Saint-Étienne
jeudi 8 décembre 2022
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Révélations de Mediapart : quand on parle d’élections…

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Présidente du groupe de la majorité municipale, Nora Berroukeche, adjointe aux finances, raconte dans un entretien à If, ce qui se serait passé selon elle, durant les conseils de majorité, autour des velléités de candidature de Gilles Artigues. Des échanges qui démontrent à ses yeux une absence de pression sur ce dernier, prêt à partir sous les couleurs LR/UDI puis… Modem. Contre-feu sans importance : le chantage est effectif, répondent Lionel Boucher, président de l’UDI et André Buffard, avocat de Gilles Artigues.

« Les amnésiques, ce sont eux. Oui, j’étais à ces réunions, oui on y a parlé des élections et oui Gilles Artigues y avait fait part de sa volonté d’être candidat aux législatives. En revanche, je n’ai pas assisté à l’ambiance qu’ils vous décrivent et, de toute façon, cela ne change rien, absolument rien au chantage qu’il a effectivement subi. » Proche de Gilles Artigues, lui-même adjoint, Lionel Boucher, président de l’UDI Loire est logiquement la voix la plus ferme, la plus outrée et de loin, vis-à-vis de l’affaire révélée par Mediapart, au sein ce qui est (était ?) la majorité constituée par Gaël Perdriau. Nous reviendrons au sein de cet article sur ses propos, recueillis jeudi dernier, dans la foulée d’un autre entretien. Celui proposé à notre rédaction par Nora Berroukeche, adjointe aux finances. Toujours fidèle à son maire, mettant en avant la présomption d’innocence, elle ne fait pas partie des neuf.

Ces conseillers et adjoints qui réclamaient le retrait – véritable, et non de façade – de Gaël Perdriau le vendredi 16 septembre. En tant que présidente du groupe de la majorité municipale, elle souhaitait raconter des échanges qui se sont déroulés ce printemps, juste avant et pendant la présidentielle 2022, au cours de trois et même quatre conseils de majorité qui en temps normal, ne sortent pas de la salle. Objectif : démontrer que Gilles Artigues n’aurait pas subi de pressions sur les législatives 2022. « Ces conseils ont lieu les lundis. Nous y parlons bien sûr de de nos politiques publiques, des décisions votées en conseil municipal. Ensuite, les agents municipaux des services présents pour donner des détails techniques quittent les lieux pour que des échanges purement politiques aient lieu, explique Nora Berroukeche. Cela n’existait pas lors du premier mandat et a été mis en place pour le second. C’est une excellente chose pour la cohésion d’équipe. On peut mettre, entre autres, les sujets de discorde éventuels, sur la table, en toute franchise. »

Des premiers échanges restés « calmes, sans heurts »

Sur la table ce lundi-là, « fin mars ou début avril, en tout cas peu avant la présidentielle », ne souvient pas avec précision l’adjointe aux finances, les législatives. « Le maire a demandé qui parmi les adjoints et conseillers souhaitaient se présenter. Siham Labich pour le Modem (dont elle est présidente Loire, Ndlr), mais aussi Nicole Aubourdy (Union centriste, Ndlr), Laura Cinieri (LR, Ndlr) pour les LR/UDI et Gilles Artigues pour les LR/UDI, aussi, se sont manifestés. Nous étions plus d’un à nous étonner que Gilles Artigues, en tant que centriste, au regard de son histoire, de ses positions, s’associe à Valérie Pécresse, dont la candidature avec Eric Ciotti à ses côtés, avait pris une tournure très droitière avec l’association à l’idée du grand remplacement.» C’est ce qu’aurait fait remarquer à Gilles Artigues le maire Gaël Perdriau, fâché depuis des mois avec la direction des LR qui l’avait écarté de sa vice-présidence du parti, pour son opposition très médiatisée à cette ligne. « Mais la conversation concernait aussi Laura Cinieri », précise Nora Berroukeche qui se définit politiquement comme « sans étiquette ».

Nous étions plus d’un à nous étonner que Gilles Artigues, en tant que centriste, au regard de son histoire, de ses positions, s’associe à Valérie Pécresse, dont la candidature avec Eric Ciotti à ses côtés, avait pris une tournure très droitière avec l’association à l’idée du grand remplacement.

Nora Berroukeche, adjointe aux finances et présidente du groupe de la majorité municipale

Elle assure que la conversation était restée calme, sans heurts : « A aucun moment, Gaël Perdriau ne s’est permis d’interdire une candidature de qui que ce soit. Il souhaitait simplement appeler à la prudence vis-à-vis de la cohérence de l’équipe de la majorité et estimait, en ce qui concerne les LR/UDI, que la candidature de Valérie Pécresse était très très mal embarquée et que cela allait se sentir aux législatives aussi. » De son côté, ajoute Nora Berroukeche, « Gilles Artigues arguait de son ralliement à Valérie Pecresse (qui était aussi celui de son parti, Ndlr) par un « tous sauf Macron, après tout ce qu’il nous a fait ». On en est resté là. » Le 1er tour de la présidentielle le 10 avril est suivi, selon l’adjointe, dès le lendemain, d’un conseil de majorité où le maire redemande aux élus où ils en sont quant à leurs velléités de candidature. « Alors qu’il s’est passé ce que Gaël Perdriau avait prévu pour Valérie Pécresse, là, Laura Cinieri annonce qu’elle laisse tomber mais aussi Nicole Aubourdy et Siham Labich. Gilles Artigues, lui, reste droit dans ses bottes et nous annonce maintenir sa candidature pour les LR/UDI. »  

Coup de théâtre le 18 avril

Encore une fois, si le maintien de la candidature ne lui fait pas plaisir, Nora Berroukeche assure, que Gaël Perdriau ne met aucune pression à son 1er adjoint et que la conversation s’achève sur une conclusion froide. Une chose est certaine : ce n’est pas la même ambiance à la réunion suivante, une semaine après, le lundi 18 avril. Coup de théâtre selon l’adjointe : « Gaël Perdriau a pris la parole pour immédiatement annoncer à tous et devant l’intéressé qu’il savait que Gilles Artigues avait, dans la semaine écoulée, essayé de changer de camp et sollicité le Modem, allié de la majorité présidentielle, pour obtenir l’investiture dans la 1ère circonscription de Saint-Etienne, celle que visait au départ Siham Labich en tant que membre du Modem avant son renoncement communiqué la semaine suivante… Ça a choqué tout le monde par rapport aux positions prises auparavant et Gilles Artigues était visiblement très surpris que le maire soit au courant (l’élu UDI aurait contacté directement François Bayrou dont il a longtemps été un proche, ce dernier en aurait été choqué selon des adjoints Ndlr). »

Celui qui était encore 1er adjoint n’aurait cependant pas nié l’information et maintenu sa volonté de candidature. « Là, les échanges ont été plus vifs, effectivement, reconnaît Nora Berroukeche. Gaël Perdriau lui a dit, qu’avec ses revirements et ses soutiens successifs à des personnalités et des camps politiques avec lesquels ils s’opposaient fortement (Pécresse/Ciotti puis Macron et la majorité présidentielle), le lien de confiance était rompu et qu’il ne pouvait plus être son 1er adjoint. Mais j’insiste sur un fait : il ne l’a pas menacé, ni même d’ailleurs viré en raison de son maintien de candidature : la preuve, il est resté dans celle-ci avec ses prérogatives mais comme 3e adjoint. Il n’y a pas eu de pression de la part de Gaël Perdriau sur ces législatives. » La candidature de Gilles Artigues, en tout cas, ne tombera jamais, une fois la date limite des dépôts passée. C’est Quentin Bataillon qui sera investi par la majorité présidentielle dans la 1ère circonscription en tant que membre du courant Agir du parti Renaissance (ex En Marche) et qui, d’ailleurs, l’emportera en juin.

Il n’y a pas eu de pression de la part de Gaël Perdriau sur ces législatives.

Nora Berroukeche

« C’est une tentative de contre-feu »

Entre temps, Gilles Artigues avait annoncé à la presse le 23 mai au matin reprendre une activité professionnelle, parallèlement à son mandat l’obligeant à quitter ses fonctions de 1er adjoint : « Je considère que je ne peux pas tout faire, c’est pourquoi j’ai souhaité être allégé essentiellement des missions transversales qui m’ont été confiées. Je conserve les autres fonctions qui m’ont été attribuées. » Une évolution professionnelle – la direction de l’enseignement diocésain d’Albi (dont le site web, y a t-il un rapport ?, est inaccessible) – que Nora Berroukeche comme les autres élus de la majorité aurait apprise, tout comme son souhait de finalement ne pas candidater, à l’issue d’une 4e réunion « quelques semaines » après le 2e tour de la présidentielle. « Nous ne savions même pas de quel poste il s’agissait. Nous l’avons appris ensuite, dans la presse ce même 23 mai », confirme Marc Chassaubéné, adjoint à la culture, présent lui aussi à ces réunions et qui, logiquement, n’étant pas « des neuf » valide à 100 % les propos de Nora Berroukeche. Les deux élus déduisent aussi du déroulé des faits que la candidature de Gilles Artigues a dû être écartée par le Modem et ses alliés de la majorité présidentielle. L’élu UDI n’aurait pas donné d’explications à ce sujet.

C’est une tentative de contre-feu qui ne pèse rien et ne change rien par rapport à la réalité : ils le tenaient avec une vidéo obtenue grâce à un piège et le faisaient chanter pour qu’il s’écrase sur tous les débats

Me André Buffard, avocat de Gilles Artigues

A la question de ce qui les pousse à soutenir leur maire, si leur confiance n’est pas érodée, malgré la succession d’élément accablants, en particulier, les seconds enregistrements sonores diffusés le lundi 12 septembre, les deux élus bottent en touche, rappellent que c’est à la Justice de faire le travail et en appellent, une fois de plus, à la présomption d’innocence. Nous avons aussi essayé de contacter à nouveau l’ex 1er adjoint à ce sujet pour le confronter à leurs propos via son avocat André Buffard. Mais il ne souhaite pas réagir à ce déroulé et les assurances données par la majorité autour de ses velléités de candidature en 2020. Ou encore sur le fait que son client n’ait pas cédé, en 2017, au chantage dont il aurait été déjà victime selon Gilles Rossary-Lenglet, et se soit présenté à l’époque malgré le risque. « C’est une tentative de contre-feu qui ne pèse rien et ne change rien par rapport à la réalité : ils le tenaient avec une vidéo obtenue grâce à un piège et le faisaient chanter pour qu’il s’écrase sur tous les débats, commente cependant auprès d’If son avocat. Bref, ce n’est pas le vrai débat : les faits sont là. »

« Le vrai sujet, une fois de plus, c’est le chantage »    

Tentative de contre-feu, analyse bien sûr, lui aussi, Lionel Boucher, adjoint municipal et président de l’UDI Loire qui s’était immédiatement montré solidaire de Gilles Artigues après la première publication de Mediapart le 26 août. « Les échanges dont ils vous parlent ont bien eu lieu. A la grosse différence près que Gilles s’en est pris plein la tête et qu’ils se sont bien gardés de vous le dire. Je ne vous citerais pas les propos violents qu’ont adressés Siham Labich et Jean-Pierre Berger à Gilles Artigues : c’était l’hallali. La première avait parlé de candidater mais c’était une diversion : la 1ère circonscription était pour Agir depuis le début et c’est ce qui s’est passé. Le coup de fil à François Bayrou ? C’est le même qu’Emmanuel Mandon, passé de l’UDI au Modem pour devenir député. Cela n’enlève rien au fait que Gilles Artigues était sous le joug du chantage. S’il n’avait pas dit qu’il allait se présenter, j’y serai allé mais il insistait et donc, finalement, pour abandonner brusquement, de manière incompréhensible… »

Les échanges dont ils vous parlent ont bien eu lieu. A la grosse différence près que Gilles s’en est pris plein la tête et qu’ils se sont bien gardés de vous le dire.

Lionel Boucher, adjoint municipal et président de l’UDI Loire

Il poursuit : « Moi, à l’époque, je ne comprenais pas la position de Gilles de ne pas se présenter finalement et, avant cela, pourquoi il s’écrasait systématiquement dans les débats, se laissait humilier. On s’est engueulé plus d’une fois parce qu’il répondait mollement à mes interrogations. Nous avions un accord sur 2020 avec les LR et Gaël Perdriau, y compris de soutien aux législatives à un candidat UDI : mais étrangement, on est passé de 12 élus UDI en 2014 à 4 sur les dernières municipales et Gilles laissait faire. Mais maintenant, je comprends tout : le vrai sujet, une fois de plus, c’était et c’est donc le chantage. Le reste, ce sont des détails, il ne faut pas se tromper. » Du recul, Lionel Boucher en demande aussi vis-à-vis d’autres élections : celles des Départementales 2021 dont « l’UDI a été bizarrement et totalement exclue des 42 candidatures possibles de la majorité ! Jamais l’UDI n’avait été ainsi exclue dans la Loire. Le président du Département a probablement subi des pressions… » 

Les interrogations des écologistes

Au printemps 2021, Georges Ziegler avait donné à If Saint-Etienne d’autres explications sur le choix de ses colistiers… La présentation des candidats de droite au Parc Expo avait donné lieu à un soutien fort, et exprimé sur place, de la part de Gaël Perdriau. De nombreux élus de sa majorité municipale avaient été intégré la liste de l’UPL, la majorité reconduite du Département. Sans même parler des déclarations d’Ali Rasfi, élu municipal d’opposition de gauche (qui avait été invectivé par Gaël Perdriau le 28 juin en 2021 en conseil municipal donnant lieu à des excuses) auprès de nos confrères France Info, qui parlait vendredi de « pressions » de la part du camp Perdriau reçus par textos durant le scrutin des Municipales 2020, les élus d’opposition EELV ont, aussi, pointé à plusieurs reprises dans leurs communiqués, la nécessité d’enquêter sur toutes les dernières élections et pas seulement municipales au regard des révélations de Mediapart…

Dans leur intervention sur le conseil municipal événement de ce lundi 26 septembre, les écologistes se présentent comme déjà au courant et « malheureusement bien conscients de la capacité du maire à user de tous les moyens pour faire tomber ses adversaires. Pour exemple, la candidate EELV, investie par la Nupes, en a fait les frais pendant sa campagne des législatives de juin 2022. Le maire l’avait accusée d’avoir volé de l’électricité à la municipalité lors d’un événement festif organisé à Montreynaud. »  

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