Saint-Étienne
dimanche 23 juin 2024
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« Dans la Loire, je ne vois pas de députés LR accepter une alliance avec le RN »

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Le Rassemblement National a obtenu un score inédit lors des élections Européennes de dimanche, loin devant le camp présidentiel, qui arrive deuxième de ce scrutin. En conséquence, Emmanuel Macron a annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale. If Saint-Etienne a voulu recueillir la réaction des députés sortants de la Loire. A ce jour , et logiquement étant donné les derniers rebondissements chez les LR, nous n’avons pu en obtenir que deux sur six. Celle d’Andrée Taurinya, députée sortante de La France Insoumise (2e circonscription de la Loire) et d’Emmanuel Mandon, député MoDem de la 3e circonscription.

Par Xavier Alix et Julie Tadduni.

Façade de l’Assemblée Nationale à Paris, le Palais Bourbon. ©Assemblée nationale

Sans doute sursollicités et prudents vis-à-vis d’un contexte aussi inouï qu’hyper mouvant, encore plus les concernant ce mardi, les trois députés LR sortants de la Loire ne répondent pas au téléphone. Mais leur campagne a, elle, bel et bien commencé. Comme l’indiquent leurs plus récents posts sur les réseaux sociaux, Jean-Pierre Taite (6e circonscription, celle du Forez), Sylvie Bonnet (4e, Ondaine / Haut Forez / Pilat) et Antoine Vermorel-Marques (5e, Roannais) seront bien candidats à leur précoce succession le 30 juin. Des réunions publiques ont déjà été annoncées. Pour ce qui est de la prise de position fracassante d’Eric Ciotti, le président de leur parti, favorable, donc, à une alliance avec le RN, RAS de la part Jean-Pierre Taite sur ses réseaux à l’heure où nous écrivions ces lignes. Cependant, contacté en parallèle, son entourage chez les LR de la Loire nous précisait en fin d’après-midi que le président du parti dans la Loire refusait toute alliance avec le RN, épousant la ligne de Laurent Wauquiez annoncé en début d’après-midi.

« On m’a demandé si j’étais pour Le Pen ? J’ai répondu : NON. »

Sylvie Bonnet et Antoine Vermorel-Marques sont eux, déjà très clairs : c’est « non, surtout pas » pour une alliance avec le RN comme annoncé sur Facebook cet après-midi. « Nous tenons à vous informer que nous ne nous allierons JAMAIS avec l’extrême droite ! Il s’agit d’une intolérable trahison de notre famille politique, héritière des traditions et cultures gaulliste, libérale et chrétienne-démocrate, et de ses valeurs républicaines », déclare la première. Quant au premier il adresse une « lettre aux Roannais évoquant cela. Extrait : « Aujourd’hui, on m’a proposé un pacte : « si tu te soumets, tu n’auras de candidat face toi ». On m’a demandé si j’étais pour Le Pen ? J’ai répondu : NON.  On m’a alors demandé si j’étais pour Macron ? J’ai aussi répondu : NON.  On m’a lancé à la figure « tu es donc personne ».  J’ai répondu : « Je suis moi même. » A prendre ou à laisser. »

Le député Renaissance de Saint-Etienne (1ère circonscription) Quentin Bataillon n’a, à notre connaissance, pas eu d’activités sur les réseaux en rapport avec la décision du Président dimanche, ni même à ce stade annoncé sa candidature. Il n’a pas répondu non plus à nos sollicitations. Nous sommes donc parvenus, en revanche, à nous entretenir avec l’insoumise de la Nupes Andrée Taurinya (2e circonscription, Saint-Etienne) et le député Modem, allié de Renaissance au sein du camp présidentiel, Emmanuel Mandon (3e circonscription, Gier / Est Stéphanois).

Andrée Taurinya :

Que pensez-vous du choix de la dissolution ?

« C’était attendu depuis longtemps. Dès l’été 2022 nous nous sommes rendu compte qu’il était difficile de gouverner pour la Macronie. On s’y attendait donc un jour ou l’autre, mais pas à ce moment-là, ni dans ce contexte, avec des résultats qui montre une forte hausse du Rassemblement National. »

Le Front Populaire est la solution pour vous ?

« Face au fascisme et à l’extrême droite, il faut s’unir. Il y a eu le Front Populaire en France, il y a désormais le nouveau Front Populaire et je ne peux qu’adhérer. »

Eric Ciotti a annoncé vouloir d’une alliance avec le RN. Quelle est votre réaction ?

« C’était quelque chose que l’on pouvait observer depuis l’hémicycle concernant Eric Ciotti. On assiste depuis quelque temps à une droitisation de la Macronie et des LR. Mais vous savez, jusqu’à mon élection, j’étais enseignante au collège Jean-Dasté. J’étais élue syndicale au Conseil d’administration de l’établissement et je côtoyais donc régulièrement Georges Ziegler (président du Département de la Loire, NDLR). Je ne le vois pas du tout adhérer à cette idée. De manière générale dans la Loire, je ne vois pas de députés LR accepter une alliance avec le RN. »

Qu’avez-vous envie de dire aux Ligériens qui iront voter le 30 juin ?

« Que l’heure est grave. Que l’extrême droite et le fascisme sont à nos portes, et qu’il faut prendre ses responsabilités. Même si l’on n’est pas tout à fait d’accord, il vaut mieux un député PS, EELV, LFI ou PC qu’un député RN. J’ai toujours été une militante acharnée contre l’extrême droite et je n’aurais jamais imaginé vivre ça un jour et avoir cette conversation avec vous. On se disait à l’époque que le Front National ne pourrait pas aller plus loin. »  

Emmanuel Mandon :

Emmanuel Mandon, serez-vous un candidat à la députation du camp présidentiel le 30 juin ?

« Il faut plusieurs conditions pour cela. D’abord le fait d’être soi-même motivé. Je le suis encore vis-à-vis d’un projet collectif, le fait d’être utile à mon pays, mes convictions. Donc oui : j’ai envie de me représenter. »

Que pensez-vous de la dissolution ?

« J’ai été très surpris par l’annonce du président de la République dimanche soir et l’utilisation de l’article 12 de la Constitution dans la foulée des résultats. La contrainte de temps est inédite, davantage encore qu’en 1997 (annonce de la dissolution par Jacques Chirac le 21 avril, 1er tour le 25 mai, Ndlr) où l’on était d’ailleurs très préparé à une décision dont la rumeur s’était largement faite l’écho. Surpris donc mais mieux valait, sans doute, décider cela maintenant pour clarifier les choses que de laisser pourrir la situation et abandonner le pouvoir brusquement dans 6 mois, un an. Le Président a ses raisons. »

Lesquelles selon vous ?

« L’exécutif subit des contraintes très fortes depuis 2 ans, cela se traduit dans le travail parlementaire avec des difficultés d’agenda croissantes alors même que les difficultés nationales, les engagements de la France et la situation internationale très grave exigent de l’efficacité, une cohésion nationale. Le Président est probablement arrivé à la conclusion que beaucoup de choses ont été tentées en 2 ans et en vain. Les différents groupes d’opposition s’opposent logiquement à un certain nombre de propositions mais je déplore qu’ils aient systématiquement épousé une attitude stérile. »

C’est-à-dire ?

« Le refus du dialogue, du compromis, bloquant ainsi le pays malgré un contexte international alarmant et pour l’intérieur, au détriment de la qualité des lois. La France n’a pas cette culture du compromis : elle est pourtant nécessaire. Je suis du camp présidentiel et malgré tout aspire à plus d’équilibre dans nos institutions. Le clivage ne sert à rien. Nous aurions pu aller plus loin avec nos adversaires dans le compromis, l’échange, même sur l’immigration, les retraites, s’épargner des 49.3. Nous y sommes trop rarement parvenus mais j’ai pu le constater sur le texte de programmation de de planification pour la Justice par exemple. »   

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