Saint-Étienne
jeudi 8 décembre 2022
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Ils sont de la Loire et ont été ministres

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Alors qu’Elisabeth Borne vient d’être nommée Première ministre et que son gouvernement sera bientôt désigné, la rédaction de If a voulu se pencher sur ces politiques ligériens qui ont été, au cours de leur carrière, nommés à des postes de ministres. Nous sommes remontés jusqu’au XVIIIe siècle. Attention, nous ne prétendons pas fournir ici une liste exhaustive et il se peut que certains noms aient pu être omis.

A gauche, Antoine Pinay, et à droite, Pascal Clément.

Au XVIIIe siècle

  • Joseph Marie Terray :

Ecclésiastique né en 1715 à Boën-sur-Lignon dans la Loire, Joseph Marie Terray fut contrôleur général des Finances sous Louis XV puis ministre d’Etat. Il fut également secrétaire d’Etat à la Marine pendant quelques mois. Il a enfin été directeur général des bâtiments du Roi. S’il est né dans la Loire, Joseph Marie Terray fut propriétaire du château de La Motte-Tilly (dans l’Aube) qu’il racheta en 1748. Il fit démolir l’ancien château pour construire l’édifice actuel. Mort le 18 février 1778 à Paris, il est inhumé à La Motte-Tilly dans la chapelle Sainte-Marguerite de l’église paroissiale.

Au XIXe siècle

  • Victor de Persigny :

Jean-Gilbert Victor Fialin est né à Saint-Germain-Lespinasse en 1808. Orphelin de père en décembre 1810, il a été élevé par un oncle maternel. Il entre au collège de Limoges puis est admis à l’école royale de cavalerie de Saumur en 1826. Il sort major de sa promotion deux ans plus tard et est intégré au second régiment de Hussard. Il prend part au mouvement insurrectionnel de Vannes en juillet 1830. En octobre 1831, il est mis en congé définitif de l’armée et embrasse alors une carrière journalistique à Paris et se présente alors sous le nom de vicomte de Persigny. Converti au bonapartisme, il se rapproche de Louis-Napoléon Bonaparte. Après plusieurs tentatives de renversement du pouvoir, il échoue en prison puis est libéré lors de la révolution française de 1848. Il dirige la campagne qui amène à élire Louis-Napoléon Bonaparte en tant que président de la République française le 10 décembre 1848. Elu représentant du Nord à l’Assemblée législative (il avait également été élu représentant de la Loire mais a fait le choix du Nord), il devient ministre de l’Intérieur en janvier 1852 (jusqu’en juin 1854), puis rapidement ministre du Commerce et de l’Agriculture (1852 à 1853). Ensuite envoyé en tant qu’ambassadeur à Londres de 1855 à 1858 et de 1859 à 1860, il revient au poste de ministre de l’Intérieur de 1860 à 1863. Il fut également président du conseil général de la Loire de 1857 à 1870 et conseiller général du canton de Saint-Haon-le-Châtel (1861 à 1870). Au cours de ce mandat de président du conseil général ligérien, il permit la création du canal du Forez, la création de la Diana (Société historique et archéologique du Forez) ou encore le transfert de la préfecture depuis Montbrison vers Saint-Etienne.

  • Pierre-Frédéric Dorian :

Pierre-Frédéric Dorian fut le successeur de Victor de Persigny à la tête du Conseil général de la Loire de 1870 à 1872. Mais avant cela, ce natif de Montbéliard dans le Doubs était arrivé pour les études à Saint-Etienne en rejoignant l’Ecole nationale des mines en 1831. Après un bref passage dans l’école stéphanoise, il repart en Franche-Comté et travaille dans plusieurs usines. En 1843, il revient à Saint-Etienne pour créer une fabrique de faux. En septembre 1849, il se marie à Unieux avec Frédérique-Caroline Holtzer, fille de Jacob Holtzer, fabricant d’acier. Pierre-Frédéric Dorian devient maître des forges dans les usines de son beau-père. Parallèlement, il est maire d’Unieux de 1860 à 1865 et député de la Loire de 1863 à 1869. En 1870, il devient ministre des Travaux publics pendant un peu plus de cinq mois puis en février 1871 un furtif ministre de l’Instruction publique, des Cultes et des Beaux-arts pour 18 petits jours.

Au XXe siècle :

  • Aristide Briand :

Champion toutes catégories parmi les élus ligériens ayant accédé à des postes de ministre, Aristide Briand fut 22 fois ministres sous la IIIe République dont à 15 reprises aux Affaires étrangères mais également dix fois président du Conseil. Élu ligérien mais né à Nantes en 1862, Aristide Briand devient député de la Loire en 1902 dans la circonscription de Saint-Étienne, sous l’étiquette socialiste. Il le restera jusqu’en 1919. Il est notamment connu pour avoir été l’initiateur et le rapporteur de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 codifiant la laïcité en France. Il a reçu le prix Nobel de la paix en 1926 avec son homologue ministre des Affaires étrangères germanique, Gustav Stresemann. Il est également connu pour le pacte Briand-Kellogg, signé en août 1928 en vue de mettre « la guerre hors-la-loi ».

  • Antoine Durafour :

Fils mais aussi père de Michel(s), cet avocat stéphanois (1876-1932) réoriente son talent oratoire en direction de la politique. Membre du Parti républicain, radical et radical-socialiste (le PRRRS, si vous suivez les nuances…), il est élu conseiller général (départemental) du canton de Saint-Étienne Sud-Est en 1907 et réélu à ce poste en 1919, 1925 et 1931. Il fut vice-président du conseil général de 1914 à 1919 et son président de 1921 à 1931. Conseiller municipal de Saint-Étienne dès 1908, il en fut le maire de 1930 à son décès, deux ans plus tard. A l’époque, le cumul est la règle : alors Antoine Durafour n’hésite pas à être aussi député dès 1910 pour remettre ça en 1914, 1919, 1924 et 1928. Paul Painlevé puis Aristide Briand dont il était très proche, en font leur ministre du Travail du 17 juin 1925 au 19 juillet 1926, ce qui correspond à… six gouvernements successifs en 13 mois ! Lois de 8 h dans les mines ou encore sur les assurances sociales : on lui doit plus d’une avancée sociale.

  • Antoine Pinay :

Célèbre pour être le « père » (pourtant bien malgré lui au départ !) avec Jacques Rueff du nouveau franc créé en 1958 à la demande du général De Gaulle, tout juste de retour au pouvoir, le plus connu des centenaires ligériens (1891-1994) est originaire du Rhône puisque né dans la zone frontalière qu’est Saint-Symphorien-sur-Coise. Il devient Couramiaud à l’occasion de sa scolarité effectuée à Sainte-Marie Fénelon. La carrière politique à droite de cet industriel commence en tant que maire de Saint-Chamond en 1929. A une parenthèse près (1944-1947), il le sera jusqu’en… 1977 ! Ce qui n’empêche pas alors de collectionner d’autres mandats : conseiller général (il préside le Département de 1949 à 1979), député et aussi sénateur… Il fut plusieurs fois ministre – Travaux publics, transports et tourisme ; Finances et affaires économiques ; Affaires étrangères – de la IVe République dont il sera le président du conseil de mars 1952 à janvier 1953. Quand la France de De Gaulle passe la Ve, l’homme au chapeau prend le ministère des Finances auxquelles s’ajoute vite l’économie jusqu’en 1960 avant de se brouiller avec le général et de se recentrer sur le local. Premier médiateur de la République (1973-1974), il devient alors la figure du vieux sage consulté par les politiques de la fin du XXe siècle.

  • Eugène Claudius-Petit

Cette figure nationale (1907 – 1989) a été maire de Firminy de 1953 à 1971. C’est lui qui a lancé sa rénovation urbaine dans l’idée d’en faire une petite Brasilia, condensé d’architecture moderne faisant appel au Corbusier dont il était un ami. Natif d’Angers, il fit son tour de France de compagnon artisan et fut un ouvrier ébéniste avant de devenir professeur de dessin, à Lyon. Dirigeant de la Résistance sous le pseudonyme de « Claudius » (qu’il ajouta à son vrai nom), il entre en politique au lendemain de la Second Guerre sous l’étiquette Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), mouvement considéré de centre gauche, sinon comme « socialiste libéral non marxiste », dirigé entre autres par François Mitterrand. Il est élu député de la Loire aux Assemblées constituantes puis nationale de 1946 à 1955. C’est sous cette période qu’il sera longtemps – de septembre 1948 à janvier 1953, soit 10 gouvernements successifs, un exploit ! – le très marquant ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme de l’après-guerre, son rapport de 1950 étant par exemple décisif dans la politique d’aménagement hexagonale. Il sera à nouveau ministre, plus éphémère, de juin à septembre 1954, du Travail et de la Sécurité sociale. Et encore député : de la 4e circonscription ligérienne de 1958 à 1962 et 1967 à 1973 puis de la 15e de Paris de 1973 à 1978.

  • Charles Fiterman :

Né en 1933 à Saint-Étienne, cet électricien a adhéré dès ses 15 ans au mouvement de jeunesse du Parti communiste qu’est l’UJRF (Union de la jeunesse républicaine de France, plus tard plus nettement nommé Jeunesse communiste) dont il sera secrétaire de fédération à 18. Il a été un responsable national du Parti communiste français (il fut même « secrétaire » de Georges Marchais) avant de rejoindre le PS en 1998 qu’il quitta fin 2017. Charles Fiterman fit ainsi sa carrière locale hors de la Loire : conseiller général de Villejuif (1973-1978) puis député du Val-de-Marne (1978 – 1981) , député du Rhône de 1986 à 1988 et enfin maire de Tavernes (Var) de 1989 à 2001. Conseiller régional Rhône-Alpes de 1986 à 1993, il fut deux fois ministre des Transports de Pierre Mauroy de 1981 à 1984.

  • Huguette Bouchardeau :

La seule femme de la liste est née à Saint-Etienne en 1935, militante Unef dans sa jeunesse étudiante, agrégée de Philosophie, professeur au lycée stéphanois Honoré-d’Urfé, elle fut syndicaliste et dirigeante au SNES puis du SGEN-CFDT. En politique, elle devint en 1960 membre et co-fondatrice du PSU (Parti socialiste unifié, alors entre le SFIO/PS et le PC) de Michel Rocard qu’elle dirigea aussi de 1979 à 1983. Elle fut d’abord secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’environnement et de la qualité de la vie, sous le gouvernement de Pierre Mauroy (de mars 1983 à juillet 1984 avec la loi Bouchardeau de 1983), puis ministre de l’Environnement sous le gouvernement de Laurent Fabius de 1984 à mars 1986. Aux législatives de 1986, elle est élue députée du Doubs pour 2 ans. Puis quitte le PSU et n’aura d’autre mandat que la mairie d’Aigues-Vives (Gard) de 1995 à 2001.

  • Jean Auroux :

Le Roannais de la liste – mais né cependant à Thizy en 1942, souvent considéré du même bassin de vie – a adhéré au PS dès 1971. Cet enseignant – maître auxiliaire au lycée Albert-Thomas à Roanne puis professeur d’histoire-géographie au lycée Carnot à Roanne et enfin inspecteur d’académie – a longtemps été maire de Roanne : de 1977 à 2001, jusqu’à l’arrivée d’Yves Nicolin. Jean Auroux a aussi été conseiller général de 1976 à 1988 et président de Grand Roanne Agglomération (1994-2001). Jouant un rôle national au sein du Parti socialiste dont il présidera le groupe à l’Assemblée Nationale de 1990 à 1993, il aura été élu député du Roannais à trois reprises : 1978/1981 ; 1986/1988 ; 1988/1993. Pierre Mauroy en fait son ministre du Travail pour 13 mois en 1981. Un passage marqué par les lois qui portent son nom sur le droit du Travail. Il revient au gouvernement en 1985, en tant que ministre de l’Urbanisme, des Transports et du Logement pour les six derniers mois de Fabius. Il se retire de la vie politique en 2008 après 7 ans dans l’opposition municipale de Roanne.

  • Michel Durafour :

Le fils unique d’Antoine et par ailleurs filleul d’Aristide Briand (lire plus haut), né en 1920 à Saint-Etienne, a fortement marqué la vie publique stéphanoise. Décédé en juillet 2017, il fut le maire de la capitale de la Loire de 1964 à 1977 et joua un grand rôle dans sa transformation via de grands chantiers : Université Jean-Monnet, Ecole nationale de Sécurité sociale, Maison de la culture, Musée d’Art moderne. D’obédience centriste penchant parfois à gauche, parfois à droite, après avoir été exclu de l’UDSR, il fut membre du Parti républicain, radical et radical-socialiste (le fameux PRRRS) puis du Parti radical valoisien mais fut aussi élu sous étiquette UDF. Michel Durafour a été un lycéen de Claude-Fauriel avant la faculté de droit de Paris et l’École libre des sciences politiques. Il débute en septembre 1944 comme chargé de mission au cabinet du ministre de l’Information. Journaliste (L’Espoir et à L’Aurore), cet homme de lettres a reçu en 1950 le Grand Prix du théâtre pour Les Démoniaques et enchaîna de nombreux mandats locaux : député (1967-1981) sénateur (1983-1988) de la Loire, président du conseil régional pour un an (1980-1981). Au sommet de l’Etat, il sera ministre du Travail sous Chirac (1974-1976) puis ministre délégué chargé de l’Economie et des Finances sous Raymond Barre (1976-1977) et enfin, de la Fonction publique et Réformes administrative en tant que ministre dit « d’ouverture » des gouvernements Rocard de 1988 à 1991. En 2007, il prendra la tête du comité de soutien de Ségolène Royal dans la Loire à la présidentielle 2007.

Au XXe et XXIe siècle

  • Pascal Clément :

Originaire de la région Île-de-France (il est né à Boulogne-Billancourt), Pascal Clément (1945-2020) fut d’abord dans les années 1970 à la tête du service marketing de Rank Xerox, filiale européenne de l’entreprise de photocopieurs puis d’imprimantes. Avant de devenir avocat à la Cour d’appel de Paris. Il fut aussi juge titulaire à la Haute Cour de justice de 1992 à 1993. D’abord membre de l’UDF (devenu plus ou moins l’UDI) puis de l’UMP (fils du RPR qui généra les LR), après une parenthèse à Démocratie libérale qu’il présida, il devient ministre délégué aux relations au parlement de 1993 à 1995 la cohabitation de 1993 à 1995 puis garde des Sceaux de juin 2005 à mai 2007. Localement, il cumule la mairie de Saint-Marcel-de-Félines de 1977 à 2001, le conseil général de la Loire (1982-2008) qu’il préside de 1994 à 2008 et enfin des mandats de député de la 6e circonscription sans discontinuité ou presque, de 1978 à 2012.

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