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Saint-Chamond : l’église Notre-Dame sera bien désacralisée

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Malgré la tentative d’une association montée il y a quelque mois pour la maintenir dans le giron de l’Église, la décision est prise. Contacté par IF, le diocèse, à qui revient le verdict, confirme que la désacralisation de Notre-Dame ne fait l’objet d’aucun doute. Elle sera effectuée d’ici l’été 2022 en accord avec la mairie. Propriétaire au titre de la loi de 1905, elle en récupérera l’usage. A ses yeux, c’est justement cette procédure inéluctable qui permettra de rouvrir un bâtiment emblématique de Saint-Chamond, fermé au public depuis 17 ans. Elle veut y investir pour consacrer l’église à des usages culturels, voire spirituels…

L’église n’est plus accessible par sécurité depuis 2004. ©IF Médias/Xavier Alix

C’est LE serpent de mer de la cité couramiaude. Depuis Pentecôte 2004, Notre-Dame, la plus grande église de Saint-Chamond, est fermée au culte. Emblématique, le bâtiment situé en plein centre-ville, domine la place de la Liberté dans un style qui a la réputation d’être un compromis entre néo-gothique et néo-byzantin. Si l’intérieur ne présente que peu d’intérêt patrimonial, hormis ses vitraux, de l’extérieur, l’ensemble, élevé à partir de 1881, ne manque pas d’allure avec ses faux airs de cathédrale. Hélas, sa pierre si friable, a terriblement subi l’usure du temps et d’un environnement urbain peu clément.

Au point que l’église a été flanquée d’échafaudages permanents des années 1980 au tournant des années 2000 quand la municipalité Ducarre décide de lancer de lourds travaux de rénovation. Mais la technique utilisée – par injection de pierres – va se révéler dangereusement inadaptée. A la suite d’un risque d’effondrement, en 2004, la flèche de l’un des clochers a d’ailleurs été démontée. La mairie Philippe Kizirian lancera même un référendum en 2009 pour demander aux Saint-Chamonais s’il ne vaut mieux pas arrêter les frais là et carrément démolir le bâtiment. Ce sera non : une écrasante majorité des votants opte pour que la restauration soit achevée.

6 M€ de travaux y auront été engloutis en 20 ans

L’église a perdu l’une de ses deux flèches qui menaçait de s’écrouler. ©IF Médias/Xavier Alix

6 M€ auront été finalement engloutis en travaux sur les 20 dernières années dans le bâtiment dont 1,2 M€ pour le sécuriser définitivement sur la fin du premier mandat d’Hervé Reynaud. Son contrat de surveillance – il faut faire venir des cordistes – ajoute quelques dizaines de milliers d’euros au budget annuel de 500 000 euros consacré par la municipalité à l’entretien des églises dont elle propriétaire au titre de la loi 1905 de séparation entre l’Église et l’Etat.

Mais rouvrir au culte catholique le bâtiment exigerait un nouvel investissement d’un million d’euros. « L’intérieur est en très mauvaise état, constate Bruno Cornier, vicaire général du diocèse de Saint-Etienne contacté par If. Il y a eu des infiltrations par le toit pendant des années. Il faut donc reprendre les voûtes, les murs intérieurs, placer de nouveaux échafaudages… Mais aussi remplacer la chaudière et la rééquiper en bancs, en sono… Même si certains de ces coûts pourraient potentiellement être pris en charge par la mairie, c’est trop pour le diocèse. Et c’est trop demander par rapport à nos besoins. »

« C’est du bon sens »

Cela fait des années que l’on retourne le problème dans tous les sens. Le projet fait le consensus au sein du conseil pastoral de paroisse comme au sein du celui du conseil presbytéral.

Bruno Cornier, vicaire général du diocèse de Saint-Etienne
©IF Médias/Xavier Alix

La paroisse Saint-Ennemond-en-Gier compte 11 églises dont 9 à Saint-Chamond pour 8 affectées donc. « En dehors des grands rendez-vous qui font le plein, il y a une érosion de la pratique habituelle, ici comme ailleurs ce n’est pas nouveau. Si tout le monde était prêt à se rassembler, nous pourrions très bien fonctionner à Saint-Pierre et La Valette qui peuvent respectivement accueillir 700 et 500 personnes, souligne le père Bruno Cornier. Mais nous ne le ferons pas : les gens sont attachés aux églises de leurs quartiers et nous le comprenons. »  

Pour ce qui est de Notre-Dame, en revanche, cela fait déjà plusieurs années que l’option de la désacralisation du bâtiment – décision sur laquelle le diocèse est seul maître – fait son chemin entre ce dernier et la mairie. Les échanges se sont intensifiées en début d’année pour s’approcher de sa concrétisation. « Cela fait des années que l’on retourne le problème dans tous les sens. Le projet fait le consensus au sein du conseil pastoral de paroisse comme au sein du conseil presbytéral. C’est du bon sens », note Bruno Cornier.

Une association s’oppose à la désacralisation

Ce serait une erreur de désacraliser un bâtiment majeur pour la paroisse comme Notre-Dame. 

Donatienne Manevy, Les Amis de l’église Notre-Dame de Saint-Chamond

Cependant, lors d’une assemblée paroissiale en mars, des voix contraires ont commencé à s’élever, approuvées, disent-elles, par bon nombre de personnes dans l’assistance. Trois habitants de Saint-Chamond Léon Coffy, sa fille Donatienne Manevy et Paul Privat ont décidé de créer l’association Les Amis de l’église Notre-Dame de Saint-Chamond afin d’éviter une désacralisation qui les choque. Mais aussi se proposer pour sa gestion et développer de nouveaux usages en lien avec l’Église. Après des réunions d’informations et l’animation d’une page Facebook, elle dit regrouper près d’une centaine d’adhérents et revendique, en plus, 170 sympathisants. Elle a obtenu un report de la décision qui aurait dû être acté avant l’été.

« Mgr Bataille (évêque de Saint-Etienne Ndlr) nous a écoutés, chacun est dans le dialogue. On n’est pas là pour diviser et la problématique est complexe. Mais nous ne sommes pas sûrs que tout le monde ait été écouté, estime Donatienne Manevy. Je suis croyante et je le reconnais, loin d’être pratiquante chaque dimanche, comme on me l’a fait remarquer même si je suis impliquée dans la paroisse ou via les scouts. Il n’empêche que pour nous, ce serait une erreur de désacraliser un bâtiment majeur pour la paroisse comme Notre-Dame. »

Les Amis de Notre-Dame essaie de susciter l’intérêt en mettant en avant des éléments patrimoniaux. Ici, les trois vitraux de gauche (première rangée) du chœur. A gauche, Abraham, au centre, saint Jean Baptiste, à droite, saint Zacharie

« Ce serait une démission collective »   

L’association se dit donc prête à assumer sa gestion et propose d’en faire le lieu idéal pour des grands évènements paroissiaux ou diocésains. « Il y a les grandes cérémonies de l’année, les baptêmes, les communions etc. Je me souviens que Mgr Bataille avait apprécié le nombre et la jeunesse de l’assistance quand j’ai coorganisé une réunion régionale de 800 scouts en 2017 au gymnase du collège lycée Sainte-Marie Fénelon. Cela aurait pu avoir lieu à Notre-Dame ! Il y a des usages à développer avec les écoles privées, du festif en dehors des cérémonies », argue Donatienne Manevy.

Pour l’association, la « description apocalyptique » de l’intérieur n’est pas si insurmontable.

L’association ne manque pas d’idées, assure-t-elle : « Nous sommes très motivés. L’Église doit aussi s’ouvrir à des nouvelles choses pour réveiller l’intérêt. Notre-Dame peut être un atout. Quand on évoque son patrimoine, cela crée de l’engouement. La mairie parle d’en faire un lieu culturel respectant le caractère chrétien des lieux : on lui fait confiance mais que se passera-t-il après elle ? Désacraliser, ce serait une démission collective que nous aurions du mal à encaisser. »   

Il le faudra pourtant. Car le diocèse, et dans son sillage la mairie, confirment à If que la voie de la désacralisation ne fait aucun doute. « Nous comprenons l’émotion suscitée et respectons l’avis de l’association mais elle ne reflète pas forcément celle de la majorité des paroissiens consultés, note Bruno Cornier. Cependant, nous souhaitons la rencontrer à nouveau pour en parler et, derrière l’associer de près aux nouveaux usages envisagés par la municipalité. »

« Nous serons vigilants sur les nouveaux usages »

L’église ne va pas disparaître, au contraire, elle va pouvoir à nouveau exister.

Hervé Reynaud, maire de Saint-Chamond

Le maire Hervé Reynaud, lui aussi rencontré par IF à ce sujet, va dans le même sens : « Nous souhaitons associer Les Amis de l’église Notre-Dame aux décisions qui seront prises. Nous serons vigilants sur les usages pour respecter le passé chrétien des lieux. Après nous ? Les conventions sont là pour ça, pour graver dans le marbre des garde-fous… » Élus et services municipaux planchent déjà, outre un inventaire, sur la nouvelle utilisation des lieux. Ce ne sera pas des halles marchandes comme suggéré un temps par certains élus mais un lieu culturel. Elle parle d’y investir 3 à 4 M€ sur le mandat.

« Depuis 2014, notre volonté est de rouvrir cette église, mais il s’agit de la rendre à tous les Saint-Chamonais au regard du coût assumé par les contribuables. Il faut que le bâtiment profite au plus grand nombre. Il manque des lieux d’exposition dans la ville. Une fois rénovée, elle pourrait y accueillir des concerts, des représentations. Pourquoi ne pas y transférer l’office de tourisme métropolitain de Saint-Chamond ? Nous n’excluons pas non plus des usages spirituels laïcs ou chrétiens selon nos accords avec le diocèse. Mgr Bataille avait célébrée son ordination à Saint-Étienne au Zénith, ça aurait pu être ici. »

Une réhabilitation qui intègre celle à venir de l’hyper-centre

Bref, la municipalité dit rejoindre des idées de l’association mais considère que seule la désacralisation va justement pouvoir justifier l’investissement nécessaire afin de rouvrir ses portes : « L’église ne va pas disparaître, au contraire, elle va pouvoir à nouveau exister, clame Hervé Reynaud. Le diocèse est en accord avec nous, surtout qu’il ne doute pas du soin que nous apportons aux églises comme en témoigne notre investissement cumulé sur Saint-Pierre de 700 000 euros ces dernières années. »

Le parvis devant l’église a souffert du marché. Il sera rénové comme elle et l’hypercentre dans le mandat. ©IF Médias/Xavier Alix

D’autant que la mairie souhaite intégrer le projet, comme un atout à celui de la réhabilitation plus large de son hypercentre sur le mandat. Celle-ci va porter ses efforts sur une évolution des places de la Liberté et Dorian adjacente et de ses accès. La désacralisation va donner lieu à une procédure administrative, qui débouchera sur le dépôt d’un dossier à valider par la préfecture. Elle devrait être effective d’ici l’été. Une cérémonie religieuse aura peut-être lieu pour l’acter. Mais là-dessus, le diocèse n’est pas encore tranché.

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