Saint-Étienne
lundi 5 décembre 2022
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Chirurgie thoracique : une première française à la table de Saint-Etienne

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Qu’il s’agisse du CHU ou du HPL, la Loire est déjà une référence en France dans le domaine de la chirurgie thoracique pour remédier au « pectus excavatum ». Cette déformation du thorax caractérisée par un enfoncement du sternum touche une personne sur 700 à la naissance et peut causer des insuffisances cardiaques et respiratoires. Le HPL a réalisé le 27 octobre une opération inédite, en France, en insérant chez un patient de 15 ans un dispositif révolutionnaire jusque là seulement utilisé dans la péninsule ibérique où il a été conçu.

L’opération à Saint-Etienne implantant chez un patient de 15 ans un Pectus up est une première en France. ©Arnaud Patoir/Hôpital privé de la Loire.

Cette fois-ci, c’est la bonne. Arnaud Patoir, chirurgien thoracique à l’Hôpital privé de la Loire en est convaincu. Il avait déjà essayé une première version du Pectus Up il y a une dizaine d’années quand il travaillait au CHU de Saint-Etienne aux côtés du professeur Olivier Tiffet. Mais le produit développé par l’entreprise espagnole Ventura Medical Technologies, n’était pas aussi au point qu’aujourd’hui. Pectus Up donnait déjà des résultats mais au prix d’une très grande difficulté à retirer le dispositif du corps, causant ainsi une balafre impressionnante. Trop pour une méthode censée être moins invasive afin de remédier à cela déformation qui n’est pas vraiment une pathologie mais une déformation. « Pectus excavatum » touche le thorax se caractérise par un enfoncement du sternum.

Sans que des liens génétiques (moins de la moitié des patients ont des antécédents familiaux) aient été scientifiquement établis, elle touche une personne sur 700 – très majoritairement les hommes –, dès la naissance ou apparaissant parfois à l’adolescence. S’il arrive qu’elle se réduise, la déformation se majore souvent fortement durant cette dernière période. « Mais souvent, les signes que pectus excavatum est là sont visibles dès l’enfance avec des côtes basses qui s’avancent légèrement par exemple. Environ 10 % des cas sont considérés comme sévères », précise le docteur Arnaud Patoir. Et au-delà de l’impact esthétique, pectus excavatum peut causer de véritables insuffisances cardiaques et respiratoires.

Des méthodes jusque-là très invasives

Une personne sur 700 est atteinte à la naissance de pectus excavatum plus ou moins prononcé. ©Arnaud Patoir/Hôpital privé de la Loire.

Et « même quand la déformation n’est pas systématiquement considérée comme dangereuse avec par exemple une gêne cardiaque avérée dans seulement 10 à 15 % des cas, il n’est de toute façon jamais bon de subir une pression permanente sur le cœur, même modérée », remarque le chirurgien. Si des prothèses esthétiques peuvent être implantées, il était déjà possible de fortement réduire ou d’éliminer réellement pectus excavatum selon différentes méthodes en fonction de la sévérité des cas et des choix du patient. Par exemple par le biais de l’application régulière d’une… ventouse. Sinon via une chirurgie « très invasive ». La technique de Ravitch est la plus ancienne et concerne encore 80 % des opérations du Dr Patoir. Elle consiste en l’ablation des cartilages de longueur excessive avant d’insérer une barre devant le cœur conservée de 6 mois à un an, le temps que se reconstituent des « cartilages » correctement calibrés.

« L’opération dure 2 h 30 environ, et nécessite une demie semaine d’hospitalisation. Cela s’adresse d’abord aux adultes dans une situation très très rigide et laisse une cicatrice d’au moins 8 cm », décrit Arnaud Patoir. Plus récente, la méthode de Nuss s’adresse davantage aux jeunes patients n’ayant pas achevé leur croissance, dans l’idéal âgé de 15 à 18 ans, et consiste à introduire, là aussi, une barre à l’intérieur de la cage thoracique, devant le cœur du patient et derrière le sternum, maintenue à l’aide de stabilisateurs pour soulever ce dernier et par thoracoscopie : on passe par les côtés du thorax, laissant ainsi des cicatrices plus légères, sous les bras.

Saint-Etienne est une référence dans ce domaine

On vient parfois de très loin, de l’étranger, pour nous consulter au HPL et au CHU.

Arnaud Patoir, chirurgien thoracique au HPL

« L’opération est plus rapide. Mais c’est plus douloureux et il faut conserver la barre durant 3 ans ainsi que renoncer aux sports de contact durant cette même période. Chaque cas et la solution à apporter donnent lieu à une discussion, en deux temps, avec le patient pour s’assurer que celui-ci est conscient des tenants et aboutissants de son choix », explique Arnaud Patoir. Selon ce dernier, depuis les années 2000, les deux grands hôpitaux, celui public et celui privé, de Saint-Etienne sont devenus une des références en France, voire en Europe, sur ces opérations : « On vient parfois de très loin, de l’étranger, pour nous consulter. Au HPL, nous devons opérer une grosse quinzaine de patients par an avec ces méthodes et au CHU l’équivalent en plus de la chirurgie esthétique qu’il propose aussi. » Une expertise que l’opération pratiquée et médiatisée à Saint-Etienne par le chirurgien au sein de l’établissement du groupe Ramsay qu’est le HPL le 27 octobre ne va pas démentir.

Une petite révolution

Le Pectus Up de l’entreprise Ventura. ©Ventura Medical technologies

Ce jeudi-là, Arnaud Patoir a posé dans le corps d’un adolescent de 15 ans venant du sud-ouest de la France un dispositif inédit dans l’Hexagone, qui plus est en un temps désormais record de 30 min (contre 45 pour les opérations précédentes) : il s’agit d’une version cette fois-ci aboutie du Pectus Up de Ventura. « Quand j’étais au CHU à l’époque de sa première version, nous travaillons avec un chirurgien espagnol, parti depuis à Barcelone. On a gardé des liens et lui comme moi, dans une moindre mesure avions collaboré avec Ventura pour qu’ils améliorent leur produit. C’est fait. Le produit n’avait été jusque-là posé qu’en Espagne en 2021 puis au Portugal. »

Une petite révolution qui réduit considérablement l’aspect invasif redouté par la chirurgie pratiquée jusque-là puisque cette fois-ci la barre insérée dans le corps ne passe plus devant le cœur mais devant les os qu’elle tire un peu comme la ventouse. La barre reste en place 3 ans et là aussi il faut renoncer aux sports de contact durant toutes ces années. Un moindre mal pour ce dernier aspect.  « On peut opérer à tous les âges mais entre le début de la puberté et 18 ans, c’est l’idéal », ajoute Arnaud Patoir.

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