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Yves Nicolin : « Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ont une fidélité à géométrie variable » (partie 2/3)

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Après une première partie d’entretien où il revenait sur la crise sanitaire, ses conséquences, son nouveau mandat ou encore l’évolution du prix de l’immobilier dans sa commune, le maire et président de l’agglomération de Roanne, Yves Nicolin, aborde notamment dans cette seconde partie d’interview les élections présidentielles qui se profilent et son choix de soutenir Michel Barnier. Propos recueillis par Julie Tadduni et Nicolas Bros.

Yves Nicolin, maire de Roanne © JT / IF Saint-Etienne

Pour parler de la prochaine présidentielle, vous avez fait le choix de suivre Michel Barnier. Pour quelle raison ?

Pour trois raisons. La première, c’est celle de la fidélité. Je pense que quand on appartient à une famille politique, une famille de pensées, soit on la quitte parce qu’on est en désaccord profond, ce qui peut tout à fait s’entendre, soit on reste fidèle à sa famille quitte à la faire évoluer. Vous savez, c’est comme dans un couple, on n’est pas toujours d’accord à 100 %. Ce n’est pas pour autant que l’on divorce tous les quatre matins. Il faut pour ça avoir une raison solide. Ceux qui font entre guillemets des allers-retours, en disant « je prends mon indépendance, je crée mon parti, je reviens », cela me fait penser que dans la durée ce n’est pas bon. Si on est capable de faire un pas en arrière, deux pas en avant, ce n’est pas ce qu’on demande à un futur chef d’État. On lui demande d’avoir une colonne vertébrale, d’avoir des convictions, d’avoir un projet et de s’y tenir. Donc, à partir du moment où l’on a des gens qui font des zigzags, ce n’est pas très bon. Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ont une fidélité à géométrie variable. Ceci étant, ils ont des compétences, j’échange avec eux. Donc il y a aucun problème.

La deuxième raison est l’expérience. Je pense que les temps sont de plus en plus difficiles. Et on a vu d’ailleurs avec Emmanuel Macron, qu’il n’avait qu’une courte expérience ministérielle et rien d’autre. Et être projeté comme ça à la tête d’un pays avec une expérience limitée, ce n’est pas simple quand il faut gérer des crises. La dernière qui m’a fait honte pour mon pays, c’est celle des sous-marins. Voir ce tête-à-tête Biden-Macron, où l’on a Biden qui prend le dessus avec une gestuelle qui semble dire « allez, c’est pas grave mon petit, tu t’en remettras », c’est insultant au possible. On ne peut pas commencer par dire que c’est scandaleux et dès que l’on rencontre le président américain au Vatican, tout rentre dans l’ordre. D’ailleurs, je me pose une question. Un contrat a été signé, et lorsque l’on se retire d’un contrat, il y a une indemnité. Elle est où cette indemnité ? Qu’est-ce que les Australiens vont payer à la France ? Rien ? Celui qui a le plus d’expérience au sein des LR, c’est incontestablement Michel Barnier qui a une expérience locale, départementale, régionale, nationale et européenne.

Troisième élément, je pense que nous avons besoin d’un président qui réconcilie les Français avec eux-mêmes et je n’aurais pas dit cela il y a cinq ans. On a une trop grande défiance vis-à-vis de la classe politique. Quand on voit le phénomène des gilets jaunes, des anti-vax, de tous ces complotistes qui croient que derrière toute décision il y a des calculs… On sent qu’il y a une exaspération latente, que le feu couve, et que tout peut démarrer sur une étincelle. Ce serait dramatique pour notre pays, sur le plan social et économique. On a la chance de vivre un redémarrage économique extraordinaire et tant mieux pour l’économie française, et tout cela peut partir en fumée à cause d’une étincelle parce que beaucoup de nos compatriotes sont extrêmement cristallisés sur une incapacité à accepter la contradiction. Donc on a besoin de quelqu’un qui puisse recoudre le tissu déchiré. Et pour moi, Michel Barnier a pris la bonne méthode et c’est celui le moins clivant, qui a le plus de capacité à réunir.

Pour moi, Michel Barnier a pris la bonne méthode et c’est celui le moins clivant, qui a le plus de capacité à réunir.

Sur la confiance en la politique, justement, est-ce qu’au niveau local vous avez déjà été agressé à Roanne, comme certains maires ?

Dieu merci non ! Je l’ai été il y a longtemps, dans le cadre d’un combat syndical, du plan social de Giat à l’époque. Je touche du bois. Je ne vais pas dire que tout le monde m’aime, ce n’est pas vrai, et ce n’est pas le but. Mais heureusement pour moi, non. J’ai eu des cercueils dans ma boîte aux lettres, mais c’était à une autre époque pendant laquelle il y avait surtout une violence politique entre partis. Je pense d’ailleurs qu’il y a plus de respect aujourd’hui entre élus et entre partis politiques qu’auparavant.

Par contre, il y a effectivement des gens qui sont d’une sensibilité, d’une agressivité, et qui peuvent partir en vrille pour n’importe quoi. C’est le coup de couteau parce qu’on refuse de donner une cigarette, c’est un regard dans une file d’attente… les gens ne supportent rien. Ce que je remarque, c’est que le président de la République sortant est clivant. Ne parlons pas de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon. De tous les candidats sur la ligne de départ aujourd’hui, s’il était désigné, Michel Barnier serait le moins clivant et donc le plus à même pour raccommoder les cicatrices que nous avons aujourd’hui. Après, il a des défauts. Il a un phrasé qui n’est pas facile à entendre, il bute sur les mots. En débat, il n’aura pas le même punch qu’un Emmanuel Macron ou qu’un Xavier Bertrand. Après, on n’aborde pas cette élection avec les mêmes chances de réussite qu’à certains moments. Il faut être lucide.

Justement. On ne connaîtra le candidat des Républicains que le 4 décembre. Vous n’avez pas peur que ces quatre débats fassent perdre du temps à votre campagne ?

François Fillon avait été désigné le 27 novembre. Cela ne fait qu’une semaine d’écart. Les Français s’intéressent à une élection le mois qui la précède. On va être au mois de décembre, il y a les fêtes de Noël, ensuite il restera janvier, février, mars et avril.

Mais la configuration n’est justement pas la même qu’à l’époque pour le parti, avec un clivage droite-gauche. Il faut compter avec d’autres acteurs comme LREM, voire Éric Zemmour s’il fait le choix de se présenter…

Lui, on peut dire qu’il est clivant ! Vous savez, je finis malheureusement par avoir un peu d’expérience et on le voit, tous ceux qui étaient vainqueurs six mois avant l’élection, ne se sont quasiment jamais retrouvés élus… L’élection se jouera dans le mois qui précédera le premier tour. Il faut par contre que tout soit prêt. Vous savez pourquoi Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, qui jurait ses grands dieux qu’il ne participerait pas à la primaire, sont revenus et y participent ? Pour l’organisation. Les Républicains ce sont des relais dans toutes les circonscriptions, c’est un maillage territorial, et puis c‘est de l’argent.

Vous savez, j’ai soutenu des candidats qui n’avaient pas de parti comme Raymond Barre et qui n’a pas été élu. Ce n’est pas le seul, Balladur n’a pas été élu. Macron a réussi un truc incroyable, c’est de monter un parti à vitesse grand V, avec des marcheurs qui certes n’avaient pas d’expérience mais qui ont fait le job en faisant du porte-à-porte, etc. Il y a eu un alignement des planètes avec Fillon qui a explosé en vol, mais je ne suis pas sûr que les alignements de planètes se répètent tous les cinq ans. Il y aura plein de rebondissements d’ici là.

On le voit, tous ceux qui étaient vainqueurs six mois avant l’élection, ne se sont quasiment jamais retrouvés élus…

Donc Éric Zemmour pour vous, c’est de la poudre aux yeux ?

Non, ce n’est pas de la poudre aux yeux. C’est un candidat sérieux dont il faut absolument tenir compte. J’invite ceux qui souhaitent ne pas le voir entrer à l’Élysée, et c’est mon cas, à chercher dans ce qu’il est vraiment. À chercher dans ses prises de position, pas seulement aujourd’hui mais hier aussi, quel a été son parcours, ce qu’il a fait, s’il est aussi vertueux qu’il veut le laisser entendre, etc.

Vous n’avez pas peur que ses idées imprègnent trop les candidats LR ?

Mais peu importe. Parce qu’il y a de bonnes idées dans celles qui sont les siennes. Le problème, c’est que ce n’est pas parce que celui qui exprime une idée est sulfureux, qu’elle est mauvaise. Quand Madame Le Pen pointe du doigt des dysfonctionnements en matière d’immigration, elle a raison. Après ce que nous lui contestons, ce sont les méthodes qu’elle veut mettre en place. Même chose pour Zemmour. On ne peut pas nier qu’il existe des problèmes de sécurité dans certains quartiers dans lesquels la Police ne va quasiment plus. Ce n’est pas parce que l’on a pointé du doigt ce dysfonctionnement que la méthode de monsieur Zemmour pour y répondre est la bonne. Même Montebourg, qu’on ne peut pas qualifier comme étant de droite, s’est aventuré à faire des propositions qui ont choqué une partie de son électorat et de ses soutiens. Est-ce qu’il a tort ?

Yves Nicolin, maire de Roanne © JT / IF Saint-Etienne

Est-ce que l’ensemble des candidats n’agit pas ainsi pour surfer sur le phénomène Zemmour et faire parler d’eux ?

Quand on fait l’analyse, la droite républicaine a perdu des parts de marché, pardon de parler comme ça mais c’est très visible, parce qu’à un moment donné elle n’a pas osé aborder les sujets qui étaient abordés par Jean-Marie Le Pen. Comme la gauche d’ailleurs. Pourquoi a-t-elle aujourd’hui disparu du paysage politique ? Parce qu’elle n’est plus en phase avec ce que ressentent les Français. Elle a abandonné la défense de la classe ouvrière, des classes sociales les plus fragiles, pour devenir entre guillemets un peu une gauche caviar et du coup aujourd’hui elle a disparu. La droite ne parle plus de ce qui a fait pendant des décennies son socle, c’est-à-dire la responsabilité, le travail et effectivement la sécurité, la maîtrise de l’immigration… On ne dit pas qu’il ne faut pas d’immigration mais qu’il faut une maîtrise de cette immigration. C’est complètement différent.

Par exemple, et nous en parlerons au prochain Conseil municipal, on a reçu un courrier de militants d’association qui disait « une famille dort dans la rue, c’est inacceptable ils ont été déboutés du droit d’asile ». Pardon, mais quand on demande le droit d’asile et qu’on est débouté du droit d’asile, malheureusement on a épuisé toutes les voies de recours. Il n’y a pas d’autres solutions que de quitter le pays. La loi c’est la loi. Sinon à quoi sert le fait de faire une demande d’asile et de s’en réjouir quand on l’obtient ? Honnêtement, quand l’Ofpra, avec les directives qu’il a du gouvernement, dit non, c’est qu’il y a quand même des raisons de dire non. Mitterrand l’a dit, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde et c’est triste. On a tous de la compassion bien sûr, c’est un sujet humainement délicat, mais on ne peut pas ouvrir les vannes en permanence. Il y a des règles. Ou alors on les change et on se dit qu’il n’y a plus besoin de titres de séjour, mais aucun pays du monde ne fonctionne comme ça. Je pense qu’on est dans un pays plutôt bienveillant à ce niveau.

Sur une crise sanitaire comme on la vit, je suis très magnanime avec le gouvernement, qui a pris des décisions parfois contraires car la situation était sans cesse en évolution. Je pense que si ma famille politique avait été au pouvoir, elle ne l’aurait pas gérée radicalement différemment.

Lors du dernier congrès des maires de la Loire, vous avez parlé du quinquennat de l’appauvrissement sous Macron, et que vous vouliez un volet territorial et collectivités dans les programmes des candidats. Avez-vous eu des garanties depuis, notamment peut-être de la part de Michel Barnier ?

Je n’ai pas évoqué cela avec lui. Il est évident que le nouveau président de l’Association des maires de France va devoir s’emparer de ce sujet. On ne fait pas l’aumône, on veut juste avoir de la lisibilité. C’est comme l’exemple du programme Territoires zéro chômeur dont nous parlions. Autant sur une crise sanitaire comme on la vit, je suis très magnanime avec le gouvernement, qui a pris des décisions parfois contraires car la situation était sans cesse en évolution. Je pense que si ma famille politique avait été au pouvoir, elle ne l’aurait pas gérée radicalement différemment. Mais sur les points de long terme, on aimerait pouvoir savoir à quoi s’en tenir. Chaque candidat va d’ailleurs préparer un programme pour les cinq ans à venir. Il le fait par rapport à un bilan, le bilan de la France aujourd’hui. Il regarde combien il y a d’argent dans les caisses s’il en reste, et décide de mettre en place son programme. Nous, c’est pareil. On prépare un projet municipal, qui va durer six ans, au regard des finances de la Ville et des contributeurs que son le Département, la Région, l’État et l’Europe. Si chacun se met à changer les règles du jeu, on navigue en plein brouillard.

Vous aviez milité auprès de Bruno Le Maire concernant la hausse du carburant, en faveur d’une baisse provisoire des taxes qui n’a pas été l’option choisie par le gouvernement. Cela vous a fait vivement réagir, pour quelles raisons ?

L’État n’a pas été honnête dans cette affaire. Parce qu’il s’est fait de l’argent sur la hausse du pétrole et par conséquent sur le dos des automobilistes. Si on considère qu’on a un problème de pouvoir d’achat face à la hausse de l’énergie, il ne faut pas jouer un double-jeu. Si cela augmente de 20 %, il faut rendre 20 %. Si cela augmente de 20 % et que l’on rend 10 %, on gratte quand même 10 %. Je trouve que ce n’est pas correct. Par ailleurs, je trouve que la méthode du chèque est mauvaise. C’est une méthode d’assistanat. Pourquoi un tel aurait droit à un chèque et pas un autre ? Vous gagnez 2 003 euros, vous n’avez pas de chèque, vous gagnez 1 999 euros, vous avez un chèque. Et en plus, ça ne concerne pas que les automobilistes. Alors c’est vrai que tout augmente. Mais pourquoi donner un chèque à des gens qui se chauffent au bois, qui ont la chance d’avoir du bois chez eux et qui à la limite ont une voiture électrique ? C’est une mesure qui n’est pas équitable, qui se complaît dans l’assistanat, et sur laquelle l’état a fait du gras.

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