. Ils le fuient soudain, probablement pour que leur vote reste utile. »

L’abstention, la candidate déterminante

Or, si on fait un parallèle avec la présidentielle, la dynamique de Jean-Luc Mélenchon, en potentiel leader de cette union des gauches est, elle positive depuis 2012 : 11,18 % il y a 10 ans dans la Loire, 18,75 en 2017 et 20,25 % en 2022 mais respectivement environ 26 % puis 30 % en lui ajoutant sur ces deux derniers scrutins tous ses futurs (?) alliés. L’idée que leur bord parte uni pour les législatives, va-t-il davantage motiver les électeurs penchant complètement à gauche ? A voir donc ,aussi, le rôle qui sera du coup plus ou moins joué par l’abstention et son ampleur. En 2017, elle avait explosé dans la Loire au 1er tour et encore plus au second (de 55,68 % à 62,74 % selon les circonscriptions !). Rappelons qu’il faudra 12,5 % non pas des voix exprimées mais des inscrits pour se qualifier au second tour des législatives.

Qu’est-ce qu’une union de gauche avait donné dans votre circonscription en 2017 ?  

  • 1ère circonscription : 33,96 % des voix au 1er tour en 2017

Il s’agit des cantons nord-est et nord-ouest de Saint-Etienne. Pas de candidat écologiste ici il y a 5 ans. Les scores cumulés du candidat PS (19,25 %), de la France Insoumise (10 %), du PC (2,43 %), de LO (0,72 %), du POI (0,31 %) et au Parti radical de gauche (1,25 %), avaient totalisé 33,96 % des voix exprimées.

  • 2e circonscription : 31,88 % des voix au 1er tour en 2017

Il s’agit des cantons sud et sud-est de Saint-Etienne. Pas de candidat PS alors. Le score cumulé de ceux de la France Insoumise (15,38 %) du PC allié à NPA (3,97 %), de LO (0,82 %) et ici d’EELV (9,29 %) ainsi que de deux autres formations écologistes (2,42 %) totalisait alors 31,88 % des voix exprimées.

Une gauche plus à l’aise sur Saint-Etienne

  • 3e circonscription : 23,84 % des voix au 1er tour en 2017

Il s’agit des cantons de La Grand-Croix, Rive-de-Gier, Saint-Chamond nord, Saint-Chamond sud, Saint-Héand. La France Insoumise (9,66 %) avait fait le meilleur score à gauche. En l’ajoutant à celui des candidats PS (7,2 %), EELV (3,52 %), PC (1,7 %), LO (0,87 %) d’une autre formation écologiste (0,89%), la gauche avait ainsi cumulé 23,84 % des voix exprimées.

  • 4e circonscription : 23,95 % des voix au 1er tour en 2017

Il s’agit des cantons de l’Ondaine du Pilat et d’une partie du Forez : Bourg-Argental, Le Chambon-Feugerolles, Firminy, Pélussin, Saint-Genest-Malifaux, Saint-Bonnet-le-Château, Saint-Just-Saint-Rambert, Saint-Jean-Soleymieux. La France Insoumise (10,65 %) avait fait le meilleur score à gauche suivie de très près par le PC allié au PS et à EELV (10,45 %). En ajoutant ces scores à celui des candidats LO (0,79 %) et d’une formation écologiste (2,06 %), la gauche avait cumulé 23,95 % des voix exprimées.

Une gauche peu représentée dans le Forez en 2017

  • 5e circonscription : 21,4 % des voix au 1er tour en 2017

Il s’agit des cantons du Roannais : Belmont-de-la-Loire, Charlieu, La Pacaudière, Perreux, Roanne nord, Roanne sud, Saint-Haon-le-Châtel, Saint-Just-en-Chevalet, Saint-Symphorien-de-Lay. Là encore, la France Insoumise (10,07 %) avait fait le meilleur score à gauche suivie par le PS (4,94 %) et EELV (3,3 %). Avec le score des candidats PC (2,3 %) et LO (0,79 %), la gauche avait cumulé dans le Roannais 21,4 % des voix exprimées.

  • 6e circonscription : 16,25 % des voix au 1er tour en 2017

Il s’agit de la majeure partie des cantons du Forez et des Monts du Lyonnais : Boën-sur-Lignon, Chazelles-sur-Lyon, Feurs, Montbrison, Néronde, Noirétable, Saint-Galmier, Saint-Georges-en-Couzan, Saint-Germain-Laval. La France Insoumise (10,07 %) y avait fait une fois de plus le meilleur score à gauche (8,88 %) suivie par EELV (5,71 %). Leurs scores ajoutés à celui des candidats LO (0,86 %) et d’un mouvement écologiste (0,80 %), les voix totalisées par la gauche représentaient seulement 16,25 % des suffrages exprimés.

Sources des données publiées : Ministère de l’Intérieur.

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