Saint-Étienne
lundi 30 janvier 2023
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« M. Perdriau, nous continuerons inlassablement à demander votre départ »

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A nouveau présidé par Gaël Perdriau, lundi, le second conseil municipal de Saint-Etienne depuis la première parution de l’enquête de Mediapart, n’a évidemment pas échappé à celle-ci. Le début et la fin de cette longue séance ont été l’objet de vifs échanges entre l’opposition et la majorité sur la situation du maire, alourdie, assène la première, par la censure obtenue d’une nouvelle parution du journal d’investigation…

Lors de la séance du conseil lundi 28 novembre. © XA/If Saint-Etienne

Un long fleuve s’étalant sur 9 h 30 mais surtout pas tranquille. Au sein des conseils municipaux de Saint-Etienne, aux échanges toujours vifs, voire plus, autour des délibérations qui font la politique menée par la Ville – nous reviendrons plus tard sur les dossiers « normaux » de cette séance –, s’ajoute désormais et s’ajoutera sans doute systématiquement « l’affaire ». De quoi étaler et densifier un peu plus les séances, à coup d’interventions et réponses applaudies et/ou chahutées par un public partagé entre « pro » et « anti » Perdriau. Il n’y aurait pas eu besoin de la sollicitation de ce dernier auprès du Tribunal judiciaire de Paris, acceptée le 18 novembre et finalement refusée ce mercredi, pour que la situation de Gaël Perdriau et de sa majorité ne s’invite à la table de l’assemblée. Une heure après son lancement, Pierrick Courbon, du groupe Saint-Etienne Demain ouvrait le feu, avec l’accord du maire, puisque le sujet n’était pas à l’ordre du jour officiel :  

« M. Perdriau, vous jouez la carte attendue du pourrissement. Car effectivement, le temps judiciaire n’est pas celui des médias. Vous semblez vouloir continuer à diriger la Ville comme si de rien était. Vous êtes aidés en cela par une partie de votre majorité qui ne cesse de répéter poursuivre le travail dans un climat serein et de respect mutuel. Qui pensez-vous réellement convaincre ? » L’élu PS d’opposition interpelle le maire mais aussi son équipe dans laquelle « certains ont demandé dans un accès tout relatif de courage votre mise en retrait, dans laquelle certains de vos colistiers refusent de siéger et ceux qui l’acceptent le font en non inscrit. A cet égard d’ailleurs, nous tenons à saluer le courage et la lucidité de notre jeune collègue M. Poméon (sur la liste 2020 de Gaël Perdriau, l’élu LR a fait son entrée au conseil en raison de la démission de Samy Kéfi-Jérôme, Ndlr). »

Pierrick Courbon : « L’effet boomerang risque d’être terrible »

« (…) On aurait pu espérer que l’affaire dite du chantage à la vidéo intime change les pratiques et l’ambiance, il n’en est rien. Lors du dernier conseil, vous vous étiez engagés à fournir un certain nombre de documents, d’informations, de délibérations. Vous n’avez pas daigné le faire, trop occupé sans doute à faire taire la presse et éviter l’éclatement de nouveaux scandales. A ce sujet, que tentez-vous pas moyens inédits déployés de cacher à tout prix ? Les premières fuites à ce sujet laissent augurer du pire… » Mais qu’importe finalement pour Pierrick Courbon, car petit à petit « la parole se libère et les méthodes de gouvernance que nous dénonçons depuis des années finissent par éclater au grand jour avec un terme pour les qualifier : odieuses. » Et de demander pourquoi le maire n’adopte pas la même ligne qu’à la Métropole où il est davantage en retrait (mais cependant là aussi toujours aux commandes, Ndlr) ? « Qu’est ce qui peut justifier ces deux poids, deux mesures ? »

La parole se libère et les méthodes de gouvernance que nous dénonçons depuis des années finissent par éclater.

Pierrick Courbon (Saint-Etienne Demain)

Revenant sur la « pitoyable tentative de censure autour de vos mensonges et calomnies comme arme politique pour salir et tenter de déstabiliser un ami politique » démontrant « la violence de vos procédés face à vos alliés », Pierrick Courbon avertissait que « l’effet boomerang risque d’être terrible. Où sont les valeurs de la liberté, parmi celles-ci celles de la presse, pilier de votre mandat ? M. Mmes de la majorité, ce sont ces méthodes odieuses, indignes, scandaleuses que vous voulez continuer à cautionner ? » Parlant de leur part d’un silence « complaisant », « pour ne pas dire complice » l’élu les invite à se réveiller face à « l’attitude jusqu’au-boutiste de votre chef », nuisible à la ville jusque dans l’obtention des aides budgétaires dont Saint-Etienne risque d’être privées, à commencer par la Région. « M. Berger, vous avez déclaré que « les polémiques, ça vous gonfle ». Nous aussi ! Prenez-vous en à ceux qui en sont à l’origine, plutôt qu’à ceux qui les révèlent. M. Perdriau, nous continuerons inlassablement à demander votre départ. »

Olivier Longeon : « Le tableau est catastrophique »

Le Temps de l’écologie, via Olivier Longeon, enchainait : « Toute la France et même l’Europe parlent de Saint-Etienne comme de la ville où les élus de la majorité se filment entre eux. En tant que conseillers municipaux et métropolitains, nous avons des droits et des devoirs. Notamment le devoir de faire rapidement tout ce qui est en notre pouvoir pour que notre ville et métropole retrouvent la sérénité. La situation est grave : nous sommes la risée de la France, notre Cité du design s’effondre, notre club de foot prend le chemin de l’effondrement sans doute à cause de personnes qui vous ont soutenus… Le tableau est catastrophique. » S’adressant à Gaël Perdriau : « Pour le bien-être de tous, vous auriez dû vous suspendre, c’est encore possible. Si vous êtes innocent des phrases que l’on vous entend prononcés vous pourrez toujours revenir. »

Vous auriez dû vous suspendre Si vous êtes innocent des phrases que l’on vous entend prononcés vous pourrez toujours revenir. 

Olivier Longeon (Le Temps de l’écologie)

« (…) Vous donnez du grain à moudre au « tous pourris ». Les conseillers écologistes, comme l’ensemble des conseillers métropolitains, se doivent de condamner cette situation. Comment pouvez-vous encore rester dans ce statu-quo ? Le conseil municipal ne se substitue pas à la Justice. La demande de retrait n’est pas une condamnation, c’est un appel à un acte responsable se fondant sur un profond sens de l’éthique et de la morale politique. » Olivier Longeon aussi a interpellé les conseillers de la majorité de la Ville et de la Métropole qui « auraient dû mettre fin à cette situation ». « Les écologistes font appel à votre sens des responsabilités républicaines et vous appellent, comme des dizaines de Stéphanoises et de Stéphanois, même de votre bord politique, à sortir de cet entêtement néfaste. Vous n’êtes pas adjoint par amitié, vous avez été élus pour conduire un projet qui aujourd’hui est discrédité par une somme d’irrégularités. Ce fonctionnement par la peur a été voulu, il ne doit pas être assumé par votre équipe. Les prises de parole timides ne suffisent plus. »

« Certains l’appellent « Perdriau Gate » »,

Olivier Longeon terminait par la fameuse demande de « censure ».  « Dans ce que certains appellent « Perdriau Gate », la presse nationale multiplie les articles sur cette menace d’agression contre la liberté de la presse, mais au-delà c’est toute la ville qui est associée. Mediapart a qualifié cet événement de « catastrophe judiciaire, d’hérésie, d’attaque sans précédent contre la liberté d’expression ». Comment pouvez-vous, accepter d’associer Saint-Etienne à une telle infamie ? Comme l’écrivait ce week-end, un journaliste local, « le cas Perdriau fera bientôt partie du cursus des écoles de journalisme ». Comment le groupe de la majorité peut-il faire perdurer cette situation ? » La troisième diatribe portée au maire revenait, elle, à Michel Nebout (Communistes) :

« Venons-nous de toucher le fond ? Après le feuilleton du chantage présumé à la sextape, la découverte d’un déficit abyssale à la Cité du design et son manque de contrôle par son président, l’adjoint à la culture Marc Chassaubéné, la faillite de l’amicale Chaléassière, voilà maintenant que le maire joue aux maître censeur contraignant la presse à se taire sur ces pratiques politiques. ».  Et d’enchaîner : « Vous continuez à ternir l’image de la ville et surtout aggravez la crise politique ouverte fin août. Vous donnez de façon agressive et outrancière des leçons de démocratie avant de réduire la presse au silence ! Vous avez même réussi à faire l’unanimité contre vous, du Figaro à L’Humanité. Votre présence à la tête de l’exécutif est une faute éthique et politique. » Cela amène son « affaiblissement, divise population, crée une crise de confiance généralisée. Et là, on franchit un nouveau cap, celui des « démocrates ilibéraux ». Tous ceux qui vous suivent encore sont complices. »

Gaël Perdriau : « Ce qui vous intéresse, c’est uniquement l’affaire »

Le maire prenait la parole à son tour pour répondre aux trois groupes. « Si les Stéphanois et les Stéphanoises se demandaient ce qui vous intéresse avant tout, ils savent depuis le dernier conseil municipal : me salir et m’enfoncer. Lors de la dernière séance vous a quitté la salle entre la 1re et la 100e délibération (Le Temps de l’Ecologie est resté, Ndlr). Ce qui vous intéresse, c’est uniquement de parler de l’affaire. Avec le suivant, vous souhaitez remettre une pièce dans le juke-box. Je vais vous répondre, y compris à M. Longeon, d’ailleurs accusé de conflit d’intérêt… Mais je vais rassurer tous les autres : je ne compte pas sacrifier les délibérations prévues à des débats stériles, de caniveau, fondés sur des allégations hypothétiques. Ne visant qu’à me déstabiliser dans mon travail du redressement de Saint-Etienne avec l’équipe municipale, à me salir dans la personne que je suis, à me détruire pour des motifs haineux que je n’explique toujours pas à cette heure. »

Quand tous les éléments de cette affaire seront connus, on verra, M. Courbon, qui rattrapera ou se prendra le boomerang en pleine tête.

Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne

A ses yeux, l’opposition manquant d’arguments sur sa politique, elle préfère se concentrer « sur des affirmations qui l’arrangent car tant que la Justice ne s’est pas exprimée, vous pouvez ajouter doute au doute à moindre frais. Vous aurez à répondre de cette précipitation quand tous les éléments de cette affaire seront connus. Et on verra, M. Courbon, qui rattrapera ou se prendra le boomerang en pleine tête ». Sur les nouvelles accusations ayant donné lieu à une interdiction de publication par Mediapart, If Saint-Etienne a diffusé dès lundi après-midi les arguments donc répétés en séance et développés à l’identique par Gaël Perdriau lors de la conférence de presse d’avant conseil municipal.

« Que ferez-vous en cas de mis en examen ? » 

Durant la séance, le maire ajouté « que la liberté de la presse a permis à de très nombreux médias de m’accuser de délit de favoritisme sans que cela n’émeuve à part mes amis, ma famille et moi-même. 72 heures d’accusations. J’ai prouvé dans les 24 h la légalité parfaitement légale du marché. J’ai obtenu de France info 3 semaines plus tard et d’autres medias la publication de droits de réponse. Mais voilà, dans l’esprit général, j’ai commis ce délit. C’est faux et ça n’a donné lieu à aucune plainte. Peut-on dire tout et n’importe quoi par plaisir de hurler avec la meute ? Ceux qui me connaissent savent que je suis tellement loin de ce que l’on veut me faire passer : un politicien prêt à tout pour faire carrière. Si j’étais ainsi, je me serais couché devant les injonctions du président de région, les dérives droitières de mon parti et je ne me serais pas battu contre ceux qui veulent enterrer Saint-Etienne ! »

La joute se poursuivait avec une autre réponse et une autre question posée par Pierrick Courbon. « On vous retrouve tel que l’on vous connait. Avec la capacité admirable renverser la vapeur et à vous faire passer pour la victime de tout le monde : la Région, la presse, votre ex 1er adjoint… Si Gilles Artigues a été contraint de vous enregistrer régulièrement, a priori, pendant des années, il me semble que cela relève du mécanisme de défense vis-à-vis du de guet-apens dont il a été victime. Une personne acculée, offensée, piégée qui cherche à se défendre avec ses armes. C’est quoi le pire en démocratie : ces enregistrements là ou ceux où un élu et son directeur de cabinet menacent de diffuser d’autres enregistrements avec « parcimonie », auprès « des enfants », dans « l’école de ses enfants » pour « qu’ils ne s’en remettent pas » ? C’est quoi le pire ? » Quant à la vraie question : « Si demain après demain ou dans quelqu’un mois, vous étiez mis en examen, que ferez-vous ? »

Gaël Perdriau : « Une mise en examen ne changera rien »

« M. le procureur Courbon, sur la première partie de votre déclaration, je vous laisse être votre propre juge. Ne vous fiez pas à ce que vous voyez et entendez, forcément partiels. Je fais, moi, confiance au procureur de la République de Lyon, qui fait acte de célérité sur l’enquête et révélera quand il le jugera opportun et utile les tenants et aboutissants. Ne vous mettez pas dans un costume qui n’est pas le vôtre. Je le dis en toute sympathie pour vous éviter de futures déconvenues. »

Pour la question : « Je vous rappelle qu’un mis en examen est toujours présumé innocent. Et donc si statut devait arriver, il ne changerait absolument rien à la façon dont j’ai aujourd’hui de conduire le travail que les Stéphanois m’ont confié… »

Monnaie de la pièce rendue ou pas, le juke-box, lui, n’a probablement pas fini de chanter…   

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