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Avec ARTS, Saint-Etienne signe « bien plus qu’un supplément d’âme »

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Arts recherche territoires savoirs (ARTS) : c’est le nouvel institut qui fédère les établissements d’enseignement supérieur de la ville proposant des formations d’ordre artistique ainsi que les trois principaux musées de Saint-Etienne. Ecoles d’architecture, de design, Comédie de Saint-Etienne, MAMC+, MAI, Musée de la Mine et, en chef d’orchestre, l’université Jean-Monnet viennent d’officialiser la constitution d’un pôle d’excellence qui, en réalité, a déjà commencé à fonctionner. Il est présenté comme inédit en France.  

Comédie de Saint-Etienne, université Jean Monnet, musées stéphanois, ENSASE et ESADSE (avec ici stylo en main, Eric Jourdan son directeur) sont les composantes du nouvel institut. ©If Média/Xavier Alix

L’excellence au sein de l’enseignement supérieur stéphanois ne se limite pas et ne doit pas se limiter aux sciences réputées « dures ». Et à Saint-Etienne, les dites « humaines » ne souffriraient pas et n’ont pas à souffrir d’une quelconque « mollesse ». Bien au contraire selon les protagonistes de l’institut « ARTS ». La constitution de ce dernier en serait justement la parfaite démonstration. Un message sur lequel a particulièrement insisté, vendredi, à l’occasion de la signature officielle de l’accord de consortium, un physicien : le président de l’université Jean-Monnet, Florent Pigeon, pour qui le nouvel institut est à percevoir comme « bien plus qu’un supplément d’âme ». Si l’université de Saint-Etienne l’a impulsée, elle n’est pas seule derrière la constitution d’Arts recherche territoires savoirs (ARTS). C’est d’ailleurs tout l’intérêt.

Ses partenaires ? Les écoles supérieures d’art et design et celle nationale supérieure d’architecture de Saint-Étienne (ESADSE et ENSASE), la Comédie de Saint-Étienne avec son école supérieure d’art dramatique, le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Étienne Métropole ainsi que le Pôle muséal de la Ville de Saint-Étienne (musées d’Art et d’Industrie et de la Mine). Vendredi 3 février, leurs dirigeants respectifs ainsi que des élus de la Métropole et de la Ville – Christophe Faverjon et Marc Chassaubéné – ont donc signé le document créant l’Institut au bâtiment des Forges situé au campus universitaire de la Manufacture. Officiellement car officieusement cela fait en réalité près de trois ans qu’ARTS fonctionne déjà. Son premier appel à projets date de mars 2020 et une responsable de projet a été recrutée deux mois après. Les soutiens financiers spécifiques de Saint-Etienne Métropole puis de l’Etat ont été actés respectivement en mai et en septembre 2022.    

L’aboutissement d’une « préfiguration »

Au cours de sa « période de préfiguration », l’Institut ARTS a déjà soutenu 46 projets de recherche et de formation pour un montant cumulé de 28 000 €. Exemples mis en avant par la communication autour de l’Institut : le projet pédagogique pluridisciplinaire « Faire Steel : parcours Santé » mené au sein du laboratoire IRD de l’ESADSE, restitué par une exposition dans le cadre de la dernière Biennale internationale design. Cité aussi, le projet de recherche « Arts contemporains et anthropocène » au sein du laboratoire ECLLA. Conduit par Danièle Méaux, enseignante-chercheure à l’UJM, il a permis l’organisation d’un colloque international en octobre 2021 au MAMC+, l’exposition Matières précieuses à l’ESADSE et l’édition d’un ouvrage éponyme aux Éditions Hermann (2022). L’ECLLA est derrière un précédente recherche portée estampillée ARTS par une de ses enseignante-chercheuse, Anne Damon-Guillot, d’ailleurs désormais co-directrice* de l’institut avec la composition en 2020 d’un conte musical, L’Amour de la Terre.

« Nous souhaitions démontrer ce qui pouvait être fait avec l’institut, son rayonnement, son potentiel avant même sa composition officielle », explique Florent Pigeon. Parmi les composantes signataires qui ont pu très rapidement intensifier et étendre des collaborations « puisque des liens existaient déjà », aurait pu s’ajouter un établissement lyonnais : le Conservatoire national supérieur de musique et de danse qui, sollicité, a finalement renoncé pour des questions de choix financiers et d’un déjà trop grand nombre de projets à assumer, nous précisent les fondateurs. Ce qui n’empêche pas la musique d’être de la partition, assurent-ils encore, ne serait-ce qu’à travers le département de musicologie de l’université Jean-Monnet. C’est d’ailleurs bien pour optimiser et valoriser une pluridisciplinarité qui caractérise cette dernière et, au-delà, l’ensemble de Saint-Etienne dans ces domaines qu’ARTS a été créé.  

Une « Graduate school » lancée à la rentrée

A l’ambition affichée de « construire une politique de recherche commune aux établissements de formation et aux institutions culturelles membres » autour de trois axes (« art, enfance et territoire » ; « habiter, fonder, imaginer » ; « innovation, formation, recherche ») s’ajoutent celles du rayonnement territorial, de favoriser l’insertion professionnelle des étudiants et enfin de rendre plus visible ses offres de formation dans le domaine des arts. A ce sujet, à défaut d’un diplôme spécifique à l’institut celles-ci se sont déjà enrichies, via celui-ci, avec l’ouverture en septembre 2022 du parcours de Master « Métiers des institutions culturelles » à l’UJM, piloté par des enseignants-chercheurs de sa faculté Arts, lettres, langues. Plus récemment, une formation professionnelle continue « Arts et jeune public » a été lancée en janvier dernier, adossée à des parcours de master déjà existants à Jean-Monnet. Il y en a encore une autre à venir, avec l’ouverture à la rentrée 2023 d’une « année pré-doctorale en arts ».

Présentée comme « une année de tremplin située entre le master et le doctorat », elle s’adressera à des professionnels ou des étudiants issus de master ou à des diplômés des écoles d’art pour consolider leur sujet de thèse avant de s’inscrire en doctorat. A noter aussi depuis cette année scolaire 2022-23, l’organisation d’un cycle de conférences pluridisciplinaire « Art-enfance-territoire ». Par-dessus tout, « l’Institut accompagnera à partir de la rentrée 2023/24 une Graduate School dans le domaine des arts et sciences humaines », a souligné vendredi Christelle Bahier-Porte, professeure de littérature française à la Faculté Arts, lettres, langues, et vice-présidente de Jean-Monnet à la recherche. ARTS a en effet été retenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR) pour porter l’une des 15 Graduate Schools (que l’on pourrait aussi, en France, appeler – pourquoi pas ? – écoles graduées) Lyon / Saint-Etienne dans le cadre du projet 2022-2029 « Structuration de la recherche par la formation – Graduate+ » : 832 000 € sont ainsi obtenus par Saint-Etienne, étalés sur sept ans.

« Quelque chose d’inédit »

De quoi financer de la mobilité et des contrats de doctorants ainsi que « des pédagogies innovantes » au sein de ce regroupement d’offres (déjà existantes mais en quelque sorte ainsi labellisées et liées) de formations associant master et doctorats. Les universités de Lyon seront ainsi impliquées via certains masters dans cette école. « Avec la création d’ARTS, j’ai l’impression de revenir 30 ans en arrière avec la constitution du pôle optique par ses différentes composantes, compare Florent Pigeon qui a dirigé l’une d’elles, le laboratoire Hubert-Curien. Il s’agit là aussi d’un outil de collaboration renforcé qui n’empêchera pas chaque partie prenante de rester ce qu’elle est. Il faut avoir conscience que la nature même de cet institut donne quelque chose d’inédit en France, voire, au-delà, à l’échelle européenne. Ce qui fait d’ailleurs déjà de plus en plus de bruit. J’ai rencontré il y a peu la nouvelle directrice de l’Ecole normale supérieure de Paris Saclay, Nathalie Carrasco, nommée il y a quelques mois. Quand la conversation est venue sur Saint-Etienne, elle ne me parlait que de ça ! »

De quoi en tout cas motiver une implication, au titre de l’attractivité du territoire de la Ville de Saint-Etienne via ses musées et de Saint-Etienne Métropole, l’intercommunalité accordant une partie de son fonds d’amorçage, destiné à l’université et présenté en mai dernier, à l’Institut. De quoi conforter un budget général (hors le financement de l’ANR) alimenté par chaque établissement signataire. L’institut ARTS annonce des partenariats actifs en matière de formation et de recherche « avec la Faculté des Arts des universités d’Ottawa et de Chicago » et va s’appuyer « sur l’intégration récente de l’Université Jean-Monnet au sein de l’Université européenne Transform4Europe ».

*Elle l’est aux côtés Zoé Schweitzer, maîtresse de conférences-HDR en littérature comparée au sein du laboratoire IHRIM.

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