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vendredi 21 juin 2024
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Lycées : l’opposition régionale lance sa propre mission d’information citoyenne

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Les élus régionaux Les Ecologistes, PRG (centre gauche), Insoumis et communistes ainsi que Socialistes dénoncent des investissements dans les lycées sur-communiqués par la majorité au regard de la réalité de leur état. Pire, assurent-ils, l’arrivée au pouvoir de Laurent Wauquiez en 2016 aurait provoqué deux ans de retard sur des plans de rénovation déjà ficelés sous Queyranne. Estimant l’exécutif opaque sur le sujet, l’opposition a décidé de lancer sa propre « mission d’information et d’évaluation citoyenne » dans la Loire, comme dans toute la région.

Le lycée stéphanois Jean-Monnet. © If Saint-Etienne/Xavier Alix

« Si vous regardez Noce Blanche avec Vanessa Paradis, vous verrez que l’extérieur du lycée Jean-Monnet, l’entrée en particulier, a toujours le même aspect. Le film a en effet été tourné ici. Il date de 1989… », lance mi-agacé, mi-amusé Olivier Longeon. Opération médiatisation locale et tractage ce midi, à la sortie de ce même lycée situé à Saint-Etienne, autrement appelé « Portail rouge » (c’est en fait le nom du collège cohabitant sur le même site), pour l’élu stéphanois EELV à la Région. A ses côtés, Catherine Bony, autre élue EELV régionale et Johann Cesa, côté Socialistes. C’est en effet une démarche groupée, menée par les quatre groupes d’élus opposition à la Région – PRG et Insoumis & Communistes sont aussi de la partie – à l’échelle d’Auvergne-Rhône-Alpes qui a été détaillée ce jeudi à la presse locale tout en sollicitant, dans la foulée, les lycéens eux-mêmes.  

La veille, le tractage dans la Loire avait déjà commencé : à Saint-Chamond (Claude-Lebois) ou encore Rive-de-Gier (Georges-Brassens). Sur ces tracts distribués, peu à peu, aux lycéens de la toute région ? Un appel à participer anonymement en deux minutes chrono à sa « mission d’information et d’évaluation citoyenne » sur leurs établissements dont le bâti et les équipements relèvent de la compétence régionale : 38 lycées dans la Loire dont trois agricoles. Ouverte le 31 mars, cette plateforme web1 le sera jusqu’à fin juin afin de relever un maximum de « contributions » (une dizaine de questions/réponses + un témoignage libre par texte et/ou photos et vidéos) en vue d’un rapport « très complet » sur l’état des lycées censé être remis à Laurent Wauquiez à la rentrée 2023 « pour le pousser à agir ».

Le tract distribué aux lycéens de La Loire et toute la région.

L’opposition juge la majorité très opaque

« Tu te gèles en hiver ? Il fait 40 degrés dans ta classe en été ? L’internat, la cantine, ou le gymnase tombent en ruine ? » : le tutoiement en moins, proviseurs, personnels enseignants, sont aussi, eux aussi, invités à apporter leur pierre tout comme les agents de la Région qui y travaillent, même « si un courrier pour les intimider a été envoyé par la direction régionale à l’Education, estime Johann Cesa. Il ne faut pas avoir peur. C’est légal et légitime. » Mais pourquoi l’opposition estime-t-elle capitale de lancer ce vaste diagnostic du Cantal jusqu’à la Savoie ? Parce qu’elle juge l’exécutif de Laurent Wauquiez extrêmement opaque sur une compétence centrale de la Région. « Notre point de départ, ce sont les déclarations de Laurent Wauquiez qui prétendent que “Plus aucun des 600 lycées [publics et privés] d’Auvergne-Rhône-Alpes n’est en mauvais état“. Pourtant, les témoignages qui remontent du terrain le contredisent ».

Laurent Wauquiez prétend que “plus aucun des 600 lycée d’Auvergne-Rhône-Alpes n’est en mauvais état“. Pourtant, les témoignages qui remontent du terrain le contredisent.

Les élus d’opposition à la Région.

Dans la Loire, comme ailleurs, « les problématiques d’entretien, de manque de rénovation, de sous-équipement persistent, comme typiquement ici à Jean-Monnet, note Olivier Longeon. Ou encore Georges-Brassens à Rive-de-Gier. Des cas évidents mais il y en a bien d’autres ». Johann Cesa cite aussi l’exemple jugé symptomatique d’Albert-Thomas à Roanne avec l’utilisation tenace de préfabriqués. Catherine Bony évoque Feurs, Chazelles où « là aussi, des cours continuent à se faire dans des préfabriqués ». Or, depuis le début du mandat actuel 2021-2027, « comme sous le précédent (2015-2021) », les élus de gauche assurent demander régulièrement un réel bilan, en vain, du plan d’investissement pour la période 2016-2021 « surnommé abusivement “plan Marshall” en référence au programme d’aides financières accordées par les Etats-Unis aux pays européens au sortir de la Seconde Guerre mondiale. »

« Fin 2022, il restait à engager quasiment 40 % du plan 2016-2021 »

Durant son premier mandat, la majorité Wauquiez dont nous avons sollicité le point de vue (lire notre encadré) avait en effet annoncé à 1,5 Md€ répartis sur 809 opérations sur cinq ans dont 576 nouvelles. Mais « le montant de ce plan d’investissement correspond sensiblement aux montants engagés les années précédentes pour les lycées par les deux anciennes Régions (Auvergne et Rhône-Alpes, Ndlr) et a surtout servi une fois de plus à faire de la communication. Selon le bilan transmis par la Région fin 2022, il resterait 297 opérations à engager, soit quasiment 40 % de ce qui était prévu par le plan d’investissement », argue l’opposition. Un nouveau plan d’investissement pour le mandat en cours a été présenté lors de l’Assemblée plénière de décembre 2022 pour la période 2022-2030. « Il s’agit du Schéma pluriannuel de stratégie immobilière (SPSI). Les opérations de travaux annoncées ne sont pas chiffrées », relèvent encore les élus de gauche et écologistes.

Catherine Bony, élue EELV tractant devant le lycée stéphanois Jean-Monnet. ©If Saint-Etienne/Xavier Alix

Disant réclamer à chaque commission « Education Lycées » une évaluation du Plan pluriannuel d’investissement 2016-2021, signaler à l’exécutif le très mauvais état de certains établissements à partir des éléments transmis par des membres de la communauté éducative, l’opposition assure être confronté à un mur. « Un esprit d’opacité et anti-démocratique qui a amené l’exécutif à nous exclure des conseils d’administration des lycées, dénonce Johann Cesa. Il y en a plus de 300 ! Résultat : les infos ne remontent pas puisque les élus de la majorité ne sont pas assez nombreux pour siéger, du moins pour ceux qui siègent car ceux-ci sont rares. On peut le comprendre quand vous voyez que Gustave-Eiffel à Brignais, par exemple, a pour élus de la région au sein de son CA des gens de la Drôme et même du Cantal ! »       

Un bilan « rédigé à la hâte » 

En octobre 2022, les quatre groupes de gauche et écologistes ont demandé la création d’une Mission d’information et d’évaluation sur le fondement de l’article L.4132-21-1 du Code général des collectivités territoriales. Cette demande étant de droit à partir du moment où 1/5e des membres du conseil régional la soutiennent. « Elle devait être examinée lors de l’Assemblée plénière d’octobre mais sur demande de l’exécutif son examen a été décalé à celle de décembre. Après plusieurs semaines d’échanges en conférence des présidents sur les modalités de cette MIE, et alors que l’ensemble des groupes politiques semblaient y être favorables, Laurent Wauquiez a exigé de sa majorité le rejet du rapport à la dernière minute, et ce malgré l’engagement de la 1ère vice-présidente. Une faute politique révélatrice des pratiques de l’exécutif et de son absence de volonté de transparence. »

Le bilan d’audits commandés et communiqués cet automne par la Région jugés tronqués par l’opposition.

En décembre 2022, un bilan du plan Marshall « rédigé à la hâte », estiment-ils encore a cependant été est présenté lors de l’Assemblée plénière avec un nouveau plan d’investissement (SPSI) pour le mandat en cours. Les trois audits successifs réalisés sous le précédent mandat recensent les lycées selon leur état : « très bon », « bon », « moyen », « mauvais », « très mauvais ». Selon l’audit réalisé par Apave en 2016, 20 % des lycées de la région étaient jugés en mauvais ou très mauvais état. 58 lycées avaient fait l’objet d’un audit approfondi. Selon le dernier audit réalisé en 2020, plus un seul des 302 lycées de la région serait en mauvais ou très mauvais état. Mais « si l’on pourrait croire à une amélioration radicale de l’état des lycées en moins de 5 ans, les retours de terrain qu’obtiennent les élus nuancent ce constat et montrent bien la faiblesse de ce bilan. Cela a servi de justification pour rejeter notre demande de MIE ».

« Recyclages » sur « recyclages »

Avant de lancer donc, sa mission citoyenne, dans un premier temps, l’opposition a lancé un travail d’analyse des données issues du bilan du “plan Marshall pour les lycées” et les a mises en perspective avec celles du nouveau plan d’investissement pour la période 2022-2030. « On constate un recyclage important des opérations du précédent plan d’investissement dans celui-ci. En effet, même si la nomenclature entre les deux plans a changé, on estime que seulement 25 opérations sur les 199 opérations sont nouvelles, les autres étant des opérations non menées mais prévues par le précédent plan soit un taux de recyclage de 87 % ! Une fois de plus, derrière les sommes importantes et les effets d’annonce il s’avère que la majorité régionale n’agit pas de façon massive pour les lycées. »

Selon les élus d’opposition ligériens, le « recyclage » aurait déjà été de mise sur le plan Marshall 2016-2021. « Arrivée au pouvoir, la nouvelle majorité a commencé par stopper net tout ce qui était avait entrepris par l’exécutif Jean-Jack Queyranne (tout comme celle de René Souchon, en Auvergne, Ndlr). Deux ans ont ainsi été perdus pour rien avant de lancer ce premier plan, surtout de communication car composé à plus de 70 % par ce qui était déjà envisagé dans la continuité des investissements effectués et élaborés les années auparavant. Il est facile de signer des autorisations de paiement pour donner des chiffres mais cela ne veut pas dire que ces sommes sont vraiment dépensées et les opérations concrétisées. »

1 Plateforme participative hébergée par Civocracy, le même prestataire que la Région a utilisé pour sa consultation publique sur le SRADDET.

« Un plan Marshall 2 à 3,2 milliards d’euros » 

Contacté par If Saint-Etienne, quelques heures avant de rencontrer les élus régionaux ligériens d’opposition, l’exécutif du conseil régional n’a pas donné suite à notre demande d’échanges avec un élu de la majorité, sinon des techniciens, pour le confronter à cette batterie argumentaire. Son service presse nous a cependant faire parvenir une réponse écrite par mail comme, apparemment, à l’ensemble des rédactions locales d’Auvergne-Rhône-Alpes. La voici en intégralité :

« Lors du premier mandat, entre 2016 et 2021, la Région a engagé un « Plan Marshall » et a investi 1,5 milliard d’euros sur la période pour ses lycées :

  • 500 millions d’euros ont été investis pour rénover les lycées laissés en mauvais état par les précédentes majorités. En 2016, 57 établissements laissés à l’abandon par la majorité socialiste et écologiste étaient classés dans un « très mauvais » ou « mauvais » état selon les critères définis. Aujourd’hui, il n’y en a plus aucun.
  • La construction de 7 nouveaux lycées a été enclenchée, dont deux ont déjà ouverts (lycée Charles-Mérieux à Lyon et lycée Gergovie à Clermont-Ferrand).
  • 500 millions d’euros investis pour agrandir les lycées et les adapter aux flux démographiques.
  • 300 millions d’euros investis pour moderniser et améliorer la performance énergétique des lycées. Aujourd’hui, près de 70% des établissements scolaires sont jugés « très performants » d’un point de vue énergétique.
  • 100 millions d’euros ont été investis pour sécuriser nos lycées et protéger nos enfants.
  • Près de 200 millions d’euros ont été enfin investis pour les lycées privés.

Pour la période 2022 – 2030, ce sont 3,2 milliards d’euros qui vont être débloqués par la Région pour les lycées, publics comme privés. Ce « Plan Marshall 2 » permettra de poursuivre les grands axes de la politique régionale en faveur des lycées, sous l’impulsion de Florence Dubessy, vice-présidente déléguée aux Lycées et à l’Education. Ce plan a été présenté et voté lors de l’assemblée plénière de décembre 2022. Il comprend quatre axes :

  • Axe 1 : Sobriété énergétique et développement durable. 1 milliard d’euros sera dédié à l’amélioration de la performance énergétique des établissements scolaires, dans la continuité du Plan de sobriété énergétique dans les lycées, présenté en octobre dernier. L’objectif est d’atteindre une baisse de la consommation totale des lycées de 40 % en 2030 et de réduire aussi de 40 % leurs émissions de CO2 au cours de la période. En octobre dernier et face à la crise énergétique, la Région présentait son Plan de sobriété énergétique des lycées. Doté de 80 millions d’euros, il comporte plusieurs mesures visant à réduire rapidement la consommation, et donc la facture, énergétiques des établissements scolaires. L’objectif est ainsi d’investir pour améliorer globalement la performance énergétique des lycées, privés comme publics. Sa mise en place a déjà permis d’obtenir une baisse de 12 % de la consommation dans les lycées de la région.
  • Axe 2 : Ouverture de 5 nouveaux lycées (lycée de Meximieux, lycée du Pays de Gex, lycée de Douvaine, lycée de Caluire et lycée de Meyzieu).
  •  Axe 3 : Rénovation et modernisation des établissements (100 opérations, supérieures à 5 millions d’euros, sont en cours ; 30 en phase d’étude ; 100 programmées).
  • Axe 4 : Investir pour les internats, les demi-pensions, les cuisines, la mise en accessibilité et les logements de fonction 175 millions d’euros seront, par exemple, dédiés, sur la période, à la poursuite des opérations de mise en accessibilité des sites scolaires. »
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