Saint-Étienne
lundi 30 janvier 2023
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Malgré la loi, le salaire de ces travailleurs sociaux ne suit pas

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Quasiment la totalité des salariés de l’association Rimbaud était en grève totale ou partielle et une majorité d’entre eux manifestait lundi matin devant l’antenne Loire de l’ARS, principal financeur. Dans la foulée du Ségur, leur revalorisation salariale fixée par les accords Laforcade ne leur est toujours pas appliquée. Sans explications. Elle devrait l’être depuis des mois.

Lundi, les manifestants de Rimbaud devant l’ARS. Photo transmise par les délégués du personnel.

La loi est-elle la même pour tous ou s’agit-il d’un bateau ivre ? Si on se fie aux protestations exprimées lundi par les salariés de Rimbaud, la seconde option, hélas, semble la bonne. Historiquement spécialisée dans la lutte et les soins contre les addictions – drogues, alcool, tabac, médicaments -, cette association travaille à l’échelle départementale avec des implantations à Roanne, Saint-Etienne et Saint‐Didier‐sur‐Rochefort, dans le nord-ouest du Forez. Fondée en 1979, elle a depuis ajouté à ses activités la « Maison des ados », située au Coteau, l’accompagnement de publics précaires sur le logement ou encore l’accueil de mineurs non accompagnés pour le compte du Département dont c’est une compétence. Mais la majeure partie de ses missions, elle les remplit pour l’Etat. C’est donc à ce titre que l’ARS (Agence régionale de santé) Aura finance environ 75 % de son budget annuel, autour de 3 M€ en 2021.

55 personnes – pour 48 temps pleins – y travaillent. Pour quelques-uns en tant que professionnels de santé ou administratifs mais pour la plupart, comme travailleurs sociaux. Et ils ne semblent pas de trop au regard de l’activité affichée en 2021… Cette année-là, Rimbaud a suivi environ 1 200 personnes accompagnées en addictologie sur de l’ambulatoire. Elle a hébergé 48 résidents au sein de sa « communauté thérapeutique », rencontré 150 personnes « dans le cadre de l’échange de matériel de réduction des risques et des dommages ». 800 autres l’ont été dans le cadre d’interventions de prévention, essentiellement en milieu scolaire sans compter celles rencontrées sur les stands de prévention du collectif de bénévoles FMR. Il faut ajouter 877 personnes (dont 200 parents environ) rencontrées à la Maison des ados, 15 personnes accompagnées sur ses appartements de coordination thérapeutique et enfin, 29 mineurs non accompagnés… 

Des mois d’attente avant de manifester

En attendant le nouveau rapport d’activité, « il est très probable que nous ayons une forte augmentation sur 2022 avec la fin du contexte sanitaire et l’augmentation relevé des demandes individuelles », estime Rémy Aubrespin, délégué du personnel et porte-parole d’une mobilisation inédite au sein de cette association indépendante, 100 % ligérienne, aux côtés de ses collègues, eux aussi délégué ou suppléant Jean-Jacques Marcellier et Carine Peynet. Adoptés en avril avec une application rétroactive censée intervenir dès juillet, les accords Laforcade ont été l’équivalent du Ségur pour les travailleurs sociaux devant permettre la revalorisation salariale de ces derniers. « Je suis infirmier et comme les autres membres du personnel soignant de l’association, le Ségur nous a été appliqués sans aucun problème. Par rapport à Laforcade, certains de nos travailleurs sociaux travaillant sur la mission du Département ainsi que ceux de la Maison des ados aussi, précise Rémy Aubrespin. Mais pour tous les autres, rien ! La loi leur accordait pourtant à chacun 183 € nets supplémentaires à partir de juillet avec un effet rétroactif jusqu’à avril. »

A notre connaissance, il n’y a pas eu ce souci dans certaines régions (…). Nous ne sommes apparemment pas les seuls dans cette situation dans la Loire et en Auvergne-Rhône-Alpes.

Rémy Aubrespin, délégué du personnel à Rimbaud

Le personnel de Rimbaud s’est montré patient avant de ruer dans les brancards. Ils l’ont fait, lundi, après six mois à mariner. Une grève complète ou partielle et une manif effectuées lundi matin par une majorité de salariés devant l’antenne départementale de l’ARS. Et pour cause : ayant interrogé leur direction sur l’absence effective d’augmentation pour une grande partie d’entre eux, celle-ci leur a expliqué que l’enveloppe supplémentaire de l’ARS n’était pas arrivée. « Pour preuve de sa bonne foi, notre direction a avancé sur sa trésorerie plusieurs mois de revalorisation, d’avril  août. Ce qui risque de poser des problèmes si elle n’est pas remboursée, note Rémy Aubrespin. On peut admettre un relatif retard mais autant, c’est incompréhensible. Surtout qu’à notre connaissance, il n’y a pas eu ce souci dans certaines régions comme l’Ile-de-France ou la Nouvelle-Aquitaine. Nous ne sommes apparemment pas les seuls dans cette situation dans la Loire et, plus largement en Auvergne-Rhône-Alpes, par rapport à d’autres structures analogues… »

Six mois après, 107 € promis sur… 183 dus

Selon les délégués du personnel, les diverses sollicitations personnel/direction, direction/ARS ont fini par aboutir sur une promesse faite par cette dernière, permettant une augmentation effective dès fin janvier de… 107 €. Une annonce qui a fini d’exaspérer le personnel. Il faut savoir qu’avant la loi, un travailleur social « débutant » était recruté à 1 350 € nets par mois, sachant qu’un éducateur spécialisé diplômé, après 10 ans de carrière, touchait, lui, 1 750 €. La mobilisation de lundi a-t-elle payé elle ? Simple antenne, la représentation ligérienne de l’ARS n’a pas pu recevoir les manifestants mais leur mouvement a cependant permis d’obtenir un rendez-vous pour la direction. If Saint-Etienne a essayé, dès lundi, de contacter l’ARS Aura afin de pouvoir en discuter et de mieux comprendre où est le problème ou encore si d’autres régions ne sont effectivement pas touchées et si oui, pourquoi. Nous avons obtenu dès le lendemain après-midi une réponse, par courriel, qui n’en est pas vraiment une :

« Les sujets de revendication des salariés de l’association Rimbaud sont bien identifiés par l’Agence Régionale de santé qui échange régulièrement avec le directeur d’établissement. Les revendications portent sur l’application et l’extension du décret 2022-78 relatif au versement d’une prime de revalorisation à certains personnels relevant de la fonction publique hospitalière exerçant au sein des établissements et services sociaux et médico-sociaux afin qu’elle bénéficie à l’ensemble des salariés (pas uniquement les fonctionnaires). L’évolution de ces dispositions relèvent de dispositions nationales, un dossier directement géré par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS). Le financement de cette charge par l’ARS à destination de l’association est donc suspendu à l’attribution d’enveloppes nationales. »

« Pas le meilleur signal pour recruter »

Comprendre : le fonds de la DGCS dévolus à ce sujet ne sont en fait jamais arrivés jusqu’à l’ARS, du moins celle Aura. Ne comprenant pas, en revanche, pourquoi il est question de « revendications » dans cette réponse écrite alors qu’il s’agit de faire appliquer la loi et non d’obtenir du nouveau et n’ayant pas obtenu davantage de précisions lors d’une brève discussion téléphonique avec le service presse de l’ARS, nous avons tenté, depuis mardi, de contacter directement celui de la DGCS. En vain, malgré un nouveau mail et de nombreux coups de fil sonnant désespérément dans le vide. Sed lex, dura lex, parait-il… sauf quand il s’agit des finances publiques ? En tout cas, « cela n’est pas le meilleur signal pour améliorer l’attractivité de ces professions alors même que les besoins au sein de la population augmentent », relève Rémy Aubrespin.

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