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samedi 25 mai 2024
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Explosion des charges : des locataires d’Habitat & Métropole en mode révolte

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Sa pétition en était à environ 1 500 signatures il y a une semaine. S’estimant trop peu défendu par les représentants élus, un collectif de locataires de l’OPH Habitat & Métropole s’est constitué pour exposer des revendications face à l’« explosion des charges », jugée d’autant plus insupportable qu’il estime le service en face très insuffisant et de plus en plus mal rendu. Contactée elle aussi par If, la direction d’Habitat & Métropole défend son fonctionnement et assure faire tout ce qu’elle peut dans un contexte peu évident. Elle va recevoir le collectif le 21 mai.   

Lundi 29 avril, devant le siège d’Habitat & Métropole rue Honoré-de-Balzac. ©If Saint-Etienne/Xavier Alix

Avant même la fusion, « ils avaient changé le nom. Pourtant, « Opac », ça leur allait très bien », tacle Samy Senoussi. Locataire stéphanois, dans le quartier de Beaulieu, d’Habitat & Métropole, il est l’un des porte-paroles de ce collectif, né en début d’année et « qui s’est constitué suite aux différentes augmentations locatives, provisions de charges annuelles non justifiées et la difficulté d’être écouté par la direction à la suite de nos différentes interpellations ». Lundi 29 avril, quelques dizaines de personnes étaient réunies devant la vitrine du siège temporaire d’Habitat & Métropole, rue Honoré-de-Balzac à Saint-Etienne. Des locataires stéphanois, sinon du Gier et de l’Ondaine, venus appuyer une prise de parole par haut-parleur et la remise symbolique d’une pétition lancée par le collectif. Lundi 6 mai, la même pétition avait progressé dans sa récolte pour atteindre environ 1 500 signatures de ménages locataires.

Objectif : dépasser les 1 700. Soit « environ 10 % du parc afin de démontrer ce que l’on représente », précise Samy Senoussi. Le bailleur social public, fruit de la fusion concrétisée, début 2021, entre quatre OPH du territoire de Saint-Etienne Métropole totalise en effet plus de 17 300 logements. Samy Senoussi insiste, à plusieurs reprises : « Cette initiative est 100 % apolitique. Il n’y aucun parti derrière son organisation. » Certes, ce 29 avril, la députée LFI Andrée Taurinya et son écharpe tricolore est présente au rassemblement, mais n’importe quel autre parlementaire du Sud Loire informé de la démarche aurait pu l’être, relève Samy Senoussi pour qui, tous les bords politiques se retrouvent chez les protestataires. « Peu importe ce que les uns ou les autres votent, ce n’est pas le sujet ». Le sujet, c’est « l’explosion des charges locatives en 2022 et 2023 tant pour les provisions chaque mois que pour les régularisations demandées en mai juin ».     

Une gestion globale mise cause

Bien sûr conscient, qu’à la base, le bailleur ne maîtrise pas le coût terriblement inflationniste de l’énergie, le collectif s’insurge que ces charges augmentent alors que « le chauffage collectif n’est plus assuré correctement dans nombre de groupes. Dans d’autres groupes, pourtant chauffés au bois, les charges ont aussi explosé, comme à Montreynaud. L’entretien n’est pas non plus au rendez-vous. Habitat Métropole n’a pas engagé un programme d’isolation sérieux ces dernières années. La moitié des immeubles sont dans un très mauvais état d’isolation. Les travaux de réhabilitation, quand il y en a, sont réalisés au rabais sans suivi ni contrôle sérieux d’Habitat Métropole ». Bref, à ses yeux, si le prix de l’énergie est une chose subie par l’OPH métropole, la gestion d’Habitat & Métropole en est une autre, aggravant considérablement la situation. Selon le collectif, le service n’est pas là et même se dégrade, arguant aussi, du fait que l’externalisation croissante des tâches donnerait lieu à un manque de suivi et à un travail moins sérieux de la part de prestataires que des agents internes.

Habitat Métropole n’a pas engagé un programme d’isolation sérieux ces dernières années.

Collectif de locataires d’Habitat & Métropole

Il considère, enfin, qu’Habitat & Métropole manque cruellement de transparence face aux sollicitations, voire ferait preuve de « mépris ». Le mouvement de protestation met en avant deux précédents récents en Ile-de-France (Garges-lès-Gonesse et Carrières-sous-Poissy) où les locataires ont obtenu des remboursements de charges : deux cas qu’ils estiment assez analogues à leur situation bien que portant sur des éléments qui nous ont semblé plus restreints à la lecture de cet article et de celui-ci. Les griefs du collectif ligérien sont en effet multiples et croisés. « Il est compliqué de vous donner des chiffres moyens, les situations sont évidemment extrêmement variables et plus ou moins graves. Mais la problématique est globale, affirme Samy Senoussi. C’est à force de discussions et d’échanges entre locataires remontés qu’on a lancé ce collectif. Et aussi, parce que les instances représentatives des locataires (CNL et CSF, Ndlr) nous ont méchamment envoyés balader ou pas répondu quand on a frappé à la porte. »    

Globalité et cas particuliers

Le porte-parole a bien voulu évoquer son cas, pour mieux nous faire comprendre, tout en précisant qu’il est loin d’être « le plus à plaindre ». « J’habite dans un F2 de 55 m2, j’ai des revenus corrects : c’est dur mais il y a pire. Des familles dans 90 m2 à chauffer, n’y arrivent plus. Pour ce qui me concerne, le surplus total sur toutes mes charges a été de 375 € début janvier par rapport à 2023 après + 190 € l’année d’avant. Avec 15 € de provisions pris de janvier à décembre 2023 qui ne seront éventuellement remboursés qu’en janvier 2025 si non nécessaires. On voit les lignes s’afficher – 4 rien que pour le chauffage dont une pour l’énergie en soi – sans que l’on puisse saisir la justification de leurs hausses. Et quand on demande des explications, si on nous répond, le personnel lui-même semble avoir du mal… Payer, ok mais on veut savoir pourquoi. Alors quand certains services ne sont carrément pas correctement rendus, voire absurdes… » Des exemples ?

Payer, ok mais on veut savoir pourquoi. Alors quand certains services ne sont carrément pas correctement rendus, voire absurdes.

Samy Senoussi, porte-parole du collectif

« Il y en a plein !, clame Samy Senoussi. Je peux parler du froid dans les appartements alors que l’on paie plus cher. De ces installations de tableaux digitaux pour afficher des numéros pratiques quand avant, une simple feuille suffisait, du remplacement de mon chauffe-eau qui allait très bien au bout de seulement 5 ans de fonctionnement… De ces 15 €, juste pour dépoussiérer une grille de VMC, des prestations de nettoyage qui, régulièrement ne sont pas correctement effectuées avec des entreprises qui n’envoient qu’une personne sur les deux prévues pourtant payées dans leur intégralité, des prestations d’entretien payées mais pas effectuées, de ces 100 € payés par chacun des 30 logements d’un immeuble pour les poubelles alors qu’il n’y en a que 4 grandes à ramasser pour l’ensemble. » Samy Senoussi poursuit : « Pour nous, une nette dégradation du service depuis une dizaine d’années, s’est accentuée depuis 3 ans et la fusion. Le neuf et les rénovations thermiques mises en avant ne sont qu’un trompe-l’œil de la réalité : des passoires thermiques. Le travail de rénovation, quand il a été fait, a été bâclé. »

Une liste de revendications

La pétition adressée réclame la baisse des charges et la suppression définitive sur les quittances de la ligne « crise de l’énergie » « qui vient en plus de l’explosion des provisions et des régularisations. Des explications sur les montants du bouclier tarifaire sur le prix de l’énergie, dont a bénéficié Habitat Métropole en 2022 et 2023. De pouvoir contrôler les charges (factures et contrats d’entretien), comme la loi nous en donne le droit. De mettre la priorité sur l’isolation par l’extérieur des immeubles. Plus de la moitié des immeubles sont énergivores, classés dans les catégories les plus mauvaises ». Pour les travaux : « Un réel suivi des travaux effectués par les entreprises privées avec un contrôle systématique par Habitat Métropole en fin de travaux. De la transparence, un réel dialogue et le respect des locataires. » Ainsi que « la convocation par Habitat Métropole d’AG des locataires par groupe d’immeubles, pour examiner les demandes spécifiques de chacun des groupes ». Et enfin, « une rencontre, avec la directrice et le président d’Habitat Métropole pour discuter de nos revendications ».

Nous ne maîtrisons ni le prix de l’énergie qui n’a eu de cesse de s’envoler, ni le règlement national qui oblige désormais à chauffer à 19°C.

Laurent Arnault, son directeur pôle territoires d’Habitat & Métropole

Voilà au moins la dernière revendication satisfaite : une rencontre entre les représentants du collectif et la direction doit avoir lieu mardi 21 mai. Contactée à la suite de notre échange avec le collectif, la direction d’Habitat & Métropole par la voix de Laurent Arnault, son directeur pôle territoires, se dit en effet pleinement « consciente de la situation très compliquée dans laquelle se retrouve une grande partie de notre clientèle ». Mais Laurent Arnault tient, déjà, à contextualiser : « Cela fait 25 ans que je travaille dans le logement social, et je n’ai jamais vu des changements majeurs aussi rapides comme on les connaît depuis plusieurs années. La situation est complexe et le concours de circonstances difficile à appréhender. Vis-à-vis de la régularisation des charges, précisons que nous avons mis en place, avant cette pétition un système d’échéanciers dans une ampleur jamais vue jusque-là. » Reste que « nous ne maîtrisons ni le prix de l’énergie qui n’a eu de cesse de s’envoler, ni le règlement national qui oblige désormais à chauffer à 19°C. Sans cette exigence de sobriété énergétique, la facture serait d’ailleurs encore pire ».

« Ce n’est pas une question de gabegie »

Question transparence, il souligne que les représentants élus de locataires siégeant au sein du Conseil d’administration du bailleur social via les associations CNL et CSF ont bien demandé des explications et débattu de la situation, relayant un mécontentement avant même le collectif. « Les échanges sont là, effectués dans le cadre règlementaire, avec plus d’une dizaine de réunions effectuées. Avec elles aussi nous ne sommes pas d’accord sur tout. Alors je suis surpris par la façon de faire du collectif avec qui nous avons déjà échangé avant cette mobilisation. On se retrouve avec le mauvais rôle. Nous ne revendiquons pas la perfection, surtout dans ce contexte mouvant où quatre OPH viennent de fusionner, les choses se mettant peu à peu en place pour un mode de fonctionnement commun, à partir de quatre modes différents, donc des méthodes d’entretien du parc ou encore de régularisations des charges différentes devant converger. Cependant, pas un centime réclamé qui ne correspond pas à une prestation, un investissement pour les locataires. Nous ne cachons rien, nous ne récupérons rien pour financer autre chose. »

Il n’y pas un centime réclamé qui ne correspond pas à une prestation, un investissement pour les locataires. Nous ne cachons rien.

Laurent Arnault

L’externalisation des taches ? « Oui mais ce n’est pas une politique systématique et elle a ses avantages aussi : quand un agent interne est malade, le locataire va payer deux fois. Là quand on estime qu’il vaut mieux commander 3 h de travail extérieur, c’est 3 h de travail à payer, point. Des suivis sont bien effectués en lien avec les représentants et il est n’est pas exceptionnel qu’une entreprise ne donnant pas satisfaction ne soit pas reconduite via un système de contrôle objectivé. Nous disposons d’une démarche « Qualibail » dédiée au contrôle des prestataires et aussi à nos prestations internes. Un bilan annuel est effectué dans les deux cas.» L’entretien du parc ? « Nous sommes engagés dans un plan sur les 4 prochaines années de 99 M€ pour 1 940 logements, plus de 10 % du parc. Alors, dire que l’on ne fait rien… » Surtout, ajoute Laurent Arnault « qu’un bailleur social comme nous fonctionne avec les moyens dont ils disposent », rappelant la baisse des APL, décidée par l’Etat en 2017 mais assumée dès 2018 par les bailleurs sociaux sur leurs fonds d’investissement.

« La fusion se doit d’être digérée et ça ne se fait pas sans imperfections mais la problématique actuelle, c’est l’explosion du prix de l’énergie, pas notre mode de fonctionnement. Ce n’est pas une question de gabegie. Le Sud Loire a un contexte locatif « détendu » (dans le sens du rapport offre/demande, Ndlr) et notre domaine aussi est concurrencé. Si nous étions si mauvais nous en pâtirions plus. Alors, on peut prendre les exemples et cas particuliers un par un, ce serait long… Multiplier les allers/retours pour des affichages plutôt qu’un tableau, ça coûte beaucoup aussi… Nous avons les moyens de nos locataires. »

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