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lundi 27 mai 2024
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Ces espèces sauvages qui ont fait leur retour dans la Loire

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Il y a celles réintroduites par l’être humain. Il y a celles revenues sans lui. Toutes profitent d’un arrêt net du massacre direct que nous leur infligions depuis des siècles, parfois même de l’amélioration de leur environnement. Certes, la réalité de l’effondrement global de la biodiversité est là et notre département n’y échappe pas. Mais autant ne pas bouder ce zeste de positif que représentent ces quelques espèces d’oiseaux et mammifères, parfois emblématiques, se portant mieux. Revue non exhaustive grâce à André Ulmer, administrateur de France nature environnement (FNE) Loire et vice président de la SSNLF.

70 % ! Selon des données relevées par la LPO Loire, dans notre département, l’hirondelle des fenêtres a perdu 70 % de sa population entre les années 1980 et 2010… Si vous voulez déprimer davantage, rendez-vous sur le site de l’Office français de la biodiversité (OFB) pour connaitre des chiffres mondiaux et français alarmants. A l’échelle de la Loire, pas évident d’obtenir des statistiques fraîches, précises, systématiques, des évolutions d’effectifs espèce par espèce. Cela, malgré le travail de fourmi à saluer, souligner et mené depuis des décennies par des associations, avec en première ligne la Ligue de protection des oiseaux (LPO) 42, France nature environnement (FNE) Loire ou encore l’Association Roannaise de Protection de la Nature (ARPN). C’est à leurs adhérents, sympathisants et naturalistes professionnels que l’on doit ce que l’on sait. Et étant donné les moyens à disposition, c’est déjà pas mal.

A l’échelle de la Loire donc, l’exemple de l’hirondelle de fenêtres – comparaison nette d’estimation des effectifs entre deux dates – est rare. Mais il est vrai que les bases de données locales s’enrichissent peu à peu. Un recensement poussé comme jamais, c’est d’ailleurs ce qu’apporte ces dernières années la démarche « Atlas de la biodiversité », fruit de partenariats entre l’OFB et les collectivités locales, dont un actuellement mis en œuvre sur le territoire de Saint-Etienne Métropole. Le tableau est noir oui mais il y a parfois de belles surprises. Et des lueurs : comme ces quelques espèces qui reprennent franchement du poil de la bête dans la Loire. Pour marquer les 30 ans de son Ecopôle du Forez, FNE Loire organisait en mars la conférence « Le retour du Sauvage, Apprendre à vivre ensemble ». André Ulmer, administrateur de l’association a fait le point avec If sur des espèces sauvage, de retour, de passage ou même qui s’installent dans la Loire.

Dans la Loire, le castor s’est bien refait les dents

Un castor authentiquement forézien ! ©Clara Vacheron / photo transmise par FNE Loire

Ce grand travailleur a eu besoin d’un gros coup de pouce pour recoloniser la Loire. 30 ans après sa réintroduction orchestrée dans notre département par la Frapna 42 (devenue FNE Loire), c’est assurément une réussite. Disparu du bassin fluvial de la Loire vers 1870, il y a effectué son retour en 1974 après la réintroduction, à Blois, de 13 individus. À partir de là, l’espèce a recolonisé d’elle-même le fleuve et quelques rivières affluentes approchant du Roannais. Mais impossible d’aller plus loin au sud, deux barrages bloquant le chemin : Villerest au nord et Grangent au sud. C’est donc, entre les deux, depuis l’Ecopôle du Forez et son environnement parfait pour l’opération que la réintroduction sera effectuée. Facile à piéger et à viser à coup de carabine, le castor a fait l’objet d’un jeu de massacre systémique de la part des humains pour sa fourrure d’excellente qualité (entre autres utilisée pour les chapeaux de feutre), son castoréum sécrété par ses glandes servant à des médicaments, voire sa viande.   

Son retour projeté par la Frapna avait fait l’objet d’une campagne pédagogique pour contrer tout fantasme et hostilité justifiées par les pseudos dégâts qu’il pourrait causer. « Aujourd’hui, même si de temps en temps, on trouve un arbre coupé là où il ne faudrait pas, ça se passe toujours bien », constate André Ulmer, un des principaux acteurs de cette démarche puis de son suivi. Après un premier essai en janvier 1994, cinq individus venus de la Drôme et d’Ardèche sont relâchés en mars de la même année, six « Savoyards » un an plus tard et, enfin, un couple drômois en mars 1996. C’est de ce couple que sont nés des castorins, première reproduction certifiée du Castor d’Europe dans la plaine du Forez depuis plus d’un siècle. Alors que dans le même temps, le Castor est arrivé depuis l’aval en 1997, dans le nord Roannais, la recolonisation était avérée selon une étude de 2007 sur 105 km de cours d’eau dans notre département, la Loire donc mais aussi ses principaux affluents sans oublier côté bassin versant du Rhône, le Gier. « La population totale dépasse de nos jours, assurément, la centaine d’individus », précise André Ulmer.

Ça baigne à nouveau pour la loutre

Une loutre tout aussi authentiquement forézienne. ©André Ulmer ; photo transmise par FNE Loire

Une hypersensibilité à la pollution du milieu aquatique où elle vit, alliée à la raréfaction de sa nourriture et surtout à la valeur de sa peau, « équivalent à un mois de salaire d’un instituteur au XIXe siècle », souligne André Ulmer : pas étonnant que la loutre ait elle aussi fait l’objet d’un véritable génocide mené par l’Homme même si l’animal s’avère infiniment plus farouche et difficile à débusquer que le castor. On estime que ses effectifs en France sont passés d’environ 50 000 au début du XIXe siècle à 1 500 au début des années 1980, réfugiés dans des zones difficiles d’accès du Massif central, dans la Creuse en particulier. En 1972 la chasse pour sa précieuse fourrure a enfin été interdite. L’espèce est protégée depuis 1981. Elle est donc repartie doucement de l’avant, pour atteindre les 2000 à 3 000 individus en 2010.

« Dans la Loire, le dernier individu avéré avait été écrasé par une voiture dans les alentours de Feurs en 1974. J’ai le petit article de presse de l’époque. Cependant, la loutre a été à nouveau aperçue de temps en temps dès les Monts du Forez dès le début des années 1980 », explique André Ulmer. Pas évident à saisir la présence de l’animal a pour meilleur témoin ses épreintes, autrement dit ses excréments. En 1996, pour le compte du Département, la LPO part évaluer sa présence dans la Loire. Chou blanc jusqu’en 2006 où elle est repérée c’est sur la Semène, vers Jonzieux puis, 2 ans après, du côté du Vizézy et du Lignon, dans les Monts du Forez. Il n’est pas usurpé d’estimer que des dizaines d’individus habitent désormais notre département, essentiellement côté ouest, dans les cours d’eau descendant des Monts du Forez. Ce qui, au passage démontre, leur bonne qualité environnementale. Pas de souci de cohabitation a priori : « Les pêcheurs sont contents de les voir, ça veut dire que leur rivière va bien, est poissonneuse, relève André Ulmer. Le plus gros danger pour la loutre, c’est désormais la sécheresse. »

La population du milan royal s’est remplumée

Un milan royal. ©René Diez/LPO Loire

Alors que 30 % des oiseaux des champs ont déjà disparu en France en 15 ans (source : Unité mixte de service PatriNat – Patrimoine Naturel), les grands oiseaux vont – un peu – mieux qu’il y a une cinquantaine d’années. Les rapaces en particulier, comme l’indique leur présence plus fréquente à planer au-dessus des champs. Avec cet exemple symbolique très propre à la Loire qu’est le milan royal. D’autant plus positif que, protégée, cette espèce est inscrite sur la liste rouge de celles menacées en France dans la catégorie vulnérable avec seulement 3 000 couples en France (10 % de la population mondiale). Dans la Loire, ce sont dans les préservées Gorges de la Loire que le milan royal habite principalement à l’année (un peu aussi dans la plaine du Forez) avec 30 à 40 couples y restant passer l’été pour y nicher.

En hiver, ils sont apparemment rejoints par bien d’autres : le 8 janvier 2022, un nouveau record de comptage de la LPO au centre d’enfouissement de Borde Matin à Roche-la-Molière a donné 270 individus planant ensemble. Longtemps pourchassé, empoisonné et fusillé (parfois encore) pour sa réputation très exagérée « de bouffeur de poules », l’oiseau a vu ses effectifs, même s’ils n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant notre acte manqué d’éradication, sont en extension significative depuis les années 1980 et sa protection. Nécrophage par opportunisme, s’attaquant plus facilement aux proies mal en point, il est lui arrive d’être encore la victime collatérale de l’empoisonnement par les raticides puisque mulots et campagnols qu’ils dénichent dans les champs sont souvent à son menu.

Le loup se promène dans nos bois

Le loup traverse de temps en temps la Loire, c’est une certitude. Photo d’illustration.

Revenu en France en commençant par les Alpes depuis l’Italie en suivant une démarche qui n’appartient qu’à lui au début des années 1990, il connait depuis une augmentation exponentielle de sa population (plus de 900 individus estimés en juin 2022) et se diffuse peu à peu sur tout le territoire hexagonal. Quand il s’installe pour de bon, le loup le fait loin des zones les plus artificialisées. C’est cependant un sacré trotteur qui n’hésite pas à migrer en passant par nos lignes urbanisées. Ceux qui habitent désormais le Massif central, le sud surtout, ont ainsi traversé ou ont une parenté qui a traversé la très aménagée et humanisée vallée du Rhône depuis l’arc alpin. Une cellule de surveillance sur sa présence a été créée dans la Loire à la fin des années 2000 après des traces indiquant alors un très probable passage dans le Pilat.

En mai 2022, un individu tué par une collision avec une voiture sur la commune de Saint-Martin-d’Estréaux dans le nord-ouest du Roannais s’est révélé bien être un canis lupus après vérification d’identité (l’animal peut vite être confondu avec certaines espèces de chiens). Apparemment rebelote, en attendant confirmation, à Roche-la-Molière en mars dernier. Après l’extermination dont l’espèce, autrefois présente dans toute la France, a fait l’objet et ayant atteint son paroxysme au XIXe siècle, « la dernière présence de loup signalée dans la Loire à notre connaissance date de 1907 : deux individus dans les Monts du Lyonnais, note André Ulmer. Peut-on l’imaginer s’installer durablement dans les zones les plus isolées de la Loire ? A priori difficile mais pas complétement impossible ». Sa présence permanente et le très tendu débat de société vis-à-vis l’élevage allant avec, ne manquerait alors pas de s’inviter dans notre actualité locale…     

Le martinet blanc s’est installé en pleine cité

Martinet à ventre blanc
Martinet à ventre blanc. ©Alexandre Laubin/Photo transmise par la LPO Loire.

Quand il est en Europe, il n’en occupe que la partie méridionale : Espagne, Pyrénées, pourtour méditerranéen, Massif central, Alpes (jusqu’au Jura), Italie, Corse et Sardaigne, Grèce et Balkans. Mais en trois décennies, cet oiseau migrateur aux allures de grande hirondelle a fait de Saint-Etienne un repaire de prédilection. Avec au moins 850 lieux de nidification officiellement comptabilisés par la LPO dans ses immeubles, la capitale de la Loire est très probablement – et de loin selon les données existantes – son lieu de domiciliation temporaire favori en France. En milieu naturel, le martinet à ventre blanc vit pourtant sur les parois rocheuses. Il a été repéré pour la première fois en 1989 à Saint-Etienne et y a fortement prospéré depuis, sans que l’on sache exactement pourquoi il a fait de son bâti ancien un hébergement artificiel du début du printemps jusqu’à l’automne.

Tachymarptis melba de son nom scientifique(familles des « apodidés ») a la particularité étonnante, de passer la majeure partie de sa vie en vol : jusqu’à 200 jours consécutifs 24 h/24 dans les airs ! Afin de préserver sa présence, apparemment beaucoup moins nuisible à l’humain que d’autres comme les pigeons et leurs fientes, un plan de sauvegarde adopté en 2022 par la Ville de Saint-Etienne est censé éviter le plus possible la destruction de son habitat ou, au moins de limiter les dégâts, dans le cadre des politiques urbaines publiques, voire des initiatives immobilières privées.

Vautour, lynx et chamois passent parfois dîner

Vautour fauve. ©Image par Wolfgang Zimmel de Pixabay

Le premier – le vautour fauve – a été beaucoup empoisonné, malgré son incapacité à capturer un animal vivant puis, comme ça ne suffisait pas, victime de nos réglementations sanitaires (c’est un nécrophage « nettoyant » les carcasses, une équarrisseur naturel dont se méfie Bruxelles). Le second a lui aussi été chassé jusqu’à l’éradication pour sa fourrure alors qu’il est déjà naturellement rare. Le troisième a été une victime très précoce de l’Homme, le poussant dès la fin de la Préhistoire à se retrancher en zones montagneuses alors qu’il était communément présent dans des zones au relief moins accidenté, voire plat.   

Depuis le parc naturel des Baronnies (Drôme / Hautes-Alpes), on doit au Ligérien d’origine Christian Tessier, la réintroduction d’une population de vautours fauves. Depuis les années 2000, quelques-uns de ces grands oiseaux capables d’effectuer des centaines de km pour un gueuleton sont parfois observés dans les Monts du forez et les Monts de la Madeleine. Ils n’y nichent pas mais viennent pour déjeuner ! Plus rarissime par nature forcément mais avéré, le lynx a bien été déjà vu dans la Loire dans le nord du département, les monts de la Madeleine. A ce stade, il n’est évidemment que de passage. Enfin, la LPO avait identifié en 2003, deux chamois (dont un à qui il manquait une patte !) dans le Pilat.      

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