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samedi 13 avril 2024
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Retraites : les neuf toujours à bloc et en bloc, blocage compris

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Trois semaines de « pause » concentrées sur l’argumentation et la pédagogie (inter) syndicale contre la réforme s’achèveront mardi 7 mars à la suite de leur appel à mettre la France à l’arrêt et plus si affinités. Ce qui marque l’esprit justement, c’est l’entente historique dans la durée de 9 syndicats si différents : la CNT à la CFTC en passant par la CFE-CGC, l’UNSA, la FSU, Solidaires, la CFDT, FO et la CGT. Jeudi soir, l’intersyndicale Loire a eu l’unique honneur d’accueillir à La Ricamarie pour une réunion publique des leaders nationaux – sinon leurs adjoints – comme François Hommeril (CFE-CGC), Philippe Martinez (CGT), Frédéric Souillot (FO) ou encore Benoit Teste (FSU). Reportage.

Simon Duteil (Solidaires), François Hommeril (CFE-CGC), Philippe Martinez (CGT), Marylise Léon (CFDT), Frédéric Souillot (FO), Sylvie Deude (CFTC), Dominique Corona (UNSA) et Benoît Teste (FSU). ©If Média/Xavier Alix

« J’aurais dû venir avec « mon » écharpe CGT. Avec Philippe Martinez, on était à côté jusqu’à Lyon, on se les ai échangées ! », se marre François Hommeril, le président de la CFE-CGC à la sortie du train, gare de Châteaucreux. Si on voit mal le patron de la CGT aller pavoiser devant ses troupes avec un produit dérivé du syndicat des cadres et de la maîtrise autour du cou, l’anecdote n’en est, au fond, pas vraiment une. Comme nous le dit François Hommeril, entrevu à la gare stéphanoise quelques minutes avant de grimper en voiture direction La Ricamarie, avenue Maurice-Thorez, « cela fait depuis le 10 janvier que ça dure et on est toujours inscrit dans la continuité d’un mouvement social, inédit et fort qui fait bloc ». Contrairement aux termes des invitations presse, ce soir-là, à partir de 18 h, il n’y a pas « débat ». Mais unanimité dans la salle Fernand-Montagnon, du nom d’un des maires PCF du bastion communiste de l’Ondaine.

Un grand soir pour l’actuel premier magistrat de La Ricamarie. Communiste lui aussi, Cyrille Bonnefoy a démontré de l’éloquence au moment d’ouvrir, non pas les débats donc mais une réunion publique aux allures de meeting électoral où transpire l’affutage de la « phase II ». Cette réforme se traduira par des dégâts monstrueux, lance-t-il. Y compris en termes d’incidences sur les finances publiques – sur ce point, on sent que c’est d’abord le maire plus que le partisan qui parle – en faisant « exploser les besoins en RSA, chômage et maladie ! La retraite n’a pas à être l’antichambre de la mort ! ». Devant lui, des centaines de militants (la police n’a pas communiqué de chiffres), panoplie syndicale sur le dos ou non, qui l’écoutent, l’applaudissent puis lui accordent carrément l’ovation au moment de conclure par l’annonce que, mardi, La Ricamarie sera « Ville fermée » par solidarité avec l’appel national d’une France à l’arrêt.

« L’irresponsabilité n’est pas de notre fait »

Sur la route transformée en parvis qui sépare la salle où l’on écoute à guichet fermée, de celle de complément, en face (plus de 1 000 personnes au total) où les échanges sont scrutés par retransmission vidéo, nous croisons Alain Rochette, de la CFE-CGC Loire. Entre un stand de frites de la CGT et celui de la CNT dont les panneaux appellent à la lutte, la vraie à ses yeux – « Nous n’aurons que ce que nous prendrons » –, le syndicaliste se réjouit de l’entente apaisée persistante entre les neuf formations, qu’il s’agisse de médiatisation, de manifestation ou comme ce soir de réunion. Cela, jusque dans le moindre détail d’organisation. Quelques minutes avant l’ouverture, un membre de la FSU rencontré par hasard vient nous le confirmer en nous proposant spontanément de nous conduire dans les coulisses, histoire de rencontrer ces fameux leaders syndicaux nationaux qui ont choisi une modeste banlieue stéphanoise en parfait symbole des « luttes » pour arguer et haranguer l’union sacrée.

Entre la salle principale et la seconde, plus de 1 000 personnes étaient présentes. ©If Média/Xavier Alix

On ne s’est pas fait prier même si la CFTC n’a, dépêché « que » sa secrétaire régionale. Pendant que dans les loges derrière elle, le très attendu Philippe Martinez prend la pose pour se faire mitrailler face, profils et moustache, Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT s’y colle volontiers : « Allez manifester à Albi, c’était une initiative symbolique venue d’en haut pour montrer que toute la France est mobilisée. Là, notre venue, elle vient du bas. C’est une initiative de l’intersyndicale locale et oui, une première. Comme l’ampleur du mouvement, au-dessus de 2010 et même 1995. » La CFDT appellera-t-elle à poursuivre le durcissement du mouvement au-delà du 7 ? « On fera le bilan ce soir là même si on soutient les initiatives du 8 autour des problématiques féminines et du 9 avec les organisations jeunesse. Quoi qu’il en soit, c’est au gouvernement d’arrêter d’être irresponsable. L’irresponsabilité n’est pas de notre fait. »

Travail au Cor

Des propos qui ne diffèrent pas d’un iota de ceux tenus par François Hommeril (CFE-CGC), une demi-heure plus tôt : « On est solidaire sur le 7. Si parallèlement, des organisations lancent leurs mouvements, je n’ai ni à soutenir, ni à contredire. Reste que les conséquences de ces initiatives seront de la seule responsabilité du gouvernement. Contrairement aux outrances sur un système qui serait en faillite tel que le disent les Véran, Attal, Dussopt, ce trio infernal autorisé par Macron à parler, en plus d’une Elisabeth Borne qui, reconnaissons-le, n’a pas dit exactement la même chose, nous sommes, nous, depuis des mois dans l’information, l’argumentation, les propositions. De quel bord est le bon sens quand on entend les sorties du président au Salon de l’agriculture ? On attendait d’autres réactions après 3 semaines sans mobilisations mais des réunions, en parallèle au travail législatif, comme celle de ce soir. »

L’entrée ovationnée des nationaux a été précédée par une prise de parole des leaders locaux, ici de la FSU au micro. ©If Média/Xavier Alix

A l’heure de rappeler les arguments intersyndicaux, ce sont d’abord les représentants locaux, un par un, qui se succèdent à la tribune salle Fernand-Montagnon. Ce n’est pas le seul dans la liste mais on retiendra l’angle d’attaque sur les revenus du capital mis unanimement mis en joue pour expliquer en quoi la réforme des retraites est, selon se détracteurs transversaux aussi bien bleu, blanc, fuchsia, orange, rouge et même moitié noire, « injuste ». Comme l’estime, d’ailleurs « 70 % de la population » ou même plus en fonction du sondage choisi par l’orateur. « Les 80 Md€ de dividendes du Cac 40, somme jamais atteinte », les « exonérations » qui profitent aux grands groupes « sans contrepartie », les aides publiques aux mêmes qui « représentent 13 fois le déficit des retraites », etc. Le tout « sur le dos des salariés et des retraités ». Ou encore : « Le système n’est pas en faillite, c’est faux ! », étayé toujours et encore, par cette référence au rapport du Cor.   

« Cette réforme est indéniablement idéologique »

« Les dépenses de retraites, selon ses 4 scenarios, vont baisser ou, au pire, stagner, relève François Hommeril. Les dépenses sont sous contrôle : rappelons qu’il y a eu des réformes avant qui ont déjà impacté les salariés. Alors, s’il y a un problème de recettes pourquoi s’attaquer à eux ? Les salaires n’ont pas profité de l’augmentation de la productivité. Les dividendes, elles oui, en passant depuis les années 90 de 5 à 15 % de la valeur ajoutée ! Cette réforme est indéniablement idéologique. » Son camarade d’écharpe, ne disait bien sûr pas le contraire salle Fernand-Montagnon au moment de prendre la parole : « Tout ce patacaisse pour 3 % de déficit quand il y a 35-40 % d’endettement pour les entreprises privées pour, parait-il, investir, préparer l’avenir, pointe Philippe Martinez. Ce sont ces raisons qui nous font hurler. »

Le plus navrant, estime-t-il, « c’est de voir ces gens-là du gouvernement quand nous les avons rencontrés faire des gros yeux ronds au moment de leur décrire la pénibilité, les conditions de travail. En gros : « mais de quoi il me parle celui-là ? » » Pour le secrétaire général de la CGT, « ceux qui proposent ça n’ont jamais vraiment travaillé ou ne connaissent pas le travail ». Le travail est certes essentiel pour « manger, vivre, échanger aussi au sein d’un collectif. Mais s’il y a un temps pour bosser, il y aussi un temps pour faire autre chose ». Sans idéologie, nous suivons le principe : bon week-end et à lundi.

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